Occidere's Blog

Retour sur la pandémie grippale H1N1v de 2009 – version longue

Préliminaires

Il existe une version courte de cet article ici.

En décembre 2009, la commission des affaires sociales du Sénat a demandé à la Cour des comptes de procéder à une enquête sur l’utilisation des fonds mobilisés pour la lutte contre la pandémie grippale A (H1N1), évalués alors à un milliard et demi d’euros.
Voici donc deux documents dont je propose de faire la synthèse :

Les extraits en provenance de ces rapports seront mis en italiques.
Pour information, l’auteur de cet article déclare n’avoir aucun lien d’intérêt. Il agit pour son propre compte, n’est ni un fervent défenseur de la vaccination, ni un farouche opposant à celle-çi. En dehors du paragraphe des commentaires, il n’invente rien et n’utilise que la matière des rapports du Sénat.

Plan de l’article :

  • Introduction et constat
  • L’OMS sur la sellette
  • La bulle expertise
  • Quelques experts sous influence
  • La déclaration des liens d’intérêts
  • Le dédale des autorités publiques françaises
  • Les contrats de l’industrie pharmaceutique
  • La virulence du H1N1v
  • Efficacité des vaccins / oseltamivir
  • De la sécurité des vaccins
  • Annexes : Evolution de la définition d’une pandémie grippale par l’OMS – Propositions de la commission d’enquête
  • Extrait
  • Commentaires

Introduction et constat

Il n’est pas inutile de rappeller que le plan national de pandémie grippale a été « calibré » en vue de l’émergence d’une pandémie causée par un virus aviaire H5N1 transmissible d’homme à homme. En somme, la crise a été mené dans les pays occidentaux comme s’il s’agissait de la grippe aviaire.
Avec le recul, il s’avère que la grippe H1N1v a touché environ 5 à 6 millions de Français(es). Moins de 6 millions ont été vacciné, soit 7% de la population. 342 décès (dont 312 en France métropolitaine) ont été attribués à la grippe H1N1v (comparés aux 5000-6000 décès attribués à la grippe saisonnière). 2,7 millions de doses ont été perdues, 700 000 ont été inutilisables et 20 millions de doses ont été ou seront détruites. Le coût total estimé de la campagne a été de 700-760 millions d’euros, soit 110 euros par personne vaccinnée (et encore, ce chiffre ne tient pas compte du recyclage du verre des flacons de vaccins qui aura lieu prochainement).
12 millions de doses ont été données à l’OMS dans le cadre de la solidarité internationale. Le Gouvernement a par ailleurs procédé à des exportations à prix coûtant vers Monaco (80 000 doses) et le Qatar (300 000 doses et 330 000 seringues).
Au cours de ces six mois d’enquête menée par la commission du Sénat, il est apparu que le Gouvernement n’avait pas su prendre les bonnes décisions au bon moment.
La France, comme de nombreux pays, s’était minutieusement préparée à une pandémie… qui n’a pas eu lieu ; celle qui s’est produite n’avait rien à voir avec celle que l’on attendait.
Ce déni de réalité connaîtra son épilogue le 4 janvier dernier avec la résiliation de la commande de 50 millions de doses de vaccin sur les 94 millions prévues initialement.

L’OMS sur la sellette

Le fonctionnement interne de l’OMS est très opaque  : insuffisance dans la gestion des conflits d’intérêts, existence d’un lobbying interne, dépendance vis à vis des financements privés, pas de dialogue avec les parlementaires nationaux.

La dépendance vis à vis des financements privés :

80 % des financements de l’OMS sont des financements de fondations privées, en particulier américaines, au détriment des contributions des Etats. Cette évolution est favorisée par l’encouragement de l’OMS au développement des partenariats public-privé, malgré les risques qu’ils font peser sur des transferts de responsabilité des Etats vers le secteur privé.
L’OMS ne publie apparemment pas de données détaillées sur ses financements en provenance d’entreprises. Mais certains documents montrent que le groupe pharmaceutique américain Eli Lilly and company et la fondation Gates ont fait parti des contributeurs à un moment donné.
L’OMS reconnaît explicitement que les programmes de financement spécifiques conduisent à un intérêt plus marqué pour les crises sanitaires, comme la grippe pandémique.

De nombreux experts en situation de conflits d’intérêts :

  • de nombreux liens d’intérêt ne sont pas déclarés ; absence de publicité des déclarations d’intérêts
  • des conflits apparaissent ignorés

certains experts ayant préparé le premier plan mondial de l’OMS de préparation à une pandémie grippale, publié en 1999, travaillaient alors pour des entreprises pharmaceutiques ; plusieurs auteurs des recommandations de l’OMS en 2004 sur l’utilisation des vaccins et des antiviraux en cas de grippe pandémique avaient également des contrats professionnels avec des laboratoires pharmaceutiques

  • certains experts à l’OMS peuvent aussi conseiller les agences nationales et l’Agence européenne du médicament. Deux des experts de l’Agence européenne des médicaments ayant participé au processus d’autorisation du Tamiflu auraient été en situation de conflits d’intérêts avec le laboratoire producteur de cet antiviral

Incapacité, ou un manque de volonté, à vouloir gérer les conflits d’intérêts.

Les auteurs de l’enquête de BMJ ont interrogé l’OMS sur la publicité des déclarations d’intérêts. Il leur a été répondu que celles-ci n’étaient jamais rendues publiques, sauf après consultation du bureau du directeur général. En l’espèce, la demande des deux journalistes avait été transmise mais n’avait pas reçu de réponse favorable.
Anonymat, et donc manque de transparence, des membres du comité d’urgence de l’OMS renforçent les critiques portant sur l’influence des laboratoires. Ce comité est chargé de savoir, si un événement constitue une urgence de santé publique de portée internationale, si une urgence de santé publique de portée internationale a pris fin, avec la possiblité d’émettre, de modifier, de proroger ou d’annuler des recommandations temporaires.
Ses membres ont été consultés sur le passage en phase 6 de la pandémie. Ils ne sont toujours pas connus, à l’exception de son président. Les enquêteurs du BMJ ont toutefois pu identifier trois autres membres du comité d’urgence, dont l’un avait reçu des honoraires comme orateur pour un laboratoire producteur de vaccins.
Le secret entretenu à l’OMS sur le nom des 200 experts est inacceptable.

Rôle de lobbying en faveur de la vaccination : pas de séparation claire entre les experts, l’OMS et les laboratoires.

Un exemple : la réunion du 2 au 4 octobre 2002 organisée par l’OMS réunissant représentants des agences sanitaires, spécialistes de la grippe (dont certains étaient membre de l’ESWI), Roche et Aventis Pasteur. Ont été recommandé de constituer des stocks d’antiviraux, malgré les incertitudes scientifiques sur leur efficacité dans la lutte contre la grippe.

Autre exemple :  la réunion organisée sous l’égide de l’OMS à Genève les 11 et 12 novembre 2004, très favorables aux laboratoires :
Pour lutter contre une pandémie grippale, […] les solutions préconisées par les participants sont : assouplir les règles relatives aux droits de licence, financer les essais cliniques (comme cela a été le cas aux Etats-Unis avec les laboratoires Aventis Pasteur et Chiron) et offrir des incitations fiscales. Il était également proposé de transférer aux Etats la responsabilité des effets indésirables ou de l’inefficacité des vaccins, ce transfert étant justifié par la nécessité de produire des vaccins dans l’urgence et à grande échelle.
L’OMS devrait améliorer la conscience globale d’un danger de grippe pandémique et de ses conséquences, comme une stratégie pour encourager davantage de gouvernements à s’engager dans des activités préparatoires, y compris le développement de vaccins.

L’ESWI, « un groupe multidisciplinaire de leaders d’opinion clés sur la grippe », groupe indépendant mais financé par l’industrie (dotation annuelle de 9 industries pharmaceutiques). Elle milite pour la nécessité de la vaccination contre la grippe, le recours aux antiviraux et la constitution de stocks. Son influence s’exerce sur l’opinion publique, les professionnels, les décideurs publics et les hommes politiques. Elle s’exprime au travers des agences de communication, dont un certains nombre de « leader d’opinion » ont fait carrière dans les comités chargés de la grippe à l’OMS.
Le lien entre la peur de la population et la vaccination a été souligné : A la question « Quel serait l’intérêt d’un tel vaccin prépandémique ? », un des participants, M. Jonathan Van Tam, professeur en protection de la santé à l’Université de Nottingham, répond ainsi : « Cela dépend de quand vous le donnerez et combien la population aura peur au moment où vous l’administrerez ». Cette observation a été formulée quelques mois avant le déclenchement de la pandémie grippale.

