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Le vampirisme est-il un culte solaire ?

màj 22/08/2010 – publié le 07/10/2009

« Le premier rayon du soleil regarde l’aurore, et l’aurore disparaît. »
Max Müller

Dans son roman « Le culte du Vampire« , Jean-Paul Bourre termine par cette phrase :

« Au-dessus des neiges éternelles qui luisaient sur les monts Fagaras, Dracula n’étaient plus le prince des Ténèbres… Il devenait le héros solaire dont parlent les mythologies du passé. » [1]

Quelle étrange idée de relier le vampirisme au culte solaire ! Mais plus j’y pense et plus cela me paraît crédible. Tout au moins cela attire l’attention. Les correspondances sont nombreuses.

Le roman phare du vampirisme est Dracula, de Bram Stoker, paru en 1897. Il met en scène un personnage historique, Vlad Drakul, littéralement le fils du Dragon, membre de l’ordre du même nom, crée par Miloš Obilić au XIVè siècle, dont l’objectif était la mort du Sultan ottoman Mourad I. On le surnommait Vlad l’Empaleur car il empalait ses ennemis.

Homme d’état et alchimiste, Dracula est, dans le roman, un vampire, c’est-à-dire un être qui se repaît du sang des vivants pour assurer son immortalité. Il ne vit que la nuit. Pour le tuer, il est nécessaire d’enfoncer un pieu dans son coeur, au moment où il est le plus exposé : pendant son sommeil diurne, à l’abri de la lumière.
Repris ensuite par de nombreux auteurs et cinéastes, le vampire reste sensiblement égal à lui-même et reprend les thèmes suivants : l’immortalité, la vie nocturne, le sacrifice humain et la transcendance du sang.

Les cultes solaires sont liés à la course du Soleil. Les témoins en sont les rituels festifs au moment des solstices et équinoxes, les rituels agraires, les calendriers. Ils sont antérieurs aux monothéismes (cultes païens).

Ils sont pratiqués chez les Egyptiens (Ra, Amon, Atoum, Horus), les Chaldéens (Baal), les Celtes (Belenos), les Grecs (Apollon), en Méditerranée Orientale (Mithra), en Inde (Surya). Chez les latins c’est le Sol Invictus (le Soleil Invaincu). Chez les Aztèques, Huitzilopochtli et Tonatiuh. On le retrouve aussi chez les Mayas, Incas. Les monuments de pierres à Carnac, Externstein et Stonehenge sont les manifestations d’un culte solaire archaïque.

Ce qui est moins connu, c’est que la religion chrétienne, en absorbant les cultes solaires païens, dont le Mithraïsme qui fût sa principale religion concurrente, se fit l’agent de transmission de ce qu’elle combattait.

Considéré comme la source de vie, ou comme la source de l’énergie créatrice, le Soleil est largement figuré dans les religions, notamment en Egypte, sous la forme d’un disque ou d’un cercle d’or, à la manière de l’auréole de Jésus-Christ, avec parfois ses rayons lumineux qui s’en échappent.

La course du soleil

Elle est magnifiquement présentée dans l’ouvrage de Bram Stoker, et tout aussi bien en images dans le film de Francis Ford Coppola, « Dracula« , sorti en 1992. Jonathan Harker et son équipe se livrent à une poursuite dramatique du comte Dracula, lors de la fuite de ce dernier vers son repaire des Carpathes. Or il s’agit de la fin de la journée, le soleil se couche, sa trajectoire est visible à l’horizon, parfois masquée par des nuages. « Le château de Dracula se détachait à présent sur le ciel rouge, et la lumière du couchant dessinait chaque pierre de ses crénaux rompus » [1]. Il s’agit d’une lutte à mort.
En Egypte, cette course était figurée par des histoires de batailles, chaque lever du Soleil étant une victoire sur les ténèbres, chaque coucher une entrée dans le monde inférieur où des dangers se dressent contre le Dieu-Soleil. Cette course possède une représentation journalière avec l’alternance jour-nuit, mais aussi une représentation annuelle avec l’alternance des solstices d’été et d’hivers. C’est bien au coeur de l’hiver qu’est fêté la résurrection du Soleil avec l’allongement de la durée du jour. Cette date correspond à la naissance de Jésus-Christ, en fait celle de Mithra. Cette fête a une soeur estivale : celle de la Saint-Jean.
La course du soleil est rythmée. Elle définit un ordre qui sera aussi celui du Roi (Pharaon) . A sa course diurne répond une course nocturne : c’est le voyage nocturne d’Ouest en Est.

Les sacrifices et la transcendance du sang

Chez les Aztèques, Tlacaelel, architecte de l’Empire, persuade les sages qu’il faut nourrir le Soleil avec l’eau précieuse afin qu’il puisse éviter la mort. Cette eau précieuse n’est autre que du sang humain obtenu après sacrifice. Autrement dit, le Soleil est né du sacrifice et du sang. « Le sacrifice humain, chez les Aztèques, n’était inspiré ni par la cruauté, ni par la haine, mais par le devoir sacré envers le Soleil, et pour assurer la pérennité de l’homme. Le prêtre qui accroche le cœur du sacrifié au sommet de la pyramide diffère ainsi le cataclysme toujours imminent. Messager envoyé aux dieux, le sacrifié est investi d’une mission mystique, et honoré comme tel, qu’il soit prisonnier de guerre ou victime vouée au sacrifice pour les dieux » [2].

