Occidere's Blog

La panique

publié 18juil09 – maj 25nov09 –

La panique est une peur, terreur qui survient de manière subite et violente en troublant l’esprit et le comportement. [1]
Ce mot est emprunté au grec πανικός, adjectif «de Pan».

Cette association, liant un terme usuel à un Dieu, m’a surpris au point de faire une petite recherche sur sa signification.
Car Pan, à l’origine, est un dieu champêtre de la mythologie grecque. Et le sens ne coule pas de source.

Dans « La grande encyclopédie des lutins » [2], Pan « n’est pas du tout cette simple caricature de suborneur lubrique et fainéant dans laquelle on l’enferme trop facilement ! C’est un Dieu puissant, « bon favorable », un héros aussi, et demi-frère du Grand Zeus – tout de même ! ».
En grec ancien, Pán, Πάν, « tout», est le Dieu de la totalité, de la nature toute entière, souvent identifié à Protogonos, le premier-né, ou à Phanès de la tradition orphique, Dieu créateur issu de l’œuf primordial.
Dans son entourage, de grands souverains sont présents : Aphrodite (association constante dans la religion grecque), Dyonisos, Zeus, Alexandre le Grand.
Nous sommes déjà loin de la diabolisation de Pan, sous la forme de Satan, qui, parait-il, n’intervint pas avant la deuxième moitié du seizième siècle.

Il semblerait que le mot soit Arcadien (Pan est le dieu souverain de l’Arcadie) et désigne une terreur soudaine et sans raison qui s’empare d’un camp militaire la nuit, quand un bruit indistinct est pris pour une attaque ennemie. Parodie de la guerre : l’armée hallucinée s’enfuit, ou se divise et sombre dans un carnage mutuel. [3]

D’après Claude Pouzadoux [4], Pan a une double nature : pratiquant des activités de chasse et d’élevage, il est aussi bien chasseur que pasteur , guerrier que pacifique. Une partie de lui est humaine, l’autre animale. Ainsi, il est au seuil des espaces sauvages et de la cité, tout droit sorti de l’animalité, mais avec encore un pied dans la nature avec ce qu’elle a de rude et de cruel, d’inquiétant et d’angoissant. C’est le Dieu dominateur du monde sauvage, mais aussi le Dieu Sauvage.
Pouzadoux le nomme l’opérateur des renversements.
Pour Borgeaud c’est un « passeur d’un monde à l’autre, qui convient à un fils d’Hermès ».
Sa vue est perçante, il est celui qui voit au loin, qui scrute et qui voit tout, ce qui évoque les qualités d’un prédateur.
Selon Borgeaud, « la fonction guerrière de Pan est héritée de son vieil aspect de chasseur ». C’est elle qui l’implique dans des activités militaires ou de combats héroïques.

pan_1

En effet, on le retrouve aux cotés d’Athènes contre les Perses, à Marathon ; dans l’affrontement de Bellérophon contre la Chimère ; dans le combat de Zeus contre Typhon, où la syrinx lui sert à neutraliser l’adversaire.
« Dans le rapport qui s’engage entre les adversaires , entre en jeu la peur du danger dont la maîtrise fait la valeur du chasseur comme du guerrier. La participation de Pan à la guerre est d’ordre psychologique. Elle se manifeste par le surgissement d’un phénomène inexpliqué qui engendre une peur incontrôlée productrice de désordre […] Il est en effet un milieu propice au surgissement d’une peur irraisonnée … La chasse et la guerre sont les deux cadres principaux où se concrétisent ces manifestations psychologiques, à travers la peur individuelle ou collective que peuvent éprouver le chasseur ou les soldats face aux embûches de la nature » [4].

Il faut donc s’assurer sa protection en vue de la victoire, car il désigne souvent le vainqueur dans les combats, en mettant au service du chef les qualités du chasseur, en menaçant le guerrier de devenir à son tour gibier.
Le recours stratégique à la panique, la célébration de victoires paniques montrent ainsi la place qu’occupe Pan dans sa fonction guerrière. Selon Borgeaud, « le thêatre de la toute première panique fut la guerre des dieux contre les titans » (il était aux côtés de Zeus dans la lutte contre les Titans, en collaborant par la panique).

Par son association à la victoire grecque, notamment en débarassant Europe de la puissance Perse, c’est également un Dieu de la paix. Il est présenté par Pouzadoux comme étant aussi pacifique, les victoires de la guerre étant « assimilées aux fruits d’une chasse bienfaisante ».

Pan n’est pas le seul Dieu de la peur (panique).

  • Il y a Phobos, fils d’Arès et d’Aphrodite, à l’origine du terme phobie, caractérisé par la crainte et la peur instinctive.

Citons ainsi ce passage de l’Iliade :

« On voit ainsi Arès, fléau des hommes, marcher au combat,
Suivi d’Effroi (Phobos), son fils intrépide et fort,
Qui met en fuite le guerrier le plus résistant.
»

  • Dans la mythologie celtique on retrouve aussi la Mórrígan, déesse triple de la guerre et de la destruction dont le nom signifie « Reine de cauchemar », terrorisant les guerriers et influençant l’issue et le dénouement des batailles [5]. C’est une déesse de la guerre et non une déesse guerrière, laissant les armes aux combattants divins, aux dieux de la tribu. Elle se métamorphose souvent – anguille, louve, vache – mais aussi corbeau : le « corbeau de combat » (« corneille de combat » chez les gaulois). Elle a le pouvoir de créer la peur panique chez les adversaires et la fureur guerrière des combattants. Dans la razzia des vaches de Cooley, sous le nom de Nemain, elle « jeta la confusion dans l’armée, en sorte que les quatre provinces d’Irlande se massacrèrent avec leurs propres lances et leurs propres armes, et que cent guerriers moururent d’épouvante et d’arrêt du coeur cette nuit là ».

Voilà, il s’agissait pour moi de comprendre la présence de Pan dans le terme « panique ». La conclusion serait donc qu’à chaque mouvement de panique un combat est engagé. Dans ce combat le recours stratégique à la panique est un avatar du Dieu Pan dont la présence est souhaitée afin de s’assurer la victoire.

Le Grand Pan n’est pas mort !

[1] CNRTL
[2] La grande encyclopédie des lutins, Hoëbeke editeur
[3] P. Borgeaud, Recherches sur le dieu Pan, Persée Revues Scientifiques, 1981

[4] Claude Pouzadoux, La dualité du dieu Bouc : les épiphanies de Pan à la chasse et à la guerre dans la céramique apulienne, Anthropozoologica, 2001, n°33-34

[5] Bestiaire mythique, légendaire et merveilleux dans la tradition celtique : de la littérature orale à la littérature écrite (pdf) – Thèse de Doctorat. Dimitri Nikolai Boekhoorn. 26 juin 2008

Voir aussi :

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25 novembre 2009 - Posted by | mots, mythes | ,

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