Le lobbying ne concerne pas que la grippe. En décembre 2009, la Fédération internationale des fabricants de médicaments avait eu accès, avant sa publication, à un rapport de l’OMS sur le financement des maladies rares dans les pays pauvres ; lors de la présentation du rapport devant le comité exécutif de l’OMS en janvier 2010, les propositions remettant en cause le système de brevets sur les médicaments, garantissant un monopole de vingt ans aux fabricants, ne figuraient plus. Par ailleurs, dans une étude publiée dans The Lancet en 2007, MM. Andrew Oxman et Atle Fretheim, membres du Centre norvégien de la connaissance des services de santé, et M. John Lavis, de l’Université McMaster au Canada, avaient notamment rappelé les critiques des recommandations de l’OMS sur le traitement de l’hypertension artérielle : des médicaments avaient été préconisés, malgré le manque de preuves de leur supériorité thérapeutique par rapport aux médicaments existants et moins chers. L’OMS avait finalement publié des lignes directrices pour l’élaboration de ses recommandations, tout en revoyant celles sur l’hypertension.

Conflits d’intérêts dans l’élaboration des recommandations formulées par l’OMS :

Exemple : la modification des critères de la définition d’une pandémie (disparition du critère de gravité : voir annexe) un mois avant le passage en phase 6 (11 juin 2009).
Pour M. Wolfgang Wodarg le rôle des experts, dont les noms sont gardés secrets, ont joué un rôle dans la déclaration (et la panique) de la pandémie. Le rôle de l’industrie pharmaceutique est soupconné. « le soin de définir une pandémie alarmante ne doit pas être soumis à l’influence des marchands de médicaments ».
Wolfgang Wodarg est médecin épidémiologiste et ancien président de la sous-commission de la santé de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.

Ulrich Keil insistant quant à lui sur le fait que le niveau maximal de l’alerte pandémique n’aurait jamais été déclenché concernant la grippe A (H1N1) si l’on avait maintenu la précédente définition de la pandémie et que cette dernière n’avait toujours pas été levée au moment où il s’exprimait devant notre commission d’enquête le 17 mai – c’est toujours le cas aujourd’hui – a considéré qu’« au regard des faits, la grippe A apparaît comme une énorme bulle de marketing.
Ulrich Keil, au cours de son audition, a souligné le rôle déterminant joué par le conseiller du gouvernement britannique Roy Anderson dans le changement de définition de la pandémie opérée par l’OMS. C’est sans attendre la décision de l’OMS concernant le niveau d’alerte que Monsieur Anderson a en effet qualifié dès le 1er mai 2009 – c’est à dire à peine quelques jours après la découverte du premier cas au Mexique – la grippe porcine de pandémique.

La bulle expertise

Les instances où s’exprime les experts sont complexes, souffrant d’une certaine lourdeur et d’un manque de moyens.
Il ya une tendance à la pensée unique (ou pensée de groupe), génératrice de biais.

M. Bruno LinaSur l’aspect pensée unique et tester nos hypothèses – est-on sûr d’avoir une réponse à la mesure de l’événement ? -on a probablement eu le défaut d’avoir « le nez dans le guidon », de ne pas avoir eu la possibilité de prendre du recul et de se dire : « Faisons une pause ; analysons et suggérons des mesures correctives. »
Les expertises ne s’ouvrent pas sur les hommes de terrain, sur d’autres spécialités. Il ya un manque de crédibilité du fait des conflits d’intérêts.

Très forte surestimation de la gravité de la pandémie par les experts. Celle-ci repose sur des a priori dont les membres des agences n’ont pas su se défaire, sans doute handicapés en cela par le mode de fonctionnement même des agences ; elle contraste avec la perception plus juste des « non-spécialistes »

Les travaux de M. Michel Setbon, sociologue et directeur de recherches au CNRS, sur les intentions de vaccination au sein de la population, pourtant financés par le Service d’information du Gouvernement à partir de mai 2009 et disponibles en juillet, n’ont pas été pris en compte par les instances d’expertise et les pouvoirs publics, alors même qu’ils mettaient en évidence de fortes réticences à la vaccination, et permettaient d’établir que le taux de vaccination effectif ne dépasserait pas les 30 %.
Comme l’a expliqué la ministre lors de son audition, ils ont fait une moyenne entre le nombre de personnes souhaitant se faire vacciner contre la grippe saisonnière, et ceux souhaitant se faire vacciner lorsque des cas de méningite se déclarent dans leur entourage : ils en ont conclu que le taux de souhait de vaccination serait de 75 %, ce qui s’est révélé largement erroné.

Les acteurs de terrain, eux, ne se sont pas trompés, et ont mis en place spontanément une réponse plus adaptée à la réalité de la maladie. Les praticiens libéraux ont ainsi encouragé les personnes à risque à se faire vacciner, mais souligné l’inutilité d’une vaccination générale de l’ensemble de la population […] Les médecins généralistes ont donc particulièrement bien géré la réponse à apporter à la pandémie, et ils ont su rassurer leurs patients, évitant un engorgement du système de soins.

