Occidere's Blog

Mazzérisme

Il paraît que la pensée magique est une pensée archaïque caractéristique de la mentalité primitive. Bien qu’elle constitue une phase normale dans le développement de l’enfant, l’homme adulte, dit moderne, est sensé s’être affranchi de cette mentalité.

Je me rappelle en 2003 d’un accident survenu dans un lit de rivière, au fond d’une combe. Cela se passait en Corse. J’adore me promener le long des torrents, passant d’une pierre à une autre, d’une berge à l’autre, en essayant d’éviter l’eau et en calculant le chemin le plus séduisant. C’est au cours d’un temps d’arrêt qu’un rocher de la taille d’un ballon percuta ma cheville. Le résultat fût une belle plaie qui, par négligeance, mit plusieurs semaines à cicatriser.
A distance de l’évènement, donc en pleine possession de mes facultés intellectuelles, un sentiment étrange me vint à l’esprit : et si je fus l’objet de l’attaque d’un rocher, comme si celui-çi pouvait être doué d’une vie propre ? L’idée me parut séduisante et je me l’appropriait immédiatement.

Tout ceci pour dire que, bien que la pensée magique puisse être archaïque, elle n’en est pas moins belle pour autant, et qu’elle témoigne, à mon sens, plus d’une certaine poësie que d’une logique opératoire. Exemple du métier de Moutonneur qui arrache la laine des moutons pour en faire des nuages (A.- 9 ans).

Je ne résiste donc pas à l’envie de citer cet article de Wikipédia expliquant ce qu’est le Mazzérisme – Souvenir de mon voyage en Corse.

Le mazzérisme est un don hypothétique de prophétie funèbre exercé la nuit par des individus pendant la période des rêves. Au cours de cette activité, le mazzeru part chasser et tuer des animaux. On le surnomme « Le Chasseur d’âmes » ou encore « Le Messager de la Mort ».

Origine

Le mazzérisme se pratique essentiellement en Corse. Il remonte probablement à une période plus ancienne que la religion mégalithique, celle du peuple de la chasse et de la cueillette. Le lien mystique entre le mazzeru et sa victime fait écho à celui qui devait exister entre le chasseur pré-néolithique et sa proie. Il offre ainsi de nombreux points communs avec le chamanisme. Il est significatif que les autorités religieuses interdisaient aux prêtres d’aller à la chasse. Là où le mazzérisme a survécu le plus longtemps est précisément là où les chasseurs sont les plus nombreux !

Étymologie

« Mazzere » dérive de « mazza », ou d’« amazzà », qui signifie tuer. Suivant les régions, on le nomme « culpadore » (« colpatori » dans la région de Figari), « acciacatore », « mazzeru » (« mazzatori » à Gualdaricciu), « lanceri » dans le Sartenais, « nuttambuli » ou « sunnambuli » à Appiettu, « murtulaghj » à Marignana (Piana) et Corti.

Les Mazzeri

Les Mazzeri sont en général des femmes et chassent seul(e)s ou en meutes. En littérature, il est souvent représenté par un animal : un chien, un chat ou un corbeau. Il n’est pas tout à fait de ce monde. Bien qu’il soit une personne physique au même titre que tout le monde, ayant une vie sociale et personnelle, il est considéré par ses pairs comme un être surnaturel en tant qu’il fait lien entre l’au-delà et le monde des vivants. Il ne semble appartenir à aucun des deux mondes, il paraît en être la limite. On reconnait les mazzeri à leur regard : ils ne vous regardent pas, mais regardent à travers vous. Ils excellent à s’insinuer dans vos bonnes grâces et essayent de gagner votre amitié. Mais l’intimité avec eux est dangereuse, car ils vous attirent vers leur royaume des ténèbres et de la mort. On dit que le mazzeru choisi devient absent, rêveur, qu’il aime la solitude et a des visions prophétiques. Il garde cet état dépressif et cette tristesse, sans doute parce qu’il a conscience d’être l’instrument involontaire de la mort comme l’est l’Ankou breton. Dans la vie courante, les mazzeri sont des êtres pacifiques.

La chasse et la prédiction

Leur arme préférée est un lourd bâton, un gourdin (« mazza »), mais ils utilisent aussi le fusil, la lance, la hache, le poignard, le couteau et les pierres.

Parce qu’il est au seuil de deux mondes, des religions, il appartient aux espaces frontaliers et aux lieux les plus sauvages, aux cols les plus désolés, aux gués, aux rivières. Ces croisements sont ses lieux de prédilections. La chasse se déroule en embuscade et suit le même schéma que la chasse traditionnelle, près des points d’eau, en des lieux incultes, sauvages et impénétrables. Les cours d’eaux marquent la limite d’un monde à l’autre. L’eau est aussi un lieu de prédilection des esprits, des morts qui n’ont pas expiés leurs péchés ; ces esprits sont en relation avec les mazzeris. Parfois ils chassent aussi dans les rues.

Une fois la bête tuée, il la retourne sur le dos et c’est alors qu’il voit se métamorphoser la tête d’un animal en visage d’une personne qu’il connaît et qui appartient à son espace social. La personne reconnue mourra infailliblement dans les trois jours à un an qui suit. Il peut ne faire que blesser un animal et la personne aura un accident ou tombera malade. Ce sont les mêmes parties du corps qui sont affectées. Sa fonction peut ainsi se révéler bénéfique : il peut agir sur le déroulement des choses et en changer le cours en faveur de l’individu qu’il reconnaîtra.

La chasse onirique

La période de chasse se déroule pendant les rêves. Le plus souvent, cela se passe près de chez elle, dans des paysages reconnaissables. La distinction entre rêves et réalité n’est pas aisée. Certains mazzeri sortent vraiment la nuit. D’autres ne sortent que pendant les rêves. Il y a alors une sorte de dédoublement de la personnalité. Difficile de savoir si ce sont les mazzeris qui rêvent ou les témoins qui prétendent les avoir vu dans leur activité, alors que les mazzeris ne se rappellent pas avoir rêvé ou être sorti la nuit.

L’explication des mazzeri : c’est leur âme ou esprit qui sort. L’esprit pendant la chasse, rencontre celui de sa victime qui a pris forme animale. Quand il tue l’animal, il sépare l’esprit du corps, le corps pouvant survivre quelque temps, mais cette survie n’est qu’un sursis.

Certains mazzeri racontent qu’ils vivent leurs rêves comme s’ils leur étaient imposés par une force supérieure, leurs actes échappant au contrôle de leur volonté. Ils ne peuvent même pas choisir leurs victimes. Toutes les personnes appelées à chasser en rêve ne réagissent pas de la même façon. Certains le font à contrecœur, sous la contrainte et la culpabilité, d’autres s’en réjouissent. Pour certains, la chasse devient une véritable drogue, une dépendance, exerçant une fascination sinistre.

La Mandrache

Les mazzeri d’un même village ne sont pas hostiles entre eux, à la différence d’avec ceux des autres villages. La Mandrache est une bataille (« fantômes ») entre les mazzeri de deux villages. Ils ont lieu habituellement sur un col. Cela se passe la nuit du 31 juillet au 1er août, groupé en milices, affrontant ceux de la communauté voisine. Cette guerre se fait à l’aide d’asphodèles. L’enjeu de cette guerre végétale détermine le taux de mortalité de l’année à venir, dans chacune des communautés. Chez les vainqueurs, la mortalité sera faible; chez les vaincus, forte.

Transmission du don et guérison

Pour devenir mazzeru, il faut avoir un don psychique, dont l’origine est mystérieuse, et être initié, le plus souvent par un membre de la famille puisqu’il se transmet généralement de façon héréditaire. La vocation est obligatoire, on ne peut s’y soustraire. Tout au plus, l’initiateur peut faire en sorte que son nouveau confrère ne soit pas « mezzeru acciaccatore », c’est-à-dire tueur. Dans ce cas, il sera « mazzeru » tout court, c’est-à-dire « salvatore », sauveurs d’âmes et comparable en cela au chaman blanc ou au sorcier blanc de France, qui sont des guérisseurs.

Le mazzeru, pour Roccu Multedo, paraît être à la fois sacrificateur, psychopompe et guérisseur. L’animal chassé représente l’âme d’un malade qui s’ignore, que le mazzeru ne connaît pas encore, âme qui vient de quitter son corps. Ce départ de l’âme est justement la cause de la maladie. Le mazzeru sacrificateur poursuit l’animal et le tue afin de l’offrir à Dieu, et d’obtenir ainsi la guérison du malade. Il va s’agir ensuite pour le mazzeru guérisseur d’essayer d’arrêter l’hémorragie, de faire en sorte que le sang coagule et de faciliter au malade, ainsi privé de son âme, la périlleuse traversée du pont ou du gué qui constitue la frontière par excellence entre les deux mondes et ce, malgré les « mazzeri-acciaccatori » (tueurs) qui vont tout faire pour l’en empêcher.

Sources

  • Dorothy Carrington, Mazzeri, Finzioni, Signadori, aspects magico-religieux de la culture corse
  • Roccu Multedo le mazzérisme et le folklore magique de la corse Cervione 1975, le mazzérisme, un chamanisme corse Paris 1994, le folklore magique de la corse Nice 1982, le mazzérisme est-il un chamanisme corse ? CRET 1987

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Mazzérisme de Wikipédia en français (auteurs)

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31 août 2009 - Posted by | mythes | , ,

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