Occidere's Blog

Insomnies

En fait :

  • de mes nombreuses insomnies, pendant lesquelles j’ai refait le monde ; pendant lesquelles des idées, pas toujours brillantes, me sont parvenues à l’esprit ; ou que le recul m’ait saisi à l’emporte-pièce ; ou que la colère de ne pouvoir dormir m’interdisait le sommeil
  • de la nuit du jeudi 22 octobre 2009, qui fût une nuit d’insomnie comme bien d’autres, mais unique dans son genre,
  • de mes nombreuses contributions sur wikipédia, que progressivement je rappelle à moi,

je rend hommage à Michèle Manceaux qui a écrit ce livre remarquable Eloge de l’insomnie aux éditions Hachette, 1985, dont j’ai résumé en son temps quelques chapitres singuliers :

Témoignages sur l’insomnie

Marguerite Duras

Pour Marguerite Duras, 1914-1996, la véritable insomnie est sans raison, métaphysique. « C’est comme si on avait perdu la recette ». Elle survient de façon brutale : « tout à coup, on ne dort pas, comme une irruption dans la vie quotidienne ». Elle tombe du ciel. Elle n’a rien à voir avec le fait de ne pas dormir, la fausse insomnie provoquée par des ennuis, où « on traîne sa vie du jour dans la nuit ». La vraie insomnie entraine une familiarité avec la mort et lui fait perdre son visage d’horreur.
Dans l’insomnie « on a l’impression de s’introduire dans un lieu défendu », dans un territoire interdit où les autres ne sont pas allés. C’est comme si on n’avait pas le droit de dormir, car la nuit il faut dormir. C’est un temps invivable, où règne la solitude. Cette transgression fait passer de « l’intelligence supportable du quotidien » à celui de « la grande intelligence » de la nuit où on est au bord de tout voir, surtout la vanité des choses. C’est une expérience profonde qui creuse l’intelligence. Cette connaissance est un enfer. Elle marque la fin d’une naïveté : « je n’ai jamais rencontré de grands insomniaques qui soient naïfs ».
L’insomnie cesse quand on ne la traite pas comme une insomnie, citant Raymond Queneau : « je ne dors pas et je m’en fous, j’arrange ma vie autrement ».

Alain Cavalier

Pour Alain Cavalier l’insomnie n’est pas une maladie. « Ce n’est rien du tout », il faut faire avec. Le temps du sommeil n’est pas suffisant pour évaluer le sommeil, il y a aussi sa profondeur et sa qualité. Son sommeil nocturne est très superficiel : il se réveille 6 à 7 fois. Une fois par mois il fait la « totale ». Quelques fois il a des fourmis dans les jambes, il faut qu’il marche un peu, ne pouvant rester dix secondes à la même place. Au décours d’une nuit d’insomnie, A. Cavalier se décrit comme demi-endormi, ou demi-réveillé, ou demi-conscient, ou demi-lucide. Après ses quarts d’heure de sommeil diurne, où il récupère de son manque de sommeil, il se réveille très frais. Il craint le trou noir du sommeil, mais aussi ceux, beaucoup plus profonds, de la journée où il a l’impression d’avoir un poids, de peser des milliers de kilos. Il l’assimile à de la vie perdue, à une véritable plongée et à un engloutissement.
L’insomnie est une des rares choses dans sa vie qu’il ait su retourner pour qu’elle soit positive. La pureté, la simplicité de la nuit lave les scories du jour, « alors que le jour, il y a dispersion », désordre. « Il y a quelque chose de magnifique la nuit, un repos, une paix, une détente ». Il ressent une sorte de communauté avec les gens qui ne dorment pas, cette « petite bande réveillée sur la terre, qui se fait signe ». Les nuits sans sommeil sont de grands rendez-vous, où il ne cherche pas à dormir , l’angoisse appartenant à ceux qui veulent dormir à tout prix. Il « passe ses nuits à collecter tout ce » qu’il peut « comme souvenirs de vie, comme preuves de vie ».

Françoise Dolto

Pour Françoise Dolto l’insomnie est un symptôme qui peut rapidement disparaître. On ne peut pas guérir en prenant des somnifères.
« La peur de s’endormir, c’est la peur de ce qui peut permettre de bien vivre ». On peut assimiler le sommeil à la mort, « dans ce qu’elle a de vrai : la mort du sujet du désir ». Si une personne ne dort pas, elle n’est pas sans désir, mais sans représentation de celui-ci. S’il y a rêve, c’est que le désir revient. Trop penser empêche de dormir car on n’a pas assez agi, notamment dans l’échange avec l’autre. Les dépressifs ne dorment pas parce qu’ils ne sont pas assez fatigués, parce qu’ils sont occupés par un imaginaire victime et non par un imaginaire qui entre dans une création[13].
Pour les parents l’essentiel n’est pas que le bébé dorme mais qu’il ne crie ou qu’il ne pleure pas. Le bébé peut dormir sans qu’on s’en rende compte : il dort évéillé, les yeux ouverts. Mais il peut aussi ne pas dormir, sans déranger personne, simplement parce qu’il n’est pas anxieux d’être éveillé, à la différence du bébé qui est angoissé de l’être. Angoissé parce qu’il n’a pas assez d’occupation à sa vie symbolique. « Ils ont le désir de vivre mais ils ne savent pas par quel moyen ». Il faut alors leur laisser assez de signes de vie : leur parler pour lui donner à mémoriser, les mettre dans la société dès qu’ils naissent, ne pas leur donner l’impression de les quitter quand on les couche. C’est le bruit de la vie qui les endort parce que c’est le repos d’une libido fatiguée. « L’insomnie est une convivialité ratée entre le bébé et l’adulte ».

Frank Thomas

Frank Thomas se définit comme « un insomniaque qui dort, la tête posée sur l’oreiller ». Il ne s’endort pas avant 4 ou 5 heures du matin. Une fois par semaine, lorsque la fatigue s’est accumulée, il récupère en dormant du début d’après-midi jusqu’à minuit. C’est un être nocturne pour qui c’est un luxe de vivre la nuit, qui ne peut vivre s’il n’a pas senti un peu de celle-ci. Déjà bébé il l’aimait, probablement grâce à sa grand-mère qui savait donner sens aux soirées. Le silence de la nuit lui permet de prendre conscience de ce qui l’entoure, moins géné par le bruit et l’agitation de la journée, mais aussi de se rencontrer soi-même, ainsi qu’un peu de sérénité. Il pense que les gens redoutent la nuit par peur de ne pouvoir se fuir. Elle a mauvaise réputation  : les êtres nocturnes sont inquiétants, alors qu’ils sont marginaux et tous différents les uns des autres, contrairement aux êtres diurnes, elle est malfaisante, égalant le cauchemar, elle est noire, ce qui est généralement faux. Les gens qui dorment la nuit obéissent peut-être « aux lois plutôt qu’à leur bon plaisir ». La nuit n’est pas comparable à la mort, l’angoisse il l’a connait plutôt dans la journée, effrayé par les comédies humaines. Une ville ne l’interesse que la nuit. La nuit est un royaume, celui de l’au-delà, c’est le monde entier autour de lui.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Insomnie de Wikipédia en français (auteurs)

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22 octobre 2009 - Posted by | points de vue |

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