Votre commission d’enquête juge particulièrement regrettable la tendance de certains experts à refuser toute remise en cause de leurs analyses : le reproche de « déni de gravité » de la pandémie passée qu’ils adressent à leurs interlocuteurs n’est que le prolongement de l’affirmation de mai à décembre 2009 de la gravité, à venir, du virus

Quelques experts sous influence

Le conseiller du gouvernement britannique Roy Anderson et le changement de définition de la pandémie opérée par l’OMS. Il n’a pas manqué au passage d’insister sur la disponibilité de « deux antiviraux efficaces ». Ce qu’il a tu en revanche, c’est qu’il percevait l’équivalent de 136 000 euros par an pour ses activités de lobbyiste du laboratoire GlaxoSmithKline (GSK) qui commercialise précisément les antiviraux Relenza et le Pandemrix.

Le professeur Albert Osterhaus de l’université néerlandaise Erasmus, membre actif de l’ESWI. Il a été l’un des rédacteurs de la documentation utilisée par Roche pour ses opérations de promotion. En cohérence avec cette activité, il a publié en 1999 un article prônant le recours aux antiviraux durant les pandémies. Il a participé également en 2000 à une étude randomisée sur l’antiviral oseltamivir financée
par son fabricant, Roche […] Le professeur Osterhaus est expert au sein du groupe de travail « Influenza A H1N1 » au sein du SAGE (Strategic Advisory Group of Experts) de l’OMS : ce n’est qu’au début du mois de décembre 2009 que l’Organisation a fait connaître ses liens d’intérêts.

Parmi les experts ayant fait part à la presse de pronostics alarmistes, on compte le professeur Antoine Flahault. Celui-ci, dès le mois de mai 2009, affirmait dans la presse que près de 35 % de la population française pourrait être touchée par le virus H1N1, ce qui pourrait entraîner 30 000 morts lors d’un pic intervenant après l’été. Il a appartenu au conseil d’administration du syndicat des entreprises du médicament, le « LEEM recherche ». Son nom apparaît parmi les membres de cette structure au titre de ses fonctions de directeur de l’Ecole des hautes études en santé publique.

Le professeur Delfraissy qui est membre de la fondation du laboratoire pharmaceutique GSK.

Bruno Lina, directeur du Centre national de référence des virus de la grippe pour le Sud de la France, chef du laboratoire de virologie du CHU de Lyon a conseillé la ministre de la santé durant toute cette crise. Il a tenu lui aussi des propos très alarmistes devant les journalistes.
Il est président du conseil scientifique du GEIG (Groupe d’expertise et d’information sur la grippe). Le GEIG est une association loi 1901 ayant pour objet l’information du public en France sur la grippe et sa prévention. Le GEIG est financé par les 5 laboratoires qui distribuent des vaccins contre la grippe sur le territoire français (Sanofi Pasteur MSD, GSK, Pierre Fabre, ABBOTT PRODUCTS SAS et Novartis Vaccines).
Quand on est un paranoïaque du virus grippal comme moi, on connaît la capacité de ce virus à se transformer pour devenir dangereux …

Déclaration des liens d’intérêt

En France, bien que la déclaration des liens d’intérets des experts consultés par le gouvernement soit rendue obligatoire, la ministre de la santé n’a pas su si les experts consultés avaient ou non des conflits d’intérêts, étant donné que la liste n’a pas été vérifiée.

Des dispositions figurent depuis 1995 dans le code de déontologie médicale1, dont l’article 24 définit les avantages que les médecins ne peuvent accepter ; le premier texte législatif prévoyant des contrôles dans ce domaine est inclus dans la loi du 27 janvier 1993 portant diverses mesures d’ordre social2. Cette loi inclut une disposition interdisant les avantages en nature et en espèces pour les professionnels de santé, en dehors des activités de recherche et d’évaluation scientifique, pour lesquelles ils peuvent être rémunérés. Ces dispositions figurent désormais à l’article L. 4113-6 du code de la santé publique.

Elle est obligatoire dans le cadre de la participation à une instance d’expertise en application de la loi du 4 mars 2002 sur les droits des patients, codifiée à l’article L. 1421-3-1 du code de la santé publique ; la loi du 26 février 2007 a précisé que cette déclaration devait être annuelle. Par ailleurs, les dispositions légales prévoyant une déclaration de lien avant toute intervention publique, issues de la loi du 4 mars 2002 et codifiées à l’article L. 4113-13 du code de la santé publique, ne sont que rarement appliquées.

