Occidere's Blog

Du culte du Phallus – Ch. 9

Chapitre 9 du livre de Jacques-Antoine Dulaure, «Des Divinités génératrices ou du culte du Phallus Chez les Anciens et les Modernes», 1885, réimprimé, revue et augmentée par l’auteur, sur l’édition de 1825.

Je propose aussi une version PDF à télécharger (consulter la table des matières).

 

Chapitre 9 : Du culte du Phallus chez les Romains

Ce peuple, dont l’ambition sans bornes fut le fléau du monde ; qui acquit sa gloire aux dépens du bonheur de tant de nations ; qui, toujours vainqueur par ses armes, fut à la fin vaincu par ses vices ; qui, s’élevant au plus haut degré de puissance, ne tomba qu’avec plus d’éclat ; et qui, après avoir fatigué l’espèce humaine du poids de sa grandeur, devint l’objet de son mépris ; ces Romains, si fiers, si turbulents, si dominateurs, surent-ils, dans les temps même où ils remplissaient la terre subjuguée du bruit de leurs exploits, résister aux atteintes des préjugés honteux ? Surent-ils se défendre contre des superstitions ridicules, enfants de l’ignorance, qui insultent à la raison, dégradent l’homme et le ramènent vers la barbarie ? Non : leur faiblesse, leur aveugle crédulité, leur soumission absolue à leurs prêtres, forment, avec leur courage et leur caractère indépendant et impérieux, un contraste frappant. Quelques légères formalités oubliées pendant la cérémonie des sacrifices, quelques nuances dans la couleur des entrailles des victimes, quelque rencontre imprévue, le vol d’un oiseau dirigé d’un certain côté, des poulets qui ne mangeaient peu ou qui ne mangeaient pas, et mille autres puérilités, suffisaient pour jeter l’effroi dans l’âme de ces grands hommes, pour arrêter une armée prête à livrer bataille, changer de grandes résolutions, suspendre des entreprises importantes, et régler les destinées de l’empire. Ces fiers conquérants du monde tremblaient devant un misérable devin.

Avec cette pusillanimité de raison, on sent que les Romains durent être assujettis à tout ce que les cultes avaient de plus absurde. Ils enrichirent même leur religion de toutes les superstitions des peuples qu’ils avaient vaincus. Les Étrusques, les Égyptiens, les Grecs, les Perses, les Thraces, les Phrygiens, les Phéniciens, les Gaulois même, fournirent leur contingent. Une infinité d’objets étaient des dieux pour les Romains ; aussi l’histoire n’offre-t-elle point de peuple qui se soit asservi à un aussi grand nombre de superstitions, ni qui ait rendu honneur à un plus grand nombre de divinités. La cité seule de Rome contenait plus de dieux que d’habitants, quoique le nombre de ces derniers se montât, dit-on, à plusieurs millions1.

Ainsi, le culte du Phallus et de Priape ne devait pas y être oublié. Cette divinité y fut longtemps en grande vénération.

Clément d’Alexandrie va nous apprendre comment et par qui ce culte fut introduit chez les Romains.

« Ce sont des Corybantes qui, comme le dit Héraclite, apportèrent le culte de Phallus et de Bacchus en Italie. Ces Corybantes2, aussi nommés Cabires, qui annonçaient au peuple la mort des dieux Cabires, s’étant, dans leur pays, rendus coupables de deux fratricides, enlevèrent le ciste (ou corbeille sacrée) dans lequel était placé le Phallus de Bacchus ; et, après avoir commis ce crime, ils transportèrent le ciste en Étrurie, où ils firent valoir cette marchandise. Comme ils étaient chassés de leur pays, ils fixèrent leur demeure chez les Étrusques, prêchèrent leur vénérable doctrine, et recommandèrent à ces peuples d’adorer le Phallus et la corbeille sacrée3. »

Les Étrusques, voisins des Romains, leur communiquèrent bientôt cette nouvelle institution, ainsi que les cérémonies et pratiques religieuses qui en dépendaient.

L’époque de l’introduction de ce culte en Italie ne paraît pas remonter très haut. Les Romains ne connaissaient point, du temps de leurs rois, le culte de Vénus ; celui de Bacchus et de Priape devait y être également ignoré. Toutes les divinités grecques et orientales n’existaient point du temps de Numa.

Les Romains désignaient assez généralement Bacchus sous le nom de Liber ou de Pater liber, de même qu’ils donnaient souvent à Vénus le nom de Libera : on croit que cette dénomination lui venait de la liberté qui régnait dans ses fêtes. On dit que le soleil portait un nom équivalent chez les indiens.

« La partie sexuelle de l’homme, dit saint Augustin, est consacrée dans le temple de Liber ; celle de la femme dans les sanctuaires de Libera, même déesse que Vénus ; et ces deux divinités sont nommées le père et la mère, parce qu’elles président à l’acte de la génération4

Les fêtes de ce dieu-soleil avaient, chez les Romains, deux noms qui répondaient à ceux de Bacchus et de Liber : les Bacchanales et les Libérales. La fête des Libérales avait lieu le 17 mars, six jours après l’époque où les Grecs célébraient, en l’honneur du même dieu, leurs Dionysiaques, et trois jours avant celle où les Égyptiens fêtaient Osiris et son Phallus, dans la solennité des Pamylies.