Cette ablation du coeur de la victime était liée aussi à la croyance que la jeunesse du Soleil devait constamment être renouvelée par le sacrifice humain, afin qu’il pût poursuivre son pélerinage quotidien à travers l’azur. Même les prêtres faisaient, en l’honneur du Dieu Solaire, une offrande de leur propre sang [3].

Enfin, l’image du sacrifice pendant les éclipses du soleil sont particulièrement significatives.

Dans le culte Mithraïque, la transcendance du sang est éloquente : « Celui qui ne mangera point mon corps et ne boira point mon sang de façon à se confondre avec moi et moi avec lui, n’aura point le salut » (Paroles sacramentelles datant du IIIe siècle avant JC). Evidemment, cela nous rappelle l’Eucharistie qui est le partage du corps et du sang du Christ, sacrifié sur la croix, symbolisant sa mort, puis sa résurrection.

Dans le Mithraïsme, l’initié recevait le baptême de sang (taurobole) qui lui assurait l’immortalité de l’âme. Le sang du taureau, égorgé par un pieu sacré au-dessus d’une fosse où se trouvait le fidèle, purifiait et régénérait celui qu’il inondait : le baptisé était « renatus in aeternum » (re-né pour l’éternité) … Le sacrifice du Taureau cosmique est un rite perse destiné à restaurer le règne de fertilité et d’abondance de Yima, le premier homme [4].

L’immortalité

Nous venons de voir dans le Mithraïsme, culte solaire par excellence, le thème de l’immortalité de l’âme. Je ne m’étendrai pas sur ce sujet : l’Eternel retour, la résurrection et l’immortalité sont présents dans tous les mythes solaires. Pour revenir à Jean-Paul Bourre, citons un passage de son livre : « Toutes les traditions magiques enseignent que le sang est porteur de vie. La Bible va même jusqu’à déclarer que « l’âme de la chair est dans le sang ». Voilà la phrase clé. L’âme de la chair est dans le sang, et le sang est le seul véhicule de vie que l’homme doit emprunter s’il veut gagner l’immortalité de l’âme» [1].

« Le Seuil de l’Au-delà est toujours un Seuil nocturne ; la Nuit est invinciblement un masque de la Mort » [5]. Dracula ne serait-il pas la représentation du voyage nocturne du Dieu-Solaire, ainsi que la tentative de résolution de sa renaissance ?
Dans la Grèce antique, les ombres du royaume d’Hadès sont friandes du sang des victimes. Hadès « l’invisible », le « Zeus chtonien ».
Lorsqu’il s’enfuit d’Angleterre, le comte Dracula rentre chez lui, en Transylvanie, dans les Carpates. Il effectue le voyage d’Ouest en Est, à l’inverse de la course diurne solaire.
Augustin Calmet, décrit le vampire comme un « revenant en corps », à la différence des esprits qui sont des revenants immatériels. Ni mort, ni vivant, mais vivant dans la mort, il est à l’image du Soleil dans ses pérégrinations nocturnes. Tel le Ka Egyptien, son double, éternel, durera tant que son corps sera préservé de la décomposition.
Et les être humains qui cherchent à le faire disparaître ne se rendent pas compte qu’en agissant ainsi ils se condamnent eux-mêmes à leur propre perte.

Le message que nous donne le Comte pourrait être celui-ci :

Si je vis du sang des humains, les humains ne vivent que du mien. Pour accéder à l’immortalité il faut d’abord mourir. Et mourir dignement, en transformant la peur en connaissance. On peut être mal-né. Il faut bien-mourir. « Une vie de trente secondes, de vingt ans ou de deux mille ans » [1] … peu importe.
Tous ces fantasmes romanesques, littéraires, cinématographiques, me concernant, ne sont que la cristallisation de vos angoisses et de vos peurs, le fruit de vos imaginations. Ils sont dramatiques … et tellement risibles.
Mon vrai visage est en fait celui d’Orphée. Mon nom est le même que l’indien Ribhu, qu’on emploie comme épithète d’Indra ou comme un nom du Soleil. Mon épouse est Eurydice qui chaque soir se fait mordre par le serpent, et que je ramène chaque matin pour qu’éclate son éblouissante splendeur. Être de lumière, je suis tout autant musicien et poëte que chamane. Mais il se fait tard, Je languis de la beauté d’Eurydice …

[1] – « Le culte du Vampire » – Jean-Paul Bourre
[2] – Les mythes solaires – Noëlle Gombert
[3] – J. Eric Thompson – La civilisation aztèque – Payot
[4] – Jean-Paul Coudeyrette – Mythologie romaine. Religions et Mystères importés à Rome. Cultes solaires.
[5] – M. Guiomar – « Principes d’une esthétique de la mort » – José Corti

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22 août 2010 - Posted by | mythes |

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