C’est le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) qui est chargé de veiller à l’application des dispositions concernant les « dossiers d’hospitalité » (les invitations à des congrès) et les projets de recherche, c’est-à-dire l’article L. 4113-6 du code de la santé publique. Mais ce sont les conseils départementaux qui sont compétents pour les activités d’expertise de médecinsauprès des entreprises privées, en application de l’article L. 4113-9.
Il n’existe donc pas de contrôle centralisé sur l’ensemble des questions.

La HAS apparaît comme la plus en pointe des organismes sur cette question. Installée en 2005, elle a en effet adopté en 2007 et actualisé en 2010 un Guide des déclarations d’intérêts et de prévention des conflits.

Le dédale des Autorités publiques Françaises :

Complexité de l’expertise sanitaire française :
InVS (institut de veille sanitaire) : détection des menaces et information des pouvoirs publics
AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire et des produits de santé) : autorisation de mise sur le marché et pharmacovigilance
HCSP (haut conseil de santé publique) fournit aux pouvoirs publics l’expertise à la gestion des crises sanitaires
CLCG (comité de lutte contre la grippe) mis en place suite aux recomandations de l’OMS pour adapter ses ,préconisations aux réalités nationales. « Dans le Comité français de lutte contre la grippe, il n’y a que deux experts indépendants sur les sept. Le groupe d’expertise et d’information sur la grippe est financé à 100 % par cinq laboratoires produisant le vaccin contre la grippe. »
La commande des vaccins s’est fondée sur un avis du Comité de Lutte contre la grippe : saisi le 8 mai 2009 par le directeur général de la santé, ce comité a rendu sa copie en 48 heures, se contentant d’effectuer un « copier-coller » d’un avis pris par le Haut conseil de la santé publique en décembre 2008 concernant la grippe H5N1
HAS (haute autorité de santé) s’est prononcé sur la possibilité pour les médecins libéraux de pratiquer la vaccination contre le H1N1v
CCNE (comité consultatif national d’éthique)
INSERM (insitut national de la santé et de la recherche médicale)
GROG (Groupe régional d’observation de la grippe) organisme de surveillance de l’évolution de la propagation de la grippe

Le réseau d’expertise n’a pas su garder la maitrise de la gestion de la crise. Les considérations commerciales sont passées avant les considérations de santé publique.

« Toutefois la pandémie de 2009 a finalement eu très peu de choses en commun avec la pandémie prévue. Assez rapidement des éléments de nature rassurante ont été disponibles, mais ont été, dans l’ensemble, peu repris dans les communications des autorités publiques »

Les contrats de l’industrie pharmaceutique

L’APCE (Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe) dénonce les pressions exercées sur les Etats pour la conclusion d’accords dans des délais très brefs.
Une forte pression s’exerçait par ailleurs de la part des fournisseurs avec lesquels la France n’avait pas de réservation : la société GSK, à qui la France souhaitait acheter 50 millions de doses, a ainsi exigé, comme l’a précisé à la commission d’enquête M. Didier Houssin, directeur général de la santé, que la France « confirme son intérêt pour leur produit » avant le 12 mai à minuit.

Des contrats déséquilibrés et rigides :
– pas de clauses de révisions (qui avaient été prévues dans les marchés de 2005), notamment du fait de l’exigence des deux doses. Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé et des sports, a souligné que les industriels avaient besoin de visibilité pour leur production, et M. Didier Houssin, directeur général de la santé, que la question s’était posée en termes de capacité de production.
Les producteurs, dans quelque secteur que ce soit, sont rarement assurés par avance du volume de leurs ventes.
– le transfert à l’Etat de la responsabilité des laboratoires du fait des produits défectueux, ou des effets secondaires indésirables, ou de l’inefficacité des vaccins
– la confidentialité des contrats de fournitures de vaccins
– l’absence de garanties données à l’acquéreur sur les calendriers de livraison : la révision du calendrier des fournisseurs était possible, même en possession des éléments permettant une projection des conditions de fabrication. Il n’était pas prévu de pénalités de retards ou défauts de livraison du producteur.
– non-remboursement des sommes versées en cas de non-obtention d’AMM
– absence de garanties sur l’efficacité ou la sécurité du vaccin
– les contrats de préréservations n’ont apporté aucune garantie aux acheteurs, ni en termes d’approvisionnement, ni en termes d’exécution du contrat.

