Occidere's Blog

La culture contre-insurrectionnelle britannique

maj le 21/04/2010 – publié le 10/01/2010

« La guerre est la poursuite de la politique par d’autres moyens ».

– Carl von Clausewitz

Rappelons que l’insurrection fait partie des guerres asymétriques, comme la guérilla. Du fait de cette assymétrie, l’affrontement avec l’armée se fait par voie détournée, jamais de façon directe. Les insurgés cherchent à obtenir l’appui et le soutient de la population et développent une organisation politico-administrative (OPA) visant à concurrencer et remplacer le gouvernement en place.

La contre-insurrection, quand à elle, vise à couper l’insurrection de sa base populaire par divers moyens. « C’est la conquête du coeur et des esprits. »
La métaphore suivante illustre le principe de la contre-insurrection : « il faut sortir de l’eau tous les petits poissons et les empêcher d’y retourner ; alors ils mourront. »
Le moyen le plus brutal d’y parvenir est de contre-terroriser les populations. C’était la technique de l’Allemagne nazie dans les pays occupés.
Les moyens mis en oeuvre par l’armée Britannique sont moins brutales : déplacement et/ou contrôle des populations, actions psychologiques, renseignement, opérations militaires de contre-insurrection, opérations spéciales, etc.

L’importance de l’action psychologique (PSYOPS – Psychological Operations) est soulignée. Elle regroupe les techniques de propagande telles que la propagande blanche (le gouvernement promeut sa cause par des tracts, émissions de radio, articles de journeaux) et la propagande noire (désinformation et intoxication, faux tracts, dirty tricks -« sale coups »-, infiltrations).
Le terme de propagande a été banni du vocabulaire des armées occidentales. On parle désormais d’opérations d’information (Info Ops).

Les opérations spéciales ne sont autres que des opérations false-flag (ou opérations sous fausse bannière).

L’article qui suit  date de Janvier 2009. Il pose les concepts fondamentaux de la contre-insurrection.

Il  dégage le contexte historique de l’armée britannique dans les situations contre-insurrectionnelles (Palestine 1945-1948, Malaisie 1948-1960, Kenya 1952-1960, Aden 1964-1967 et surtout Irlande du Nord 1969-2007).

Il classe les six différentes caractéristiques de la pratique contre-insurrectionnelle : objectif réaliste (modestie politique), grande patience dans le développement opérationnel, quête du soutien populaire, primauté du civil, force minimale, priorité du renseignement (et recours aux opérations spéciales).

Il met en évidence la problématique de l’analogie entre les conflits Irlandais et Irakien, dans le cadre de la culture contre-insurrectionnelle développée par les Britanniques.

Enfin il définit l’outil méthodologique du transfert d’expérience : internalisation (enseignement, instruction, entraînement), externalisation et combinaison (retours d’expérience et réflexions doctrinales). Il analyse le transfert dans les faits, c’est-à-dire la continuité de pratiques contre-insurrectionnelles.

Conclusion de l’article :

La culture contre-insurrectionnelle britannique n’est pas un mythe. Elle a été forgée par des décennies, voire des siècles de pratiques. Le transfert d’expérience d’un théatre d’opération (Irlande du Nord) à l’autre (Irak) est également réel.

A Télécharger :

De l’Ira à l’Irak : Transferts d’expérience contre-insurrectionnelle dans l’armée britannique, Elie Tenenbaum, janv. 2009, pdf, 54 pages, 386 Ko

disponible sur le site C2SD (Sciences Sociales de la Défense) – Ministère de la défense.

Voir aussi :

  • Dans une vidéo du 27 février 2009 (« Les rôles des médias et de l’U.E. » – partie 1partie 2) Michel Collon explique la méthode de contre-insurrection développée par F. Kitson.

Rappelons que Frank Kitson fût envoyé en Malaisie et au Kenya pour les guerres coloniales de l’empire britannique dans les années 60. Londres l’a envoyé en Irlande en 1970 où il a été chargé de diriger la répression.
Il expliquait que la répression militaire et policière classique n’a aucune chance de réussir sans une campagne pour gagner les coeurs et les esprits et il appellait ça guerre psychologique stratégique.

La méthode pronée par F. Kitson se résume aux points suivants :

1. former tous les cadres des ministères de Londres, armée, affaires étrangères … aux techniques de manipulations psychologiques de l’opinion
2. monter de pseudo-gangs qui attribueront des coups attribués à l’ennemi pour le discréditer
3. employer les forces spéciales SAS pour réaliser des attentats et dire que c’est l’ennemi et comme ça on le discrédite
4. créer des diversions en provoquant une guerre de religion
5. fabriquer de faux documents « black propaganda » qu’on attribuera à l’ennemi pour le discréditer
6. infiltrer des agents ou recruter des traitres dans les organisations adversaires pour provoquer des scissions
7. militariser l’info de la BBC et censurer totalement le point de vue adverse
8. filtrer l’information à destination de la presse internationale et assurer des complicités
9. fournir des documents photographiques pour influencer l’opinion
10. utiliser des journalistes comme espions sur le terrain
11. utiliser la musique pour attirer des jeunes avec un message apparemment dépolitisé
12. mettre en place de faux mouvements spontanés qu’on présentera comme neutres et indépendants mais qu’on financera pour affaiblir le soutien au camp adverse.

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21 avril 2010 - Posted by | lecture | , , , ,

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