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Ploutocratie

La ploutocratie, en anglais plutocracy, est un système politique dans lequel le pouvoir est exercé par les plus riches.
Ploutocratie dérive du grec ploutos, richesse, et kratos, pouvoir, autorité.

Dans la mythologie grecque, le héros Iason, « le semeur », et la déesse Démeter, la Terre-Mère, s’unirent dans un champ labouré trois fois. De cette union naquit Ploutos, divinité de la richesse et de l’abondance. Il est représenté par un enfant portant une corne d’abondance. Dans la comédie d’Aristophane, Ploutos est rendu aveugle par la jalousie de Zeus.

Il existe d’autres formes de kratos. Par exemple la démocratie. Ce terme vient du grec dêmokratia, « gouvernement du peuple ». La racine grecque dêmos désigne à l’origine la part de territoire appartenant à une communauté. Elle se rattache à la racine da, partager. Elle désigne ensuite le peuple lui-même, ce qui donne comme signification le pouvoir du peuple, c’est à dire le gouvernement de tous, les citoyens.
Inutile de présenter la démocratie. Rappelons simplement qu’il n’existe pas de démocratie directe car celle-çi s’exerce par les représentants du peuple, ce qui fait d’elle une démocratie représentative.

Parmi les autres formes de kratos, il y a : aristocratie (pouvoir des nobles), bureaucratie (pouvoir de l’administration, des fonctionnaires), autocratie (pouvoir d’un souverain), phallocratie (pouvoir des hommes sur les femmes) …

Là où n’existe pas de pouvoir au sein d’un peuple il y a une anarchie, terme qui peut être entendu comme un désordre social, mais aussi comme un idéal à atteindre (courant de philosophie politique des anarchistes : « l’anarchie c’est l’ordre sans le pouvoir »). A ce propos, un exemple de réussite de l’anarchisme est Wikipédia, l’enfant non désiré de Nupédia, « anarchisme, entendu comme un pari sur la capacité des individus à se gouverner collectivement ».

D’après Wikipédia, la ploutocratie est une conception théorique et polémique. Elle est plutôt utilisée comme un qualificatif dans le cadre d’un débat, politique par exemple.
Cependant, en tant que système politique ou ordre social dans lequel la puissance financière et économique est prépondérante, la ploutocratie est une réalité incontestée. Par définition, elle conduit à de fortes inégalités sociales, du point de vue de la richesse.

Une ploutocratie à visage humain est-elle possible ?

Aujourd’hui, l’état du monde est à peu près ceci : l’écart, dans les inégalités de richesse, n’a jamais été aussi considérable. A la pauvreté succède le paupérisme, l’indigence, la misère et le dénuement. «80 % des ressources de la planète sont controlées et consommées par 20 %. Cette croissance du monde occidental coûte au monde, par la malnutrition ou la faim, l’équivalent de morts de un Hiroshima tous les deux jours » [1].
Plus près de nous, en France, « 6% de la population dispose de 50% du patrimoine; 94% se partagent l’autre moitié » [1].
La démocratie n’est plus que l’ombre d’elle-même. Le capitalisme est entré dans sa phase terminale : mondialisation néolibérale, avec son cortège d’effets collatéraux : démantèlement du service public au profit d’entreprises privées, fragilisation des groupes sociaux (domaines sanitaire, éducatif et social), surévaluation et autonomie des marchés financiers et du pouvoir des banques, prélèvements massifs sur le travail, rapprochement, agglomérat et confusion entre les milieux politiques et industriels. En un mot : déconstruction de la démocratie. Et une seule tendance : accentuation des inégalités, au sein des pays riches eux-mêmes.

Alors ? La ploutocratie est-elle une évolution naturelle ou accidentelle du capitalisme à laquelle doit s’opposer une volonté et une élaboration du peuple pour la combattre, afin d’instaurer un nouveau système politique ? Ou au contraire est-elle une volonté d’une classe minoritaire cherchant à exploiter délibérément la population mondiale, réduite à une forme d’esclavagisme, par soumission forcée ou par auto-consentement ? Cette dernière vision n’est pas nouvelle. Elle s’appelle conspirationnisme, ou théorie du complot mondialiste. Son partisan le plus en vogue actuellement est Alex Jones, avec son fameux documentaire EndGame.

Man-Tsun

Quelques citations sur la ploutocratie :

« Ne vous laissez pas abuser par l’ordre qui règne en apparence au sein de notre société ploutocratique. Il en va de cette nouvelle forme de guerre comme des plus anciennes : elles ont cet air extérieur de paix sublime. Comme il est rassurant de suivre le pas cadencé du régiment ! Que les officiers ont l’air paisibles et distingués ! Comme le canon brille ! Les entrepôts du meurtre sont propres comme un sou neuf. Les registres du sergent-major et de l’adjudant-chef ont un air de parfaite innocence ; les ordres du pillage et de la destruction tombent avec un calme et une précision qui symbolisent la bonne conscience. Tel est le masque qui précède la moisson détruite et la ferme incendiée, les corps estropiés, la mort prématurée des braves, la détresse du foyer ». William Morris – 1834-1896 – L’Art en Ploutocratie – Conférence mai 1883

« J’appelle ploutocratie un état de société où la richesse est le nerf principal des choses, où l’on ne peut rien faire sans être riche, où l’objet principal de l’ambition est de devenir riche, où la capacité et la moralité s’évaluent généralement (et avec plus ou moins de justesse) par la fortune » …
Ernest Renan – 1823-1892 – L’Avenir de la science, Pensées de 1848 – 1890

« Le libre-échange intégral et la démocratie sont incompatibles, tout simplement parce que la majorité des gens ne veut pas du libre-échange. Donc, soit la démocratie gagne et on renonce au libre-échange, soit on supprime le suffrage universel parce qu’il ne donne pas les résultats souhaités par les libéraux. Le seul pays à avoir jamais inscrit dans sa Constitution le libre-échange a été les Etats américains sudistes, esclavagistes. Le Nord, industriel et démocratique, derrière Lincoln, était protectionniste. Normal, puisque le protectionnisme définit une communauté solidaire et relativement égalitaire, alors que le libre-échange suppose des ploutocrates et une plèbe ».
Emmanuel Todd – Interview à Télérama – 2007

« Les mencheviks estimaient qu’il était inadmissible de « repousser » la bourgeoisie libérale au nom d’une alliance douteuse et incertaine avec les paysans. C’est en cela que consistait la « méthode » menchevique. La mienne consistait à rejeter la bourgeoisie libérale et à conquérir la direction de la paysannerie révolutionnaire. Dans cette question fondamentale il n’y avait pas de désaccord entre Lénine et moi. Lorsque je disais aux mencheviks, au cours de la lutte qui m’opposait à eux : « De toute façon, vous seriez les derniers à attribuer à la paysannerie le rôle dirigeant » ce n’était pas, comme Radek l’insinue, l’expression de ma solidarité avec leur méthode, c’était une façon de poser une alternative claire : la dictature de la ploutocratie libérale ou la dictature du prolétariat ».
Léon Trotski – 1879-1940 – La révolution permanente – 1928

Notes & à télécharger :

[1] Roger Garaudy, L’avenir : mode d’emploi, 1998 (pdf – 1.3Mo – 217 p)

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20 janvier 2010 - Posted by | mots | , ,

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