Virulence du H1N1v

En juin 2009, les données scientifiques permettaient de savoir que la grippe H1N1v n’était pas aussi meurtrière qu’il avait été estimé. Sa particularité concernait le nombre de cas de formes sévères dans la population jeune et sans facteurs de risques.
Les modalités de calculs concernant le nombre de décès ne sont que des estimations. Ils sont calculés par rapport à la moyenne des décès survenant hors période d’épidémie. Ils ne sont pas comparables entre eux, puisque pendant la grippe saisonnière, les décès concernaient surtout les personnes agés. Alors que pendant la grippe H1N1v la population atteinte n’était pas la même.

Pourtant, des informations rassurantes étaient déjà disponibles dès le tout début du mois de mai. L’analyse du virus avait permis de déterminer que le virus A (H1N1)v ne comportait pas les principaux marqueurs de virulence du virus qui avait été à l’origine de la grippe espagnole ni du virus aviaire H5N1. La « nouveauté » assez relative du H1N1 pandémique laissait aussi envisager que certains individus pourraient bénéficier d’immunités croisées susceptibles de les protéger

Dès le 22 mai 2009, le Center for Disease Control (CDC) estimait « encourageant de constater que [le] virus n'[avait] pas l’air jusqu’à présent plus sévère qu’une souche de grippe saisonnière », par ailleurs il indiquait que les souches du virus issues de prélèvements effectués aux Etats-Unis et au Mexique étaient très homogènes sur le plan antigénique, ce qui constituait un gage de stabilité dans le temps et de la bonne réactivité du vaccin.

l’InVS, dès le mois de juin, indiquait « qu’il se confirme que la majorité des cas sont bénins et la létalité du même ordre de grandeur que celle de la grippe saisonnière. La pandémie est qualifiée de « modérément grave » sur l’échelle de l’OMS (sic). Les hypothèses les plus pessimistes sont abandonnées ».

Une étude complète de la situation dans les pays ayant fait l’expérience de la première vague pandémique a été rendue publique par le Département de la Santé des Etats-Unis le 26 août 20091. Elle établissait clairement la faible virulence du virus ainsi que sa stabilité entre l’hémisphère Sud et l’hémisphère Nord.
L’OMS elle-même, dans son rapport du 9 mai 2009, notait que la plupart des cas de grippe A (H1N1)v étaient peu sévères (mild), même si elle préconisait le suivi attentif de la pandémie dans l’idée que des cas plus graves pourraient apparaître ultérieurement2.
L’analyse des caractéristiques génétiques du virus publiée en août 2009 dans la revue espagnole Actualidad Medica3 établissait pour sa part que le virus A (H1N1)v ne présentait pas de pathogénicité particulière.

INSERM sept 09 : la létalité de la grippe H1N1v est faible, proche de celle de la grippe saisonnière

en septembre 2009, le réseau des groupes régionaux d’observation de la grippe (GROG), composé de médecins et de pharmaciens, avait noté que les pathologies respiratoires observées dans la population tenaient, non au virus A (H1N1)v, mais à un rhinovirus, le virus grippal ne s’étant répandu qu’à partir de la fin octobre 2009

d’après le travail d’historiens mené par J.M. Barry, C. Viboud et L. Simonsen2, il apparaît qu’en cas d’épidémie modérée, le mieux est probablement de ne rien faire, de telle sorte que le premier contact avec le virus permette à la population de bénéficier ultérieurement d’une protection naturelle efficace.

Efficacité des vaccins / oseltamivir

La commission d’enquête a été particulièrement sensible au manque de connaissances fondées sur un niveau de preuve scientifique élevé concernant la grippe tant pandémique que saisonnière.[…] La commission d’enquête souhaite également que soient engagées des recherches sur l’utilité de la vaccination saisonnière. !!!

L’efficacité clinique des vaccins antigrippaux est, au mieux, considérée comme incertaine. Il conviendrait donc de lancer des recherches sur l’efficacité des vaccins antigrippaux, notamment en suivant des cohortes de personnes vaccinées. Il semble en effet inutile de lancer des campagnes de vaccination qui n’apporteraient pas de protection réelle contre la maladie, et pourraient de surcroît inciter à négliger les mesures d’hygiène qui demeurent nécessaires.

Quand on sait par ailleurs que son efficacité est très mal documentée chez les sujets de plus de 65 ans, qui en sont les principaux destinataires, on peut se demander s’il ne faudrait pas revisiter cette idée reçue selon laquelle la vaccination est le moyen le plus efficace et le moins coûteux de prévention contre la grippe. Il est évident qu’une telle étude ne pourrait être confiée qu’à des experts insoupçonnables et impartiaux. On sait qu’ils ne sont pas légion, c’est pourquoi une telle étude a de grandes chances de tarder à venir.

