Occidere's Blog

La politique des caisses vides

maj 26/12/10 – 02/12/09 – article publié le 19/08/09

Déficit de la sécurité sociale, déficit du budget de l’état, déficit des caisses de retraites, déficit public …

Ce mot est devenu tellement banal dans l’exposition des comptes publiques, dans les médias, que nous nous y sommes habitués, au point d’en oublier la réalité qu’il désigne – deficere « manquer ».

Manquer. Manquer de quoi ? D’argent, de recettes, de production ? D’idées peut-être ?
Ne peut-il y avoir de déficit que public ? Comme si le secteur public ne pouvait se juger que par ses profondeurs abyssales, ses eaux bleuâtres sans fond. Une sorte d’anomalie, un parasite qu’il faut éliminer. Et de surcroît d’en oublier sa mission, celle qui concerne tout un peuple. Le public est, dans le dictionnaire, ce qui est relatif à l’Etat, ce qui est géré par l’Etat. Lorsque l’accent est mis sur le déficit, implicitement est pointé du doigt les carences de l’Etat et les fonctions qu’il assume au nom de la population, de la majeure partie des gens.

Pendant longtemps j’ai cru qu’il s’agissait d’une fatalité, que le déficit était une sorte de prix à payer pour le bien d’une nation, mais que, les bornes étant dépassées, il fallait nécessairement le réduire, les caisses étant vides, et quand il n’y a plus d’argent, il n’y a plus d’argent. Dans une société de consommation telle que la nôtre on ne pouvait pas user à l’infini les biens et services , etc , etc.
En fait, c’est exactement ce qu’on nous amène à penser afin d’obtenir le consentement de la population.

Sébastien Guex a pour formation un Doctorat ès Lettres de l’université de Lausanne. Il est professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Lausanne.
Dans l’article « la politique des caisses vides » l’auteur analyse la crise des finances publiques, apparue dans les années 1970, et contemporaine du mouvement de mondialisation.

Dans cet article l’auteur préfère à l’expression politique des déficits, celle de politique des caisses vides puisqu’elle consiste à limiter ou à diminuer, de façon délibérée, les recettes de l’état, en plafonnant ou en baissant les impôts, dans le but de provoquer des déficits budgetaires, en fait une crise des finances publiques.
Le modèle explicatif de cette politique est celle avancée par l’école des choix publics (Public Choice), dont le fondateur est James M. Buchanan, économiste américain, et prix nobel d’économie. En fait, élève d’un des fondateurs de l’école de Chicago, que l’on connaît comme l’école mère du néolibéralisme. L’école des choix publics stipule que la politique fonctionne à la manière du modèle économique, et dépend des mêmes lois que la microéconomie. Le rôle de l’état est jugé trop important. Il est qualifié de Léviathan par James Buchanan, qu’il faut enchainer en interdisant les déficits budgetaires et en limitant les prélèvements obligatoires.
La question évidemment est de savoir s’il s’agit d’une application de la science économique, ou s’il s’agit plutôt d’une idéologie pure habillée des parures de la science économique.

Selon S. Guex, les pionniers de cette politique ont été Margaret Tatcher, Ronald Reagan, George Bush, Clinton, George Bush Jr., Ruth Richardson, ministre des finances de la Nouvelle-Zélande de 1990 à 1993.

Le bilan de cette contre-réforme néolibérale – contre-réforme car opposée au keynésianisme est :
– la diminution de la pression fiscale et donc des recettes fiscales
– l’inversion des dépenses publiques grâce au désengagement étatique sous la forme des privatisations depuis les années 1980, et en dépit de l’aggravation des problèmes sociaux (chomage, précarisation …)
– la diminution des dépenses étatiques, notamment celles qui ne sont pas  » utiles aux détenteurs de capitaux » (sécurité sociale, éducation, culture, aide au développement du tiers-monde)
– le transfert du poids de l’imposition reposant sur les détenteurs de capitaux vers la grande majorité des salariés
– l’accroissement du degré de dépendance politique à l’égard des milieux capitalistes – « la dette resserre l’emprise du capital sur l’état et rend celui-çi inféodé politiquement à la classe des banquiers investisseurs et autres courtiers en argent ».
– la financiarisation, bénéfique pour les établissements financiers, les fonds de pensions et les riches. En France, 80% de la dette publique est aux mains de ces trois agents, dont un quart à l’étranger.
– l’accroissement de la concurrence fiscale entre les collectivités publiques locales et les états nationaux
– la concentration du capital : les 200 premières multinationales totalisent un chiffre d’affaire supérieur au quart du PIB mondial, avec, pour conséquence une augmentation de la pression de ces firmes sur les autorités politiques (avantages fiscaux, baisse du taux d’imposition des entreprises, évasion et fraude fiscale)

Références de l’article cité : Guex Sébastien. La politique des caisses vides . In: Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 146-147, mars 2003. Espaces de la finance. pp. 51-61.

Citations :

  • « Si vous ne connaissez pas une véritable crise, inventez-là »    Ruth Richardson
  • « Le déficit engendré par la baisse des impôts apparaît […] comme un formidable moyen de pression pour contraindre l’état à rétrécir »
    Guy Sorman, 1984

A télécharger :

Sébastien Guex. La politique des caisses vides , Actes de la recherche en sciences sociales, 2003, vol. 146, n° 1, pp. 51-61pdf, 1760 Ko

Voir aussi :

Альбом «Sean Izzard»

 

Publicités

26 décembre 2010 - Posted by | lecture | , , , ,

Aucun commentaire pour l’instant.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :