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« Je est un autre »

Cet article fait parti d’une série à venir. Le thème est «Je est un autre», formule que l’on doit à Arthur Rimbaud. Elle sera le pretexte d’une présentation du double. Et il ne faudra pas y chercher une connaissance mais plutôt une variation qui se conjugue au pluriel.

Dans le Robert Étymologique, «Je» traduit «ego», nominatif du pronom personnel de la 1ère personne. De «Je» dérive «ego», «égocentrisme», «égoïsme».
Je désigne couramment la personne qui parle, au sens large puisque celui qui parle peut le faire aussi dans l’écrit. Et on peut se poser la question de savoir si Je existe lorsque la personne ne parle pas !
Dans le dictionnaire Trésor, Je est le «sujet unique et immuable qui est responsable des états et des actes d’un individu». C’est dire que Je est constitutif de la personne et lui confère son originalité, son trait distinctif, à l’égard de ses semblables et de son espèce.

Et pourtant …

J’ai noté autrefois, pour désigner Je : «à l’avant de l’être», ne sachant plus d’où venait cette étymologie qui m’avait toujours intriguée. Comme si Je pouvais être autre chose que moi-même, jamais dans le présent, mais toujours en avance sur la personne sensée la désigner, sur le front en quelques sortes, à la recherche d’une possibilité. Marc Bosche, dans Verger d’Amour, écrit ceci :

«Veux-tu progresser ? Aller à l’avant de l’être qui t’inspire, à l’avant

de son fragile esquif ? Transitoire forme de l’éveil qui fraie un chemin

vers l’oeil d’émeraude.»

Comme si le Je n’était jamais là où on l’attendait, dans le réel ou le présent, comme s’il était un autre que lui-même. «Un autre moi-même» est une expression qui désigne l’alter-ego.

Arthur Rimbaud a utilisé cette expression à deux reprises. L’une le 13 mai 1871 dans une lettre à Georges Izambard , l’autre le 15 mai 1871 dans la lettre du voyant à Paul Demeny.

Dans la première lettre, il écrit :

«C’est faux de dire : je pense : on devrait dire :

On me pense. — Pardon du jeu de mots. —

Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon, et

Nargue aux inconscients, qui ergotent sur ce qu’ils ignorent

tout à fait !»

Dans la seconde :

«Car Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien

de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma

pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet :

la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou

vient d’un bond sur la scène.»

Ce que j’entends chez Rimbaud, c’est cet autre qui résonne sur la scène de la conscience. Cet autre qui n’est pas moi et qui pourtant fait de moi le Je qui parle.
C’est vers cet autre que je vais me tourner, autre dont il me semble apercevoir le miroir dans la figure du double, de l’ombre, de l’âme.

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27 octobre 2009 - Posted by | Uncategorized |

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