Le Phallus figurait avec distinction dans la fête des Libérales. Les Romains nommèrent ce simulacre de la virilité Mutinus. C’est de ce symbole que parle souvent saint Augustin, afin d’en faire sentir l’indécence. Il dit, d’après Varron, que, dans certains lieux de l’Italie, les cérémonies sacrées dieu Liber étaient célébrées avec tant de licences qu’on y avait pas honte d’y adorer ce qui, dans l’homme, caractérise le plus la virilité ; qu’on ne respectait pas assez la pudeur pour pratiquer ce culte en secret ; mais qu’il était entièrement public, comme si l’on eût voulu honorer le libertinage ; car ce simulacre honteux, placé sur un petit char, était avec un grand honneur, pendant les jours consacrés à la fête du dieu Liber, promené d’abord dans les champs, dans les carrefours, et enfin dans la ville. Il ajoute, toujours d’après Varron, qu’à Lavinium la fête du dieu Liber durait un mois, pendant lequel on se livrait à la joie, à la licence, à la débauche. Les chansons lascives, les discours les plus libres, répondaient aux actions. Un char magnifique portait un énorme Phallus, et s’avançait lentement jusqu’au milieu de la place publique. Là se faisait une station ; et l’on voyait alors la mère de famille la plus respectable de la ville, venir placer une couronne de fleurs sur cette figure obscène5.

Dans l’indignation que lui inspire cette cérémonie indécente, saint Augustin, en nous instruisant de ses motifs, s’écrie : « Ainsi, pour apaiser le dieu Liber, pour obtenir une récolte abondante, pour éloigner des champs les maléfices, une femme vénérable est obligée de faire en face de la multitude ce qu’elle ne devrait pas permettre sur le théâtre à une prostituée ! De quelle honte, de quelle confusion ne devrait pas être saisi le mari de cette femme, si par hasard il était présent à ce couronnement !6 »

Quelques jours après, vers le dernier de mars et le 1er avril, on célébrait la fête de Vénus ; et cette divinité était à Rome, comme en Grèce, en Syrie, en Égypte, associée au simulacre de la virilité.

Les dames romaines, pendant cette fête, montaient en cérémonie au mont Quirinal, où était la chapelle du Phallus ; s’emparaient de cet objet sacré et le portaient en procession jusqu’au temple de Vénus Erycine, situé hors de la porte Colline. Arrivées dans le temple de la mère des amours, ces dames plaçaient elles-mêmes le Phallus dans le sein de Vénus7.

Une pierre antique vient à notre secours, et nous donne l’explication de cette cérémonie. C’est une cornaline gravée, qui représente la pompe phallique. Un char triomphal porte une espèce d’autel, sur lequel repose le Phallus, d’une grandeur colossale. Un génie s’élève au-dessus du simulacre, et tient sur lui une couronne suspendue. Le char ainsi que la figure du génie sont entièrement abrités par un dais ou vaste draperie carrée, soutenu aux quatre coins par des piques, dont chacune est portée par une femme à demi nue. Ce char est traîné par des boucs et des taureaux, sur lesquels sont montés des enfants ailés. Il est précédé par un groupe de femmes sonnant de la trompette. Plus avant, et en face du char, est une forme caractéristique du sexe féminin, représentant le Sinus veneris. Cette forme, proportionnée au Phallus élevé sur le char, est maintenue par deux génies qui semblent indiquer au Phallus la place qu’il doit occuper8.

Cette cérémonie terminée, les dames romaines reconduisaient dévotement le Phallus dans sa chapelle, qui devint célèbre, dans la suite, par l’édifice que fit élever dans le voisinage l’empereur Héliogabale, où il établit un sénat de femmes, chargées de décider sur des questions de galanteries et de débauches. Ces assemblées se tenaient à l’occasion de la fête du Phallus9.

Les fêtes d’automne, consacrées à Bacchus, étaient appelées Bacchanales : elles duraient depuis le 23 jusqu’au 29 octobre. On y voyait à peu près toutes les cérémonies pratiquées par les Grecs dans leurs Dionysiaques10.

Lors des premiers temps de cette institution à Rome, les femmes seules présidaient à cette solennité ; les hommes y furent admis ensuite, et les mystères nocturnes de Bacchus dégénérèrent en débauches affreuses. Outre tous les excès du libertinage, on y commettait même des assassinats, des empoisonnements. Les initiés formaient une grande portion de la population de Rome ; l’ordre public était menacé, et le sénat, l’an 564 de la fondation de cette ville, abolit les Bacchanales. Mais dans la suite, du temps des empereurs, elles reparurent avec une licence égale à celle des Dionysiaques de la Grèce.

Les Romains nommaient Mutinus ou Tutinus11 le Phallus isolé, et Priape le Phallus adhérant à un Hermès ou Thermes. Lorsqu’il était adhérent aux Hermès ou Termes, on le nommait Priape. Lorsqu’il était sous l’une et l’autre formes, cet objet sacré, ou cette divinité, était considérée comme présidant à la fécondité des femmes, à la vigueur des époux, et comme capable de détourner les charmes nuisibles à l’acte du mariage, à la grossesse des épouses12.

En conséquence de ces vertus supposées, les jeunes épousées, avant d’être livrées aux embrassements de leurs maris, étaient religieusement conduites par leurs parents vers l’idole de Priape ; et, la tête couverte d’un voile, elles s’asseyaient sur la forme très saillante que présentait cette figure. Un certain contact suffisait sans doute pour rendre la cérémonie complète, assurer la fécondité et neutraliser les enchantements.

« C’est une coutume considérée comme très honnête et très religieuse parmi les dames romaines, dit saint Augustin, d’obliger les jeunes mariées de venir s’asseoir sur la masculinité monstrueuse et surabondante de Priape13. »

« Parlerai-je de ce Mutinus, dit Lactance, sur l’extrémité duquel les nouvelles mariées viennent s’asseoir, afin que le dieu paraisse avoir, le premier, reçu le sacrifice de leur pudeur14 ? »

Lactance, par ces derniers mots, semble rappeler ce que pratiquent les jeunes épousées dans quelques contrées de l’Inde, où le dieu de bois ou de fer, opère entièrement le sacrifice. On croirait que la formalité remplie par les jeunes femmes romaines auprès de cet objet sacré n’était qu’une modification, un diminutif de l’usage indien, et que la jalousie des maris romains avait mis des bornes à la dévotion de leurs femmes.

Les femmes mariées se soumettaient aussi à cette pratique, sans doute afin de détruire le charme qui les maintenait dans un état de stérilité ; mais, plus aguerries que le jeunes épousées, leur dévotion s’étendait plus loin.

« Ne conduisez-vous pas, même avec empressement, dit Arnobe aux maris, vos femmes auprès de Tutunus ; et, pour détruire de prétendus ensorcellements, ne les faites-vous pas enjamber l’horrible et immense Phallus de cette idole15 ? »

Il faut avouer qu’il n’y a pas loin de cette dernière pratique à celle qu’observent certaines filles ou femmes de l’Inde, dont j’ai parlé.

Une figure du dieu Tutunus ou Mutinus fut découverte à Rome, sur le mont Viminal, dans les décombres d’un ancien temple. On la voit encore aujourd’hui dans cette ville : elle est de marbre blanc, et haute d’environ trois palmes16.

Mais un groupe antique, dont Meursius a donné la gravure, nous présente l’image fidèle de cette cérémonie superstitieuse. Ce groupe, qui se trouve dans la galerie de Florence, offre une femme debout, dont la tête, entièrement couverte par une espèce de bonnet, présente une forme peu naturelle. Ses mains, qui descendent plus bas que les hanches, semblent soutenir ses vêtements relevés et laisser à découvert une partie de son corps. Un énorme Phallus s’élève de terre jusqu’à la partie sexuelle de cette figure, qui, grandement proportionnée, paraît être en contact avec l’extrémité supérieure du Phallus17.

Le Phallus, appelé par les Romains Mutinus ou Tutunus, recevait encore d’autres hommages. On se prosternait dévotement devant lui ; on lui adressait des prières. « Parce que nous n’adressons point nos prières à Mutunus et à Tutunus, dit Arnobe, et que nous ne nous prosternons pas jusqu’à terre devant leurs idoles, ne semble-t-il pas, à vous entendre, que de grandes calamités vont fondre sur nous, et que l’ordre de la nature en sera subverti18 ? »

La chapelle de Mutinus et de Tutunus était située, suivant Festus, dans le quartier de Rome appelé Velie, et dans l’endroit où sont les thermes de Domitien. Cette chapelle ayant été détruite sous Auguste, fut rétablie à quelque distance de la ville. « On rendait, dit Festus, à ces idoles un culte religieux et saint, et les femmes romaines venaient, la tête voilée, leur offrir des sacrifices19.

Considéré comme une amulette, comme un fétiche portatif, le Phallus recevait le nom de Fascinum, et était d’un usage très fréquent chez les Romains qui ne connaissaient point de préservatif plus puissant contre les charmes, les malheurs et les regards funestes de l’envie. C’était ordinairement une petite figure du Phallus en ronde-bosse, de différente matière ; quelquefois, c’était une médaille qui portait l’image du Phallus. On les pendait au cou des enfants et même ailleurs20. On les plaçait sur la porte des maisons, des jardins21, des édifices publics. Les empereurs, au rapport de Pline, en mettaient au-devant de leurs chars de triomphe22. Les vestales, lorsqu’on célébrait des sacrifices à Rome, lui rendaient un culte.

On varia à l’infini les formes de ces amulettes ithyphalliques. Les uns présentaient le Phallus combiné avec le mullos ou la figure du sexe féminin : les cabinets d’antiquités et celui de la Bibliothèque royale en contiennent plusieurs de cette espèce. Les autres présentent un Phallus simple, mais muni de deux ailes et de deux pattes d’oiseaux, et quelquefois de sonnettes. Cette dernière particularité rappelle l’usage antique de représenter quelquefois la figure du dieu Priape, tenant une sonnette à la main, et l’usage moderne des moines indiens, qui parcourent tout nus les rues de l’Inde, et appellent, au bruit d’une sonnette, les dévots, qui viennent baiser l’original vivant du Phallus.

D’autres amulettes ithyphalliques ont la forme d’un chien couché, ou des cuisses et des jambes humaines ployées et sans corps. Les plus décents offrent la figure d’une main fermée, et dont le pouce est placé entre les deux doigts qui le suivent : c’est cette figure que les antiquaires nomment main ithyphallique23.

Ces espèces d’amulettes sont encore en usage dans le royaume de Naples, comme je le dirai dans la suite.

Il y eut des Fascinum doubles et triples, ou figurés par deux et trois branches partant du même centre. Les triples Phallus étaient fort en usage dans l’antiquité. On a vu au rapport de Plutarque que, dans la fête des Pamylies en Égypte, Osiris figurait avec un triple Phallus, pour signifier la multiplication de sa faculté productive24. On retrouve encore sur plusieurs monuments antiques des Phallus doubles ou triples, isolés ou adhérents à un corps humain. Il en existe, en France, au pont du Gard et à l’amphithéâtre de Nîmes, qui sont isolés : j’en parlerai bientôt. Une infinité d’autres monuments nous ont conservé l’image de ces Phallus à doubles ou triples branches ; mais ils sont plus rares lorsqu’ils adhèrent à une figure humaine. Dans le royaume de Naples et dans la province de Peucétie, on trouve cependant des pierres gravées qui représentent la figure de Priape, munie d’un double Phallus. Près de lui est un berger qui semble planter en terre un bâton ou le lituus. Peut-être ce lituus signifiait-il le bâton que portaient les phallophores dans les pompes religieuses.

Dans la ville de Trani, on a découvert un tableau votif en brique, qui représente Priape avec un triple Phallus25.

Voilà comment les anciens représentaient les Diaphallus ou Triphallus, et non pas par des doubles ou triples croix, comme l’ont pensé quelques savants dont j’ai parlé26.

Les vases, les ustensiles, les meubles en général, reçurent souvent l’empreinte du Fascinum ou du Phallus. Il y eut, et l’on en conserve encore, des anneaux, des sceaux, des médailles, des pierres gravées ithyphalliques27.

Les recueils de monuments antiques nous présentent des lampes ainsi formées. Les Romains, à l’exemple des Baptes d’Athènes ou initiés aux mystères de Cotytto, se servaient, pour boire, de vases en verre qui avaient la forme du Phallus28. Pline, en deux endroits de son Histoire naturelle, parle de vases sur lesquelles étaient gravées des scènes libidineuses qui n’étaient propres qu’à énivrer à la foisles buveurs et de vin et de désirs voluptueux29. Lampride fait aussi mention des vases à l’usage de l’empereur Héliogabale, lesquels étaient chargés de figures obscènes30 ; mais, dans l’inventaire des meubles de l’empereur Commode, que Pertinax fit vendre, il se trouva des vases semblables à ceux dont se servaient les Baptes : ils étaient de verre, et avaient la forme du Phallus. L’historien Capitolin les nomme phallovitroboli, nom qui indique à la fois leur destination, leur forme et leur matière31.

Le Phallus, adhérant à une pierre appelée Terme, à un tronc d’arbre façonné ou non en Hermès, recevait, avec le corps dont il faisait partie, chez les Romains, comme chez les Égyptiens et les Grecs, le nom de Priape. Cette idole était représentée avec la tête de Pan, ou des Faunes, c’est-à-dire avec les cornes et les oreilles du bouc. Quand on lui donnait des bras, car il n’en était pas toujours pourvu, Priape tenait d’une main une faux ; et quelquefois, de la main gauche, il empoignait, comme Osiris, le trait caractéristique de sa divinité, lequel était toujours colossal et menaçant, et peint en couleur rouge.

Sa tête était couronnée de pampre ou de laurier, et sa face ombragée d’une épaisse barbe.

Ainsi que l’idole d’Osiris portée en procession chez les Égyptiens pendant les solennités des Pamylies, celle de Priape était ordinairement en bois de figuier ; on en voyait aussi beaucoup en bois de saule. Quelquefois ce dieu n’était qu’un tronc d’arbre, dont une branche figurait, par hasard, le signe caractéristique que la main de l’art avait à peine ébauché : tel est le Priape que Columelle conseille aux cultivateurs de placer au milieu de leurs jardins. « N’ayez point de labyrinthes, point de statues des héros de la Grèce ; mais qu’au milieu du jardin le tronc, à peine

dégrossi, d’un arbre antique présente et fasse vénérer la divinité ithyphallique ; que cette branche formidable qui la caractérise épouvante les enfants, et la faux dont elle est armée, les voleurs32. »

Toutes les figures de Priape n’étaient pas aussi grossières : on en voyait quelques-unes travaillées avec soin, ainsi que le Terme qui en composait la partie inférieure. Ce que cette figure avait d’humain était entièrement nu et coloré de rouge33.

Les Priapes ont offert dans leur forme, ainsi que les Phallus isolés, un grand nombre de variétés : les uns étaient représentés en Termes, qui n’avaient que la tête humaine et le Phallus ; d’autres avaient la moitié du corps humain, sans bras, ou avec des bras chargés ordinairement des attributs de cette divinité : attributs tous relatifs à l’agriculture. Il est quelques exemples de Priape représenté sous la figure entière d’un homme : ils sont rares.

Quelquefois, le simulacre de ce dieu était figuré tenant en main une faucille ou une longue faux, comme le dit Columelle dans les vers déjà cités.

Pour caractériser l’abondance dont on le croyait en partie l’auteur, pour éloigner la stérilité dont il était préservateur, on figurait souvent Priape portant sous le bras droit une longue corne d’abondance, dont la large ouverture offrait un assemblage de fleurs et de fruits : productions et attributs des jardins, auxquels, surtout chez les Romains, cette divinité présidait spécialement.

Quelquefois aussi, une longue perche s’élevait par-derrière et au-dessus de sa tête : elle servait, comme le dit Horace, d’épouvantail aux oiseaux34.

Tel est le portrait de cette divinité, dont, en Italie, on plaçait l’idole tutélaire dans les vignes, dans les vergers, et surtout dans les jardins.

On voyait souvent cette idole, avec ses attributs indécents, placée sur les chemins : c’est alors que Priape était confondu avec Mercure et le dieu Terme. Scaliger dit avoir vu un pareil Terme dont le Phallus servait à indiquer le chemin. Cet Hermès phallique se trouvait à Rome dans le palais d’un cardinal35.

Le lieu où était placé le Terme, l’addition ou l’absence du Phallus sur ce Terme, en bois ou en pierre, formaient la seule différence qui existe entre les divinités Mercure, Pan, Priape, etc.

Le Phallus, ajouté à une borne itinéraire devait préserver les voyageurs d’accidents, tout comme le Phallus ajouté à un tronc d’arbre devait détourner des champs voisins des accidents nuisibles aux récoltes. C’était l’opinion constante des anciens, et la cause unique de l’érection d’un si grand nombre d’idoles du dieu Priape.

Ces fêtes étaient nommées Priapées, ainsi que les vers qu’on chantait à sa louange. Elles rappelaient, à certains égards, les Pamylies des Égyptiens et les Phallophories de Grecs. Plusieurs monuments antiques, conservés jusqu’à nos jours, présentent les détails de ces orgies, souvent fort indécentes. Parmi ceux que Boissart a fait graver, il se trouve un bas-relief qui offre le tableau de la principale fête de ce dieu :ce sont des femmes qui y figurent comme ministres de ce culte. L’une d’entre elles arrose le trait caractéristique de Priape, tandis que d’autres apportent pour offrandes des paniers pleins de fruits et des vases remplis de vin. Là sont des groupes de danseuses et de musiciennes, parmi lesquelles on en distingue une qui agite le sistre égyptien. Ici est une bacchante, portant un enfant sur ses épaules. Plus loin, quatre prêtresses sont occupées à sacrifier un âne, victime consacrée à Priape.

Priape avait des temples. Si l’on en croit Pétrone, ils étaient desservis par des prêtresses, qui célébraient des mystères nocturnes en l’honneur de cette divinité : voici les seuls renseignements que ce satyrique nous en a conservés. « Nous errions à l’aventure par les rues les plus détournées, quand nous rencontrâmes deux femmes assez jolies. Nous les suivîmes lentement jusqu’aux portes d’un petit temple où elles entrèrent : nous entendîmes sortir de ce lieu des voix comme du fond d’un antre. La curiosité se réveillant, nous descendîmes arès elles. Nous trouvâmes plusieurs femmes qui, furieuses comme les bacchantes, avaient entre les mains des figures de Priape. Nous ne pûmes en voir davantage. » Quartilla, prêtresse de ce temple, envoie ensuite vers ces étrangers curieux sa suivante, qui leur dit : Vous avez troublé les mystères que Quartilla célébrait dans la grotte36

On offrait à ce Dieu, outre du miel et du lait, des branches de myrte, symbole des amours fortunées. Les habitants des campagnes couvraient sa tête de roses au printemps, d’épis de blé en été, de pampre en automne et de branches d’olivier en hiver.

Dans les villes, Priape avait des chapelles publiques, où les dévots, affligés de certaines maladies qui rentraient dans ses attributions, venaient appendre des ex-voto, images naïves de la partie malade. Ces ex-voto étaient des tableaux peints ou des figures en cire, en bois et quelquefois en marbre37.

On voyait des femmes, aussi dévotes que lubriques, offrir publiquement à Priape autant de couronnes que leurs amants avaient fait de sacrifices à leurs charmes. Elles les appendaient à l’énorme Phallus de cette idole ; et cette partie saillante en était quelquefois totalement garnie38.C’est ainsi que l’épouse de l’empereur Claude, cette Messaline, fameuse par sa lubricité extrême, et bien digne, sous ce rapport, de figurer à côté du trône des Césars, après être sortie victorieuse de quatorze athlètes vigoureux, se fit déclarer invincible, en prit le surnom, et, en mémoire de ces quatorze succès, fit au dieu Priape l’offrande de quatorze couronnes.

D’autres faisaient hommage à ce dieu d’autant de Phallus en bois de saule qu’elles avaient vaincu d’hommes dans une nuit39.

Les différents traits que je viens de réunir prouvent que, chez les Romains, le culte de Priape avait beaucoup dégénéré ; que ces peuples avaient perdu de vue l’objet signifié, pour ne s’attacher qu’au signe ; pour n’y voir que ce qu’il y avait d’indécent. Ainsi, par cet oubli du principe, la religion devint le prétexte du libertinage.

Le Phallus n’était plus cet objet sacré de la vénération des peuples de l’Orient, ce symbole adoré du soleil, régénérateur de la nature entière, ce dieu sauveur du monde, dont la présence assurait la conservation et la propagation de tous les êtres vivants ou végétants. On l’invoquait, à la vérité, pour écarter les charmes contraires à la fécondité des femmes ; mais, dans cette circonstance, bien loin d’être considéré comme un dieu-soleil, il n’était plus qu’un simple talisman. Il présidait aux plaisirs légitimes du mariage, mais encore plus aux excès de la débauche. Si l’on voyait quelques époux parmi ses adorateurs, leur plus grand nombre était des libertins et des prostituées.

On plaçait encore son idole dans les vignes, les vergers, les jardins ; mais il n’y figurait plus comme l’emblème du soleil fécondant la terre au printemps, et donnant une nouvelle vie à toutes les plantes. Vil gardien d’un verger ou d’un jardin, il servait uniquement d’épouvantail aux voleurs superstitieux, aux enfants et aux oiseaux40. Ce dieu dégradé était réduit à l’état de domesticité.

Telles furent, du temps des empereurs romains, les seules fonctions du Phallus, et les attributions restreintes et humiliantes de Priape.

Respecté, pendant que les mœurs romaines conservaient encore leur simplicité antique ; avili, en raison des progrès de leur corruption, Priape devint enfin un objet de ridicule : il fut le plastron des plaisanteries, des sarcasmes de tous les écrivains. Horace ne pouvait plus ingénieusement ravaler cette divinité qu’il le fait par les premiers vers d’une de ses satyres. « J’étais un tronc de figuier, bois fort inutile, lorsqu’un ouvrier, incertain s’il en ferait un banc ou un Priape, se décida enfin, et préféra me faire dieu41. » On l’insultait jusque dans son sanctuaire, dont les murs offraient souvent des inscriptions très peu respectueuses pour la divinité, et des vers qui excitaient à ses dépens le rire des lecteurs42.

Les romains alors, ayant perdu de vue le motif antique de ce culte, n’y voyaient plus qu’un emblème de la débauche, qu’une divinité ridicule.

Les écrivains du christianisme vinrent ensuite ajouter leurs déclamations aux insultes des poètes latins, accumulèrent le ridicule et le mépris sur cette divinité déjà vaincue, saisirent avec transport cette place abandonnée par les partisans de l’ancienne religion des Romains, et obtinrent une victoire facile. Le culte de Priape allait être anéanti sans retour, ses idoles et ses autels renversés pour jamais, si la superstition et l’habitude, la plus indestructible de toutes les affections humaines, ne fussent venues à son secours. Ces deux puissants mobiles de la conduite des peuples triomphèrent de la raison et du christianisme, et parvinrent, malgré leurs efforts continuels, à maintenir en quelque sorte le culte de cette obscène et antique divinité.

C’est ce que j’établirai dans les chapitres suivants.

1 Dictionnaire de Pitiscus, au mot Deus.

2 Les Corybantes étaient des prêtres consacres à diverses divinités, et particulièrement à Cybèle ; mais comme Clément d’Alexandrie les nomme aussi Cabires, il est vraisemblable que les prêtres qui débarquèrent en Étrurie, étaient attachés au culte des dieux Cabires, établi dès la plus haute antiquité dans l’île de Samothrace, et où le Phallus faisait partie essentielle des mystères, comme le dit Hérodote.

3 Clément. d’Alexand., Protrept.

4S. Augustin, de Civitate Dei, liv. VI, cap. IX.

5 Donec illud membrum per forum transvectum esset, atque in loco quiesceret. Cui membro inhonesto matrem-familias honestissimam palàm coronam necesse erat imponere.  (Civit. Dei, lib, VII, cap. XXI.)

6  In Liberi sacris honesta matrona pudenda virilia coronabat, spectante multitudine, ubi, rubens et sudans, si est ulla frons in hominibus, adstabat forsitan et maritus.  (Ibid., lib. VII, cap. XXIV.)

7 Dictionnaire abrégé de Pitiscus, au mot Senaculum. Geniales dierum, d’Alexander ab Alexandro, lib. III, cap. XVIII. Pompeius Festus, au mot Mutinus, et les Commentaires sur cet article.

8 On trouve la gravure de cette pierre antique dans le recueil intitulé : Du culte secret des dames romaines.

9 L’empereur Héliogabale, au rapport de Lampride, fit élever sur le mont Quirinal un édifice pour servir aux assemblées des dames romaines, qui se rendaient auparavant dans ce lieu lors de la solennité du Phallus. Cet édifice fut appelé Mœsa, du nom de son aïeule, qui présidait ces assemblées avec Soemis, mère de ce prince. Il en fit un lieu de débauche. Crinitus nous a conservé le texte de l’ordonnance qui établit les droits et privilèges de ce sénat féminin. En voici le commencement :
Jura visundi, consectandi, susurrandi, gestiundi, suttrudendi, salutandi, confabulandi, precandi, perpetuo, interdiu, futuariis permissa ex me sunto. Ex æde, foramine, horto, postico, impluyio, cuncta hæc commoda nemo homini prohibento, etc.  (Petri Criniti, de honesta Disciplina, lib.XI, cap. VIII, p. 179.)

10Voyez les détails des excès des Bacchanales, dans le chapitre suivant.

11 Les noms Mutinus, Tutinus, se trouvent diversement orthographiés dans les manuscrits des anciens auteurs. Dans les vers de Lucillius, Moetinus est pris pour une espèce de talisman ; on y lit aussi Mutinus. Dans Festus, on trouve Mutinus et Titinus ; dans Arnobe et dans saint Augustin : Mutunus, Motunus, Mutinus, Tutunus ; dans Lactance et Tertullien, Mutunus et Tutunus. Mais quelques manuscrits et une vieille édition de Tertullien portaient Futinus, qui a peut-être donné lieu à S. Foutin, dont il sera parlé dans la suite.
Jean Guillelme pense qu’il faut lire Mutonus, d’où on a fait, dit-il, mutoniatus, qui signifie un homme fortement constitué à certain égard. Quelques savants sont partagés sur la question de savoir si l’un de ces noms veut dire muet, mutin ou mouton. Il se pourrait que Tutunus ait fait naître ces noms caressants de tonton, toutou.
Il serait plus important de savoir si ces deux mots expriment deux choses ou une seule. Les auteurs anciens les unissent toujours pour exprimer la figure du Phallus. Il est vraisemblable qu’il existait deux espèces de Phallus, dont les figures étaient distinguées par des différences qui sont inconnues.

12 Ce dieu présidait à l’acte du mariage, mais il n’était pas le seul : les Romains avaient l’usage d’appeler en cette affaire, ainsi que dans beaucoup d’autres, plusieurs dieux à leur secours. Voici la liste de ces divinités conjugales, d’après Meursius. (Antiquités, t. V, de Puerperio) : SATURNUS ut semen conferret ; LIBER et LIBERIA, ut semen emitterent : hic viris, illa feminis ; JANUS, ut semini in matricem, commeanti januam aperiret ; JUNO et MENA, ut flores menstruos regerent ad foetus concepti inrementum ; VITUNUS, ut vitam daret ; SENTINUS, ut sensum.
Beyer vient grossir la liste de ces divinités secourables. (Addimenta ad Selden, cap. XVI) : Cinxia, Diana, Hypmeneus, Manturna, Mutinus, sive Priapus, dea mater Prema, deus pater Subigus, Venus, Pertunda, etc.
Saint Augustin (Civit. Dei, lib. IV, cap. XI) a complété le catalogue de ces divinités obscènes. Entre plusieurs autres, on remarque le dieu Jugatinus, qui rapproche les époux ; la déesse Virginiensis, qui détache la ceinture virginale de la jeune épousée ; Volupia, qui excite à la volupté ; Stimula, qui stimule les désirs de l’époux ; Strenia, qui lui donne la vigueur dont il a besoin ; et ce grand saint n’oublie pas, dans sa nomenclature, Mutinus et Tutunus. Il dit d’ailleurs que le dieu Liber est ainsi nommé parce que, dans l’action, il procure aux hommes qui l’invoquent l’avantage d’une émission reproductive. Libera, qu’il croit être la même que Vénus, accorde la même faveur aux femmes : c’est pourquoi on place dans le temple de liber la figure du sexe masculin, et celle du sexe féminin dans celui de Liberia. (De Civitate Dei, lib. VI, cap. IX.)

13Sed quid hoc dicam, cùm ibi sit et Priapus nimius masculus, super cujus immanissimum et turpissimum fascinum, sedere nova nupta jubeatur, more honestissimo et religiosissimo matronarum ? (Saint Augustin, Civit. Dei, lib.VI, cap. X.) Le même saint dit ailleurs : In celebratione nuptiarum, super Priapi scapum nova nupta sedere jubebatur. (Ibid., lib. VII, cap. XXIV).

14Et mutunus, in cujus sinu pudendo nubentes præsedent, ut illarum pudicitiam prior Deus delibasse videatur. (Ibid., lib.VII, cap. XXIV.)

15Etiamne Tutunus, cujus immanibus pudendis horrentique fascino vestras inequitare matronas ducitis et optatis ? (Arnob., lib.IV, p. 131.)

16 Dictionnaire de Pitiscus, au mot Mutinus.

17 Meursius, Grœciæ Feriatœ, t. V de Puerperio.

18 Quia non supplices humi Mutuno procumbimus atque Tutuno, ad interitum res lapsas, atque ipsum dicitis mundum leges suas et constituta mutasse ? (Arnob, lib. IV, p. 133.)

19 Festus, aux mots, Mutini, Titini, Sacellum.

20Pueris turpicula res in collo suspenditur, ne quid obsit rei obscœnæ causa. (Varron, de Lingua Latina, lib. VI.)

21Hortosque et fores tantum contra invidentium effascinationes dicari videmus, in remedio satyrica signa. (Plin., lib. XXIX, cap.4.)

22Et fascinus currus triomphantium sub his pendens defendit, invidiae medicus. (Plin., lib. XXVIII, cap. IV.)

23 Baudelot, Utilité des voyages, t. I, p. 346 ; – Antiquités de Caylus, t. IV, p. 231.

24Voyez ci-dessus, chapitre III.

25Notes fournies par M. Dominique Forgès Davantzati, prélat de Canosa.

26Voyez ci-dessus, pp. 38 et 39.

27M. de Chaduc, antiquaire auvergnat, avait recueilli plus de trois ou quatre cents pierres gravées ithyphalliques des plus curieuses, suivant Baudelot, « qui, hors quelques-unes, dit-il, ne se trouvent point dans le beau manuscrit que j’ai vu : il paraît visiblement que ceux dans les mains de qui il a passé les ont ôtées. » (Utilité des voyages, t. I, p. 343.) Les collections des archéologues, et même certains recueils imprimés, offrent une très grande variété de Phallus, de Fascinum et de Priapes.

28Voyez ci-dessus la note, p.84 note 117.

29Plin., lib XIV, cap. XXII. et Yraemiam. lib. XXXIII.

30Elii Lamprid. vet. ant. Heliogabal. Hist. Augustae, t.I, p.553.

31Jul. Capitolini in Pertinax. Hist. Augustae, t.I, p.553.

32 … sed truncum, forte dolatum,
Arboris antiquæ numen venerare ithyphalli,
Terribilis membri, medio qui semper in horto,
Inguinibus puero, prœdoni falce, minetur.

(Columell., de Cultu hortorum, lib.X).

33 C’est ce qu’expriment ces deux vers de la première pièce du recueil intitulé Priapeia :

Sed ruber hortorum custos, membrosioro quo,

Qui tectum nullis vestibus inguem habes.

Voyez aussi Horace, liv. I, satire VIII.

34Ast importunas volucres in vertice arundo

Terret fixa …

(Horace, satire VIII, liv.I, vers5.)

35Cette attribution du dieu Priape sur les chemins est indiquée par la pièce 29 des Priapées :

Falce minax, et parte tui majore, Priape,

Ad fontem, quœso, dic mihi, qua sit iler ?

Voyez le Commentaire de Joseph Scaliger sur cette pièce. (Priapeia, p. 141.)

36Petronii Satyricon

37 Cet usage est attesté par la pièce 37 du recueil des Priapées, intitulée : Voti Solutio. En voici quelques vers :

Cur pictum memori sit in tabellà

Membrum quœritis unde procreamur :

Cum penis mihi forte lœsus esset,

Chirurgique manum miser tiumerem.

38 Plusieurs monuments antiques, et notamment des pierres gravées, représentent de pareilles offrandes. Dans la collection intitulée : Du culte secret des dames romaines, on voit un monument qui en donne une idée. Une pièce de vers du Recueil des Priapées (pièce n° 40), parle d’une célèbre prostituée, appelée Telethuse, qui, comblée des faveurs de l’amour et des profits de la substitution, fit une pareille offrande à Priape, qualifié de saint dans la pièce :

Cingit inaurata penem tibi, Sancte corona.

Dans la pièce 50, une jeune fille promet à Priape des couronnes, s’il exauce ses vœux :

Totam cum paribus, Priape, nostris

Cingemus tibi mentulam coronis.

39 Cette pratique est représentée sur une pierre gravée (Culte secret des dames romaines), et mentionnée dans la pièce 34 des Priapées :

Cum sacrum fieret Deo salaci,

Conducta est pretio puella parvo,

Communis satis omnibus fitura.

Quæ, quot nocte viros peregit una,

Tot verpas tibi dedicat salignas.

40Et custos furum atque avium, cum falce saligna,
Hellespontiaci servet tutela Priapi.

(Virgile., Georg., lib. IV.)
Pomarii tutela diligens, rubro,
Priape, furibus minare mutino.

(Priapeia, carm. 73.)

41 0lim truncus eram ficulnus, inutile lignum,

Cum faber, incertus scamnum faceret ve Priapum,

Maluit esse deum : deus inde ego, furum aviumque

Maxima forrmido, nam fures dexta coerect,

Obscoenoque ruber porrectus, ab inguine palus. (Horat, satir. VIII, lib. IV.)

42 Ce fait est prouvé par quelques pièces du recueil des Priapées. Dans la première pièce, on lit :

Ergo quicquid, id est, quad otiosus

Templi parietibus tui notavi.

Dans la pièce 40, on fait dire à Priape :

Quisquis venerit huc poeta fiat,

El versus mihi dedicet jocosos.

Et dans la 49è :

Tu quicumque vides circa tectoria nostra

Non ninium casti carmina plena joci.

Il paraît même que le Recueil des Priapées, et c’est l’opinion des savants qui ont, avec érudition commenté cet ouvrage, a été composé de pièces différentes, recueillies sur les murs des chapelles de Priape. Il est vraisemblable qu’elles ne sont point l’ouvrage de Virgile, comme plusieurs l’ont cru, parce qu’on les a trouvées placées à la suite de ses œuvres.

Publicités

5 novembre 2011 - Posted by | lecture, mythes | ,

Aucun commentaire pour l’instant.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :