Occidere's Blog

La nympholepsie

C’est en lisant «Voir le visage de Méduse» de Ezio Pellizer  que je fus surpris par le mot nympholepsie que je ne connaissait pas.

Il le définit ainsi :

Les « Naïades pouvaient également déclencher une forme de possession, dite nympholepsie. Elle se manifestait avec les symptômes de la panique et de la terreur, et pouvait conduire à la mort. Une telle folie apoplectique (« une folie déclenchée par la peur », selon les mots de Philippe Borgeaud [1]), que des Nymphes inquiétantes, les « terribles déesses », provoqueraient, paraît conforme aux effets bien plus explicites et terrifiants du regard gorgonéen« .

Dans l’histoire générale des proverbes [3] la nympholepsie rassemble un ensemble d’affections mélancoliques qui faisait fuir Grecs et Athéniens dans des endroits solitaires et propres aux rêveries profondes. C’est le mont Cithéron qui avait la réputation d’inspirer la nympholepsie. Il s’y trouve effectivement une grotte dédiée aux nymphes.

Dans le Dictionnaire de la langue française [4] la nympholepsie est défini comme étant une sorte de folie, de délire fanatique dans lequel les anciens croyoient que tomboit un homme qui avoit aperçu inopinément une Nymphe. (Du grec numpholepsia, formé dans la même signification, de Numphê Nymphe, et de l’inusité lêbó pour lambanô je prends, je saisis.)
Le nympholeptos désigne donc littéralement le fait d’étre pris par les nymphes.

D’après Irad Malkin [2] la nympholepsie renvoie aussi à une obsession, qui va jusqu’à la folie cultuelle, comme en témoigne les inscriptions de la grotte de Vari en Attique.

Nympholeptos peut également désigner l’inspiration , une sorte de contact intermédiaire entre l’humain et le divin. (W.R. Connor, 1988, 155-189). D’après Irad Malkin les Nymphes sont en effet des êtres semi-divins qui sont des figures médiatrices entre l’humain et le divin. Et cet auteur ajoute un passage curieux qui mérite d’être cité dans son intégralité :

Les Nymphes ne sont pas seulement « entre » les hommes et les dieux ; elles peuvent avoir le sens de « point de rencontre physique ». Leur grotte à Ithaque, dans l’Odyssée, est précisément l’un de ces points de rencontre entre hommes et dieux : « … Il est deux portes, l’une vers le Borée, par où descendent les humains, l’autre vers le Notos, plus divine, par où les hommes ne passent pas : c’est le chemin des Immortels « .

C’est dans le « Dictionnaire des antiquités grecques et romaines » qu’on retrouve la meilleure description de la nympholepsie [5]. Alors que la faculté de prophétie, par l’intermédiaire d’une divinité supérieure, est le don de toutes les nymphes, certaines d’entre elles prophétisent directement. Il s’agit des Nymphes Sphragitides, du nom de la grotte Sphragidion, sur le mont Cithéron.

Ce don divinatoire, les Nymphes le transmettaient même à leurs enfants : étaient issus d’une Nymphe la sibylle Hérophylè, le divin Tirésias, le prophète et thaumaturge Epiménide. Mais en dehors même de toute hérédité, l’inspiration prophétique pouvait parfois se propager par contagion ou possession. On appelait νυμφόληπτος, possédés des Nymphes, les mortels qui, comme le devin éleusinien Mélésagoras, ou le célèbre béotien Bacis, avaient reçu d’elles l’enthousiasme prophétique. Dans la grotte de Vari, un certain Archimédos de Théra se décerne lui-même ce titre . Et on racontait, de même, à propos des Nymphes Sphragitides, que beaucoup d’indigènes avaient reçu d’elles le don de prédire l’avenir. Toutefois, le terme  νυμφόληπτος avait encore un autre sens : il désignait également ceux que les nymphes irritées avaient frappés de démence ou de frénésie, par exemple les imprudents qui, de leurs yeux indiscrets, avaient osé, au bord d’une source ou à l’orée d’un bois, contempler la nudité d’une Nymphe.

En résumé, la nympholepsie est une inspiration prophétique que semble transmettre les Nymphes, par hérédité ou de façon délibérée. Il est probable que la démence ou la frénésie dont parle Daremberg et Saglio soit une épouvantable vision qui provoque l’effroi et la folie de P. Borgeaud lorsqu’il les assimile aux « terribles déesses ». Après tout les nymphes et le dieu Pan sont souvent associés. Ce dernier n’est-il pas responsable de la peur panique ?

Ne pas confondre donc nympholepsie avec nymphomanie, qui, dans le même dictionnaire [4], désigne une maladie des femmes, connue aussi sous le nom de fureur utérine. (Du grec numphê, qui signifie jeune fille et clitoris, et mania fureur, passion.)

Le rapt d’Hylas par les nymphes, dans la mythologie grecque, est peut-être plus proche de la nymphomanie que de la nympholepsie. Il est en effet connu que les Nymphes aiment à entrainer les hommes dans leurs danses, les séduisent et les entrainent, par une douce violence, au fond de leurs retraites liquides.

Rappellons qu’Hylas, à cause de sa grande beauté, en allant chercher de l’eau,  fût enlevé par les trois nymphes Eunico, Molis et Nichéa, au regard doux comme le printemps, au cours de l’expédition des Argonautes. Héraklès part, en vain, à sa recherche, tandis que les Nymphes consolaient par de douces paroles le jeune enfant qu’elles tenaient sur leur genoux et qui fondait en larmes […] Trois fois d’une voix forte il appela Hylas, trois fois Hylas répondit, mais sa voix arriva faible à travers les ondes, et quoique près, elle paraissait lointaine […] Ainsi le bel Hylas fut mis au rang des Immortels [6].

Est-ce ces nymphes là qui laissent dire à Rufus d’Ephèse la nymphe ou le myrte est le petit morceau de chair musculeuse qui pend au milieu ; d’autres l’appellent hypodermis, d’autres clitoris, et on dit clitoriser pour exprimer l’attouchement lascif de cette partie [7] ?

Réf. :

[1] Philippe Borgeaud, Recherche sur le dieu Pan, Genève, 1979

[2] Irad Malkin, L’Odyssée des Nymphes, Gaia, 2001

[3] Histoire générale des proverbes, 1828

[4] Dictionnaire universel portatif  de la langue française, 1813

[5] Le Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines de Daremberg et Saglio, T.IV, 1877-1919

[6] Théocrite – XIIIè Idylle

[7] Oeuvre de Rufus d’Ephèse

Ce don divinatoire, les Nymphes le transmettaient même à leurs enfants : étaient issus d’une Nymphe la sibylle Hérophylè, le divin Tirésias, le prophète et thaumaturge Epiménide. Mais en dehors même de toute hérédité, l’inspiration prophétique pouvait parfois se propager par contagion ou possession. On appelait νυμφόληπτος, possédés des Nymphes, les mortels qui, comme le devin éleusinien Mélésagoras, ou le célèbre béotien Bacis, avaient reçu d’elles l’enthousiasme prophétique. Dans la grotte de Vari, un certain Archimédos de Théra se décerne lui-même ce titre . Et on racontait, de même, à propos des Nymphes Sphragitides, que beaucoup d’indigènes avaient reçu d’elles le don de prédire l’avenir. Toutefois, le terme νυμφόληπτος avait encore un autre sens : il désignait également ceux que les nymphes irritées avaient frappés de démence ou de frénésie, par exemple les imprudents qui, de leurs yeux indiscrets, avaient osé, au bord d’une source ou à l’orée d’un bois, contempler la nudité d’une Nymphe

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16 août 2009 - Posted by | mots, mythes | ,

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