Depuis sa mise sur le marché (1999-2000 aux Etats-Unis et au Canada, 2002-2003 en Europe), l’opportunité de prescrire le Tamiflu pour lutter contre la grippe a été doublement contestée : d’une part, il n’a pas paru lutter efficacement contre l’infection, d’autre part, il a été associé à des effets secondaires graves.
Le groupe Cochrane, qui mène des recherches indépendantes et spécialement des méta-analyses regroupant les données issues de plusieurs études cliniques, a pour sa part contesté l’efficacité du Tamiflu contre la grippe saisonnière alors que c’est l’indication principale de ce médicament.

L’efficacité des masques face au risque pandémique n’est pas évidente. Certains pays n’en ont pas acquis. Les stocks français estimés avant la pandémie s’élevait à 1,7 milliard d’euros

De la sécurité des vaccins

Parmi ces projets, particulièrement important pour prendre la pleine mesure des effets de la pandémie et de la campagne de vaccination a été la constitution de cohortes regroupant au total 11 000 personnes. Deux cohortes sont spécialement consacrées au suivi des femmes enceintes, ce qui permettra tant de mieux comprendre les mécanismes de l’infection grippale au sein de cette population que de mesurer d’éventuelles conséquences de la vaccination. Des essais vaccinaux destinés à déterminer l’intérêt comparatif des vaccins adjuvés et non adjuvés ont également été mis en place, de même que des essais de vaccination pour les populations à risque. !!! (ndlr : dit autrement, la population a servi de cobaye lors de la diffusion du vaccin).

Annexes

1- Evolution de la définition d’une pandémie grippale par l’OMS

  • En 1999

Dans le plan mondial de l’OMS de 1999 de préparation à une pandémie de grippe, une pandémie apparaît lorsque sont réunis des critères géographiques et de gravité :
« La pandémie sera déclarée quand il aura été montré qu’un nouveau sous-type de virus a causé des flambées sérieuses dans au moins un pays et s’est étendu à d’autres pays, avec des types de maladies indiquant qu’une grave morbidité et mortalité sont probables dans au moins un segment de la population »

  • En 2005

Dans le plan mondial de l’OMS de 2005 de préparation à une pandémie de grippe , la pandémie correspond à une « transmission accrue et durable dans la population générale ». Si la « gravité de la maladie » figure explicitement parmi les critères permettant de distinguer les phases 3, 4 et 5, les exemples donnés en phase 5 prévoient, en revanche, la possibilité de cas isolés et en nombre limité, avant le déclenchement de la phase 6. Mais dans la « Liste de contrôle OMS pour la planification préalable à une pandémie de grippe » diffusée par l’OMS en avril 2005, la pandémie est définie explicitement par un grand nombre de cas et de décès :
« Une pandémie de grippe survient lorsqu’apparaît un virus nouveau contre lequel le système immunitaire humain est sans défense,  donnant lieu à une épidémie mondiale provoquant un nombre considérable de cas et de décès. Le nouveau virus grippal est d’autant plus susceptible de se propager rapidement dans le monde que les transports internationaux ainsi que l’urbanisation et les conditions de surpeuplement s’intensifient. »

  • En 2009

Le plan mondial 2009 de l’OMS de préparation à une pandémie de grippe définit clairement la pandémie du seul point de vue de sa diffusion géographique :
– en phase 5 : des « flambées soutenues à l’échelon communautaire dans au moins deux pays d’une même région OMS » ;
– en phase 6, le virus provoque « des flambées soutenues à l’échelon communautaire dans au moins un pays d’une autre région de l’OMS »

2- Propositions de commission d’enquête :

Au total, 38 propositions pour améliorer la préparation des plans contre les menaces sanitaires, l’OMS, le renforcement de la qualité de l’expertise sanitaire française, la gestion des conflits d’intérêts, la valorisation de l’expertise, la réponse aux critères pandémiques, la recherche et les investissements.

Extrait

M. François Autain, président – Vous faites allusion aux manipulations de M. Albert Osterhaus qui a croisé un H5N1 avec un H1N1. Vous avez entendu parler de cela. Je suis un peu effrayé.
M. Bruno Lina – Vous ne devriez pas.
M. François Autain, président – Si jamais il s’échappe du laboratoire, vous vous rendez compte !
M. Bruno Lina – Il faut le faire dans de bonnes conditions. Les virologues, comme la plupart des scientifiques, ne sont pas des apprentis sorciers. Ce sont des gens raisonnables qui définissent les conditions dans lesquelles peuvent se faire telle ou telle manipulation. On essaie d’être raisonnable.
M. François Autain, président – Quand j’ai vu ce documentaire à la télévision l’autre soir, j’ai été effrayé. Ce M. Albert Osterhaus m’a profondément inquiété. C’est pourtant un très grand virologue.
M. Bruno Lina – C’est un ami. Je vous garantis que c’est quelqu’un de raisonnable …

Commentaires

1- Le scénario catastrophe élaboré par nos experts sur la mortalité du au virus grippal devrait nous faire rappeler que la vitesse de propagation de rumeurs erronnées est plus rapide que celle des virus. Parfois elle est plus lente que les radiations (exemple de la catastrophe de Tchernobyl).

2- la bureaucratie a atteint un telle niveau de complexité qu’une chatte n’y retrouverait pas ses petits. Même si l’argument consistant à dire qu’il s’agissait de la première gestion de crise sanitaire du pays, et donc qu’elle est perfectible, n’en reste pas moins vrai qu’elle ne pouvait pas être pire que celle-çi. N’en déplaise à Mme Bachelot, lorsqu’elle se fait moqueuse contre la Pologne – qui ne possède pas de veille sanitaire, qui ne possède pas les finances nécessaires pour vacciner la population, et qui fait le choix de ne pas acheter les vaccins – le système Français de veille sanitaire, un des plus réputé dans le monde, n’en a pas moins abouti dans les faits à un total fiasco. Mais que tout le monde se rassure, il nous est assuré que les leçons des erreurs seront tirées, afin qu’à la prochaine alerte, les choses se passent beaucoup mieux !

3- Parmi les propositions de la commission d’enquête, il y a celle-çi : Proposition n° 11 : Intégrer le plus possible les professionnels de santé de proximité à la mise en œuvre de la lutte contre la pandémie. Quelle drôle d’idée. J’aurais pourtant juré que certains politiciens caressaient l’espoir d’une médecine sans professionnels de santé, ne disposant que d’experts, de militaires  et de bénévoles.

4- Parmi les personnes qui argumentaient contre la vaccination en raison de la fabrication trop rapide des vaccins, il a été répondu, par les organisateurs de la campagne, que cette justification ne tenait pas. Aujourd’hui, on sait que la population a servi de cobaye, notamment concernant l’intérêt comparatif des vaccins adjuvés et non adjuvés. Entre autres, des cas de narcolepsie chez les enfants commencent a être signalés un peu partout en Europe.

5- L’expertise, unilatérale, et nous l’avons vu, n’est pas la meilleure garantie pour le choix d’une stratégie. Le 1er argument est celui des conflits d’intérêts. Le 2ème argument est que les conclusions des conférences de consensus, qui s’appuient essentiellement sur l’avis d’experts, ne font pas forcement consensus au sein de jurys non spécialisés. Elles mènent parfois aussi à des désastres sanitaires  : exemple de la médicalisation de la ménopause et de la question de la prévention du risque tardif de fractures ostéoporotiques par un traitement hormonal précoce.

6- Rappellons au passage que l’expression « conflits d’intérêts » est un euphémisme pour désigner la corruption. Corruption, en 1373 : « action de détourner quelqu’un de son devoir par de l’argent, des dons; fait de se laisser ainsi corrompre ». D’ailleurs Transparency  International consacre un article sur les conflits d’intérêt et souligne ses rapports avec la corruption.

7- Passons les 12 années de services de Roselyne Bachelot dans l’industrie pharmaceutique. La leçon a-t-elle était tirée ? Réponse : au mois de janvier 2011 le président Nicolas Sarkozy a nommé Jean-Luc Harousseau à la présidence de l’HAS. Le Pr Jean-Luc Harousseau, hématologue et ancien président UMP du conseil régional des Pays de la Loire , a fait une déclaration des liens d’intérêts qu’il entretenait depuis 2008 avec les firmes pharmaceutiques. Au total : 205 482 euros rien qu’en honoraires personnels ! (source pharmacritique & là aussi). Une personne  en plein conflit d’intérêt assurant la présidence d’une institution qui accentue sa politique de prévention des conflits d’intérêts. Hé hé c’est pas beau ça ?

Voir aussi :

Publicités

16 mars 2011 - Posted by | lecture | , , , , , ,

Un commentaire »

  1. […] Article publié également sur Agoravox. Il existe une version longue de cet article ici. […]

    Ping par Retour sur la pandémie grippale H1N1v de 2009 « Occidere's Blog | 16 mars 2011 | Réponse


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :