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Alexithymie

« Au début était le verbe, le verbe c’est du bla bla, c’est du déchet d’émotion… quand on n’a plus rien à faire, quand on n’a plus rien, quand on ne sent plus rien, ben alors on parle, n’est-ce pas ».
Céline

Pour introduire la notion d’alexithymie, rappellons ce qu’est une émotion.

D’après son étymologie – emprunté au latin motio « mouvement » – l’émotion serait en lien avec la tendance à agir.
Pour I. Filliozat [5], « l’émotion est un mouvement vers le dehors, un élan qui naît à l’intérieur de soi et parle à l’entourage, une sensation qui nout dit qui nous sommes et nous met en relation avec le monde ».
Les émotions sont des mouvements qui naissent dans notre corps et qui donnent du sens à nos interactions avec l’entourage. Elles sont constitutives de notre identité.

L’intelligence émotionnelle correspond à la façon dont les sujets identifient et organisent les habiletés spécifiques requises pour comprendre et pour éprouver des émotions [6]. Dit autrement, l’intelligence émotionnelle représente la capacité de percevoir, d’exprimer, de comprendre et de gérer ses propres émotions, mais aussi les émotions des autres [7].
Quand à la régulation émotionnelle, elle se réfère plutôt à des processus impliqués dans le contrôle des émotions afin d’atteindre un but, par l’inhibition ou l’altération du comportement [7].

Les quatre émotions cardinales sont la peur, la colère, la tristesse et la joie.

Alexithymiea : absence, lexis : mot, thymos : humeur, affectivité, sentiment, émotion – signifie « absence de mots pour exprimer les émotions ».

C’est Sifneos, en 1972, qui a introduit le néologisme «alexithymie», en se référant à la médecine psychosomatique. Mais il a été décrit par Ruesch en 1948 et MacLean en 1949 [7]. Il désigne un mode de fonctionnement de patients souffrant d’affections organiques chroniques à forte composante psychosomatique. L’incapacité d’exprimer verbalement ses affects, de les différencier, se traduit chez le patient par une description de symptômes, qu’il n’arrive pas à relier à ses émotions. Il s’agit d’une sorte « d’aphasie émotionnelle », d’illétrisme émotionnel.

Cette incapacité correspond ainsi à la difficulté pour un individu à mettre en rapport l’expérience physiologique de l’émotion (tachycardie, bouffées de chaleur, tremblements, …) et le niveau subjectif qui permettrait au sujet de décrire ce qu’il ressent (peur, joie, tristesse, …). Cette incapacité à identifier ses sentiments débouche tout naturellement sur l’impossibilité de les verbaliser [1].

Il y aurait quatre composantes dans le concept d’alexithymie : l’incapacité d’exprimer verbalement ses affects, la limitation de la vie imaginaire, le recours à l’action, et la pensée à contenu pragmatique. Soit : difficultés à pouvoir communiquer ses sentiments à autrui, incapacité d’identifier ses sentiments et de pouvoir les distinguer de ses sensations corporelles, pauvreté de la vie imaginaire et pensées tournées vers l’extérieur plutôt que vers les sensations intérieures (pensées à contenu pragmatique).

L’alexithymie peut être une dimension de la personnalité, un trait de caractère ou bien être acquise suite à une maladie ou un traumatisme grave. Un non-apprentissage des expériences émotionnelles peut conduire à une alexithymie [2].
Lorsque ce trouble est secondaire ou transitoire le médecin ou le psychothérapeute essaient de mettre des mots sur les émotions afin de permettre au patient un apprentissage. Il s’agit alors de relier une sensation physique à une émotion : par exemples sensation de boule dans la gorge/tristesse, maux d’estomac/colère, etc. Le repérage des signaux corporels et l’attention aux sensations physiques prend donc une place importante.

Bien qu’il existe un lien entre dépression, apathie, anhédonie et alexithymie, il ne faut cependant pas les confondre entre eux. Ils désignent des entités différentes.

Le refoulement des émotions dans un contexte particulier – familial, professionnel, culturel – en fait la régulation émotionnelle, se situe dans les limites du concept d’alexithymie.. En effet, l’alexithymie ne serait pas qu’un manque de mots ou un déficit de l’expression verbale, mais plutôt celui d’un déficit de la fonction symbolique, c’est à dire un véritable déficit cognitif. D’après F. & S. Farges, l’emploi de ce terme ne se réfère pas à une conception psychodynamique de l’être humain, mais plutôt à des postulats psychopathologiques. Autrement dit l’alexithymie est de l’ordre du pathologique.

L’alexithymie toucherait, pour certains 20 % de la population, pour d’autres 8%. En gros, chacun connait autour de soi une ou plusieurs personnes alexithymiques !

Pour J.-L. Pedinelli [3] « l’alexithymie est une forme particulière de fermeture au sens des événements internes (émotionnels) comme externes, fermeture dont le mécanisme et les effets sont totalement différents de ceux de la névrose et de la psychose. Cette privation de sens liée au style particulier de communication fait de l’alexithymie l’un des paradigmes de l’analyse de l’élaboration psychique du somatique, aux côtés de l’hystérie, de l’hypocondrie et du langage d’organe ».

Pour Merleau-Ponty [4], au contraire, l’alexithymie semble pouvoir s’inscrire dans l’humain, en dehors de toute connotation pathologique. Elle pourrait être comprise comme une manière expressive d’être dans le monde. L’opposition apparente entre le corps et l’esprit ne pourrait être qu’une orientation affective et une certaine manière d’assumer et d’exprimer le monde et soi-même.

Un rapprochement entre les quatres composantes du concept d’alexithymie et certaines formes d’adaptation aux exigences de la vie moderne a tout de même été souligné par Sifneos. Il a surnommé l’alexithymie « la personnalité de notre temps ». Lourd de sens !

Notes :

Voir aussi :

Merleau-Ponty: science et philosophie

Par Renaud Barbaras,John Russon

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3 octobre 2010 - Posted by | mots | , ,

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