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Du Culte du Phallus – Ch. 16

Chapitre 16 du livre de Jacques-Antoine Dulaure, «Des Divinités génératrices ou du culte du Phallus Chez les Anciens et les Modernes», 1885, réimprimé, revue et augmentée par l’auteur, sur l’édition de 1825.

Je propose aussi une version PDF à télécharger (consulter la table des matières).

Chapitre 16 : Suite du même sujet. De la fête des Fous et des Sous-Diacres ; des Processions composées de personnes en chemise ou entièrement nues ; des Flagellations publiques ; de l’usage de donner les Innocents, etc.

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Quelques sectes du christianisme prescrivaient des actes généralement réprouvés par la bienséance et la religion. Les Adamites, les Turlupins, les Picards et certains anabaptistes , allaient nus et commettaient publiquement l’œuvre de la chair. On a vu très récemment quelques libertins, couvrant d’un voile religieux leurs dispositions à la débauche, chercher, mais vainement, à propager la même doctrine.

Passons à d’autres sujets.

Les fêtes des fous, des sous-diacres, de l’âne, etc., etc., imitées des saturnales antiques, et qui se célébraient dans presque toutes les églises de France, mériteraient ici une longue exposition. Quoique leurs cérémonies burlesques et indécentes soient très connues et attestées par un grand nombre de témoignages authentiques, mon sujet exigeant que j’en fasse mention, j’en parlerai, mais le plus succinctement qu’il me sera possible.

Les prêtres d’une église élisaient un évêque des fous, qui venait, pompeusement accompagné, se placer dans le chœur sur le siège épiscopal. La grand’messe commençait alors ; tous les ecclésiastiques y assistaient, le visage barbouillé de noir ou couvert d’un masque hideux ou ridicule. Pendant la célébration, les uns, vêtus en baladins ou en femmes, dansaient au milieu du chœur et y chantaient des chansons bouffonnes ou obscènes. Les autres venaient manger sur l’autel des saucisses et des boudins, jouer aux cartes ou aux dés devant le prêtre célébrant, l’encensaient avec un encensoir, ou brûlaient de vieilles savates et lui en faisaient respirer la fumée.

Après la messe, nouveaux actes d’extravagance et d’impiété. Les prêtres, confondus avec les habitants des deux sexes, couraient, dansaient dans l’église, s’excitaient à toutes les folies, à toutes les actions licencieuses que leur inspirait une imagination effrénée. Plus de honte, plus de pudeur ; aucune digue n’arrêtait le débordement de la folie et des passions. Le lieu saint, qui en était le théâtre, n’en imposait plus.

Au milieu du tumulte, des blasphèmes et des chants dissolus, on voyait les uns se dépouiller entièrement de leurs habits, d’autres se livrer aux actes du plus honteux libertinage.

La scène se portait ensuite hors de l’église. Moins sacrilège, elle n’en était pas plus décente. Les acteurs, montés sur des tombereaux pleins d’ordures, s’amusaient à en jeter sur la populace qui les entourait. Ils s’arrêtaient , de distance en distance, vers des théâtres, dressés exprès pour leurs folies. Là ils renouvelaient leurs jeux en face du public. Les plus libertins d’entre les séculiers se mêlaient parmi le clergé, et, sous des habits de moines ou de religieuses , exécutaient dès mouvements lascifs, prenaient toutes les postures de la débauche la plus effrénée : ces scènes étaient toujours accompagnées de chansons ordurières et impies.

Ces cérémonies, étonnantes par leur mélange avec la religion, par le lieu sacré ou elles s’exécutaient en partie, et par la dignité sacerdotale dont étaient revêtus les acteurs, ont subsisté pendant douze ou quinze siècles ; elles ont trouvé des apologistes parmi les docteurs de l’Église et n’ont été abolies qu’avec la plus grande difficulté1.

Dans les premiers siècles du christianisme, les prélats fouettaient les pénitents pour les réconcilier à l’Église2.

Lorsque, vers la fin du XIIè siècle, la confession fut généralement établie parmi les chrétiens, les confesseurs fouettèrent eux-mêmes leurs pénitents et pénitentes qui, pour cette exécution, se plaçaient dans un lieu secret de l’église. Saint Louis, roi de France, se laissait fouetter très rudement par ses confesseurs. On sent quels désordres devaient résulter de pareilles pénitences, plus propres d’ailleurs à allumer qu’à éteindre certaines passions3.

Ceux qui étaient excommuniés, pour obtenir leur absolution, étaient fouettés publiquement ; et souvent on les forçait de suivre , tous nus, les processions, et de porter à la main, ou pendu au cou, l’instrument de leur supplice.

Quelquefois le patient ou la patiente, entièrement nu , recevait le fouet pendant tout le cours de la procession. Il ne s’en faisait guère qui ne fût accompagnée de quelques individus de l’un ou de l’autre sexe , le corps entièrement découvert et rougi par les coups de fouet. Cet usage barbare et indécent s’est conservé jusqu’au seizième siècle.

Ce fut sans doute l’habitude de voir des pénitents tous nus et fouettés suivre les processions pour obtenir l’absolution de leurs péchés, qui inspira l’idée de ces attroupements d’hommes et de femmes nus, de ces nuées de fouetteurs qui, vagabondant en procession de ville en ville, offrirent, pendant trois ou quatre siècles, le spectacle de leur nudité, de leur dévotion extravagante, et de leur noble émulation à se déchirer le dos à grands coups de fouet. L’Allemagne fut, en 1267 , le premier théâtre de ces tristes et lamentables farces. Bientôt, en 1260, l’Italie imita un si bel exemple ; elle offrit un peuple entier, transporté d’une sainte fureur, armé du fouet, marchant en procession et se flagellant à tour de bras. « Nobles et roturiers, jeunes et vieux, les enfants même de cinq ans parcouraient les rues et les places publiques des villes, et, sans pudeur, s’y montraient entièrement nus, à l’exception des parties sexuelles, qui étaient seules couvertes… On les voyait par troupes de cent, de mille , de dix mille, précédés de prêtres portant la croix et la bannière, remplir les villes, les églises, et se prosterner devant les autels. Les bourgs, les villages n’en étaient point exempts. Les plaines, les montagnes semblaient retentir de leurs lamentations4. »

Les femmes s’en mêlèrent ; nobles ou non, vierges ou épouses, se fouettèrent sans pitié ; point de bras qui ne fût fouettant, point de dos qui ne fut fouetté. Mais ces flagellations ne furent pas du goût de tout le monde. Le pape Alexandre IV refusa de les approuver, la France, de les adopter ; et le roi de Pologne porta des peines graves contre les flagellants qui tenteraient de s’introduire dans ses États.

En 1296, de nouvelles troupes de fouetteurs parurent en Allemagne ; mais, en 1349, la contagion était générale. L’Allemagne fut inondée d’hommes et de femmes nus, qui se fouettaient à toute outrance. L’Angleterre devint aussi le théâtre de leur religieuse fureur. On vit cette fois les femmes, animées d’un beau zèle, courir les villes et les campagnes , et exposer à l’admiration publique leur nudité ensanglantée. La France seule se préserva de la contagion.

Cette manie ne se calma un peu qu’au XVIè siècle, où les fouetteurs furent organisés en sociétés de pénitents ou de battus, qui se sont maintenus jusqu’à ces derniers ternps. Ils eurent la permission de se déchirer la peau tant qu’ils le voudraient, et non pas celle de vagabonder en se fouettant5.

De si beaux exemples ne furent point sans fruits ; ils autorisèrent une autre institution moins cruelle , aussi dévote et aussi indécente. Depuis le XIIIè siècle jusqu’au XVIIè siècle, on vit des processions composées d’hommes , de femmes et d’enfants en chemise ou absolument nus.

Les Romains , pour obtenir de leurs dieux la pluie ou le beau temps , faisaient anciennement des processions, nus-pieds , appelées nudipedalia. Les premiers chrétiens s’en moquaient6 ; mais les chrétiens, dans les siècles suivants, ne s’en moquèrent plus, imitèrent les nudipedalia, et firent, par les mêmes motifs, des processions nus-pieds.

Déjà, au VIIè siècle, on voit l’empereur Héraclius faire une procession les pieds et la tête nus. Au VIIIè Charlemagne en fit une pareille avant d’aller soumettre les Huns. Ces exemples furent généralement imités. C’est le sort des abus, lorsqu’ils ne sont point réprimés dans leur origine, d’aller toujours en croissant. On poussa plus loin cette dévotion ; la nudité ne se borna point aux pieds ; on se dépouilla de ses habits, et l’on fit des processions en chemise.

Les XIIIè, XIVè et XVè siècles offrent un grand nombre d’exemples de processions, composées de personnes de tous les âges, de tous les états, de tous les sexes , nu-pieds et en langes, comme on s’exprimait alors, c’est-à-dire n’ayant pour tout vêtement qu’une chemise. C’était aussi dans cet équipage qu’on allait faire des pèlerinages volontaires ou forcés.

Lorsqu’en 1224, Louis VIII se rendit à la Rochelle pour en chasser les Anglais, la reine Isemburge, et autres princesses , firent célébrer à Paris, pour le succès de ses armes, une belle procession, où les habitants, et même des étrangers, figuraient nu- pieds et en chemise ; quelques-uns même étaient absolument nus.7

En 1241, les habitants de Liége, à cause d’une grande sécheresse, instituèrent une procession où il fut résolu que le clergé et le peuple marcheraient , pendant trois jours consécutifs , les pieds nus et en chemise.8

Joinville avoue que lui-même, prêt à partir pour la croisade, visita plusieurs monastères où étaient des corps saints, et qu’il fît cette espèce de pèlerinage, pieds déchaus et en langes.9

Saint Louis, étant en Palestine, ordonna une procession où les chrétiens devaient se trouver nus-pieds et en langes.10

Une jeune fille fut guérie au tombeau de saint Louis. Sa mère fit vœu d’aller avec elle chaque année en pèlerinage vers ce tombeau, nu-pieds et en langes.

Un ancien commentaire sur le Psautier porte ces mots : C’est encore coutume en seinte église que li peneanciers ( pénitents ) vont nuz-pieds et en langes.11

Il est inutile de fatiguer le lecteur par de nouvelles citations, de s’arrêter à prouver, moins, quand on peut prouver plus, et d’ajouter de nouveaux témoignages de l’usage de faire des processions en chemise, lorsque je peux démontrer que l’on s’y montrait tout nu et dépouillé de ce dernier voile , et que les chrétiens se portèrent, par excès de dévotion, à cet excès d’indécence.

Nous avons déjà vu que, dans la procession faite à Paris en 1224, pour le succès des armes de Louis VIII, parmi ceux qui figuraient en chemise, il s’en trouvait de plus zélés qui s’y présentèrent tous nus. On lit, dans le livre des Miracles de saint Dominique, qu’un particulier fit vœu de venir visiter les reliques de ce saint, les pieds nus et sans chemise (nudis pedibus et sine camisia).12

Des lettres de grâces de l’an 1354 condamnent un coupable à faire un pèlerinage nus-pieds, sans vêtements , et sans chemise.13

En 1315, des pluies abondantes, accompagnées de frimas, firent, au mois de juillet, désespérer de la récolte. Pour obvier à celte calamité, on eut recours aux processions II s’en fit une, de Paris à Saint-Denis, célèbre par la grande multitude de personnes des deux sexes qui s’y trouvèrent. Elle fut suivie de plusieurs processions particulières, où tous les assistants, excepté les femmes, étaient entièrement nus.14

On pensait sans doute alors que les femmes étaient moins susceptibles de s’enflammer à la vue des nudités viriles, que les hommes l’étaient à celle des nudités féminines.

Vers la fin du XVIè siècle, époque où la raison commençait à faire quelques progrès, mais qui furent presque neutralisés par les progrès que fit en même temps le fanatisme, on vit plusieurs processions où les hommes et les femmes marchaient nus-pieds et en chemise. Quelques écrivains du temps en font mention, et s’en moquent ; l’esprit de parti peut avoir dirigé leur plume, peut les avoir portés à exagérer les folies de leurs antagonistes : ils sont suspects. Ce n’est point de leurs écrits que je veux emprunter mes citations, mais de celui d’un bon et zélé catholique, dont je rapporterai scrupuleusement les paroles.

« Ledit jour ( 30 janvier 1589) de lundi, se fit aussi, en ladite ville (de Paris), plusieurs processions auxquelles il y a quantité d’enfants, tant fils que filles, hommes que femmes, qui sont tous nus en chemise, tellement qu’on ne vit jamais si belle chose, Dieu merci. Il y a telle paroisse où se voit de cinq à six cents personnes tous nus, et à quelques autres, huit à neuf cents…, selon la grandeur des paroisses.

« Le lendemain, mardi, dernier jour dudit mois, se firent de pareilles processions, lesquelles s’augmentent de jour en jour en dévotion, Dieu merci.

« Ledit jour ( 3 février ), se firent, comme aux précédents jours, de belles processions, où il y en avait grande quantité de tous nus, et portant de très belles croix. Quelques-uns qui étaient à ladite procession, nus, avaient attaché à leurs cierges ou flambeaux de cire blanche qu’ils portaient, des croix de Jérusalem ; les autres, les armoiries desdits défunts cardinal et ducs de Guise ; aussi quelques-uns desdits qui étaient en procession avaient par-dessus leur chemise ou autre linge blanc qu’ils avaient, de grands chapelets de patenotes.

« Le lendemain , quatrième dudit mois de « février…, fut fait de pareilles processions.

« Ledit jour de mardi, quatorzième dudit mois de février, et jour de caresme-prenant, et jour que l’on avait accoutumé que de voir des mascarades et folies, furent faites, par les églises de ladite ville, grande quantité de processions que y allaient en grande dévoyion, même la paroisse de Saint-Nicolas-des-Champs , où il y avait plus de mille personnes, tant fils , filles, hommes que femmes, tous nus et même tous les religieux de Saint – Martin-des-Champs qui étaient tous nus pieds ; et les prêtres de ladite église de Saint-Nicolas, aussi nus-pieds y et quelques-uns tous nus ; comme était le curé, nommé François Pigenat , duquel on fait plus d’estat que d’aucun autre, qui était tout nu, et n’avait qu’une guilbe de toile blanche sur lui15.

« Ledit jour, vendredi vingt-quatre dudit mois de février, tout du long du jour, l’on ne cessa de voir aussi les processions, et ezquelles il y avait beaucoup de personnes, tant enfans que femmes et hommes, qui étaient tous nus, et lesquels portaient et représentaient tous les engins et instrumens desquels notre Seigneur avait été affligé en sa passion, et entr’autres les enfans des jésuites, joints à ceux qui y vont à la leçon, lesquels étaient tous nus et étaient plus de trois cents , deux desquels portaient une grosse croix de bois neuf pesant plus de cinquante, voire soixante livres, et y avait trois chœurs de musique16. »

Le curé de Saint-Eustache, plus raisonnable que les autres curés de Paris, voulut faire quelques remontrances sur ces pieuses indécences ; on le traita de politique et d’hérétique. Il fut contraint, pour éviter la fureur populaire, de se mettre à la tête des processions, « où, dit l’Estoile, hommes et femmes, garçons et filles, marchaient pêle-mêle, et où tout était de caresme-prenant ; c’est assez dire qu’on en vit des fruits17. »

Voila l’usage des nudités, des indécences religieuses, bien prouvé par des témoins oculaires et surtout par un témoin qui en fait l’apologie, comme d’une chose louable et sainte. Cette apologie naïve est une conséquence nécessaire des opinions du temps où elle a été faite. Les nudités n’étaient point encore des indécences, et pouvaient s’associer avec les actes religieux.

On portera le même jugement sur un autre usage en vigueur dans les mêmes temps ; quoique ennobli par des qualifications et des cérémonies religieuses, il était plus indécent et plus susceptible d’abus que celui dont je viens de parler.

Le jour, la veille ou le lendemain de quelques fêtes solennelles de l’Église, les personnes les plus vigilantes, soit séculières, soit ecclésiastiques, allaient de grand matin, en cérémonie, trouver dans leur lit ceux ou celles qui y dormaient encore.

Au Puy-en-Velay, le jour de Pâques et les six jours suivants, quelques chanoines, après matines, accompagnés de choriers et d’enfants de chœur, précédés de la croix et du bénitier, se rendaient processionnellement chez leurs confrères paresseux, entraient furtivement dans leur chambre, les surprenaient au lit, leur donnaient de l’eau bénite, et chantaient l’antienne : Hœc dies quam fecit Deus, etc. Le chanoine paresseux s’habillait aussitôt, était conduit avec cérémonie à l’église, et condamné à payer un déjeuner à ceux qui l’avaient réveillé18.

Le même usage se pratiquait à Nevers. Les chanoines , et autres membres du clergé , allaient, dans l’intervalle de la fête de Pâques et de celle de la Pentecôte, réveiller en cérémonie leurs confrères paresseux. Sans doute cette pratique était, à Nevers, accompagnée de circonstances indécentes ou criminelles ; car, en 1246, elle fut prohibée sous peine d’excommunication ; et le statut qui porte cette prohibition la traite d’usage détestable19.

On verra bientôt, par les faits suivants, de quelle nature pouvaient être ces indécences, et ce qui a pu mériter, à cette cérémonie, la qualification de détestable.

Dans quelques villes, les habitants, le lendemain de la Pentecôte, et de grand matin, s’introduisaient dans les maisons de ceux qui n’étaient point encore éveillés, en emportaient quelques effets qu’ils trouvaient sous leurs mains, et allaient ensuite faire un repas à l’auberge. Celui a qui on avait enlevé ces effets était obligé, pour les ravoir, de payer l’écot20.

A Nantes, une cérémonie pareille était en usage le lendemain de la fête de Pâques. Voici ce qu’on trouve, dans le concile tenu en cette ville en 1431, où cet usage fut prohibé : « Les prêtres des églises et quelques autres personnes se répandent dans les maisons de la ville, entrent dans les chambres, saisissent ceux qui sont couchés dans leur lit, les emmènent tous nus dans les rues et dans les places publiques, les conduisent ensuite, en poussant de grands cris, dans les églises, les placent sur l’autel et ailleurs, et jettent de l’eau sur eux : ce qui trouble l’office divin, occasionne des accidents, comme des lésions et quelquefois des mutilations de membre. En outre, quelques autres personnes, prêtres ou laïcs, vont, de grand matin, le premier jour du mois de mai, dans les maisons de leurs voisins. Ils en emportent quelques effets, et forcent ceux a qui ils appartiennent de payer pour les ravoir21. »

A Angers, même coutume : les personnes trouvées le matin dans leur lit étaient également portées dans l’église et sur l’autel, entièrement nues. Ce sont les expressions du concile d’Angers, qui, en 1448, prohiba cette pratique.

On la nommait dans quelques villes Prisio ; mais, dans d’autres pays où elle avait lieu le jour de la fête des Saints Innocents, elle en reçut le nom. On disait innocenter, donner les innocents, pour exprimer l’action d’aller, le jour de cette fête, réveiller quelqu’un, et en même lui donner le fouet. La flagellation formait, ce jour là, une partie essentielle de la cérémonie. Elle était la peine infligée à la personne paresseuse. On croit que Rabelais avait en vue cet usage, lorsqu’il fait dire au juge Grippeminaut : « Or çà , vous autres gentils innocens, or cà, y serez bien innocentés, etc.22. »

La galanterie du vieux temps parvint, en certains lieux, à enlever cette cérémonie à la religion ; elle s’en empara entièrement. C’était l’usage des jeunes gens, c’était même leur privilège, d’aller ce jour-là, de grand matin, surprendre leurs maîtresses au lit, et d’agir auprès d’elles comme un maître d’école agit envers ses élèves indociles. On prévoit que la jeunesse des acteurs de cette scène aiguillonnante les portait à étendre ce privilège au-delà de ses bornes, et que l’abus, trop voisin de l’usage, devait naturellement en être la suite.

On raconte qu’un seigneur du Rivau, prenant congé de quelques dames pour se rendre à une partie de chasse, dans un lieu fort éloigné, entendit l’une d’elles dire : Nous allons dormir à notre aise, et nous passerons les Innocents sans les recevoir. Ces paroles frappèrent du Rivau. Il vole à son rendez-vous, puis fait rapidement vingt lieues de chemin pour arriver de grand matin le jour des Innocents chez la dame, la surprend au lit, et use du privilège de la fête23.

Cette coutume existait à Dijon. Voici ce qu’on lit dans les Escraignes Dijonnaises : « Vous savez que l’on a à Dijon cette peute coutume de fouetter les filles le jour des Innocens, laquelle est entretenue par les braves amoureux, pour avoir occasion de donner quelques choses aux estrennes à leurs amoureuses. » C’est à ce sujet que l’auteur rapporte deux aventures qu’on ne trouvera point ici24.

Marot témoigne l’existence de cet usage, et surtout de son abus, dans les vers suivans :

Très chere sœur, si je savoys ou couche

Votre personne au jour des Innocents,

De bon matin je iroys à vostre couche

Voir ce gent corps que j’ayme entre cinq cents.

Adonc ma main ( veu l’ardeur que je sens )

Ne se pourroit bonnement contenter

Sans vous toucher, tenir, taster, tenter ;

Et si quelcqu’ung survenoit d’aventure,

Semblant ferroys de vous innocenter :

Seroit-ce pas honneste couverture ?

On voit que les jeux des Innocents ne méritaient pas toujours cette qualification.

Henri de Guise écrivait, vers l’an 1556, à son père François, duc de guise… « J’avons été en grand danger, car le jour des innocents nous a fait belle peur ; car Madame Isabeau étoit venu pour nous donner les Innocents, mais j’étions déjà levé, et le duc de Bavière, qui est venu aussi pour nous les donner, a été bien étreillé ; et si je les avons donné à monsieur de Lorraine dedans son lit. Je ferons bon guet à l’avenir de peur des coups25. »

Cet usage, si j’en crois une personne digne de foi, se pratiquait encore, il n’y a pas longtemps, le premier mai et les jours suivants, dans la Lorraine allemande. On allait, ces jours-là, de grand matin, chez ses voisins. Ceux ou celles qui se trouvaient endormis étaient impitoyablement fouettés avec des orties. L’on m’assure que le même usage existe encore en Piémont.

Combien pourrais -je joindre ici d’autres pratiques, d’autres institutions pareilles, toutes aussi indécentes, et qui marqueraient tout aussi fortement le caractère, les mœurs, les opinions des siècles qu’on nomme le bon vieux temps, si le cercle étroit où je me suis circonscrit ne me forçait de m’arrêter ? Dans ce cadre, très restreint, me soumettant aux convenances de mon siècle, j’ai beaucoup adouci, au lieu de charger les couleurs ; je n’ai levé qu’un coin du voile qui nous cache les mœurs du temps passé, et ce que j’ai montré suffit sans doute pour les faire juger.

Si, à ces détails déjà très dégoûtants, j’eusse joint les traits de mauvaise foi, de perfidie, de tyrannie , de férocité qui caractérisent ces siècles de ténèbres et de malheurs, quelle révoltante peinture j’eusse offert à mes lecteurs !

Comment les mœurs n’auraient elles pas été portées au dernier degré de corruption, dans ces siècles d’ignorance et de crimes, puisque ceux-là même qui étaient préposés pour les diriger, donnaient l’exemple de la dissolution la plus immodérée ? Comment la pudeur eût-elle pu être respectée, puisque ceux qui devaient la recommander ne l’observaient pas ?J’en ai déjà rapporté quelques preuves, en voici de nouvelles.

Le concubinage des prêtres était alors, comme dans les siècles précédents, universel et public.

Vers le milieu du XIIIè siècle, les chanoines de l’église de Sainte-Marie de Rome avaient, à l’imitation des prostitutions religieuses de l’antiquité, placé le théâtre de leur débauche dans le lieu consacré au culte. C’était dans la chapelle souterraine de l’église de Sainte-Marie qu’ils réunissaient des femmes publiques ; c’était en face des objets les plus révérés du christianisme qu’ils se livraient sans crainte à la brutalité de leurs passions. Ce fait est attesté par une lettre au pape Urbain IV, qui se récrie avec force contre ces débauches sacrilèges26.

Des prélats profitaient de ce désordre, et vendaient aux ecclésiastiques qui n’étaient point mariés la permission d’avoir des concubines. Chaque prêtre, même ceux qui, à cause de leur âge, ne se souciaient plus de cette facilité, étaient obligés, dans quelques diocèses d’Allemagne, de payer une taxe pour cette permission.

Les habitants de Strasbourg se plaignirent au cardinal Campège, de ce que leur évêque s’opposait au mariage des prêtres de son diocèse, tandis que les ecclésiastiques non mariés menaient une vie infâme, et, au grand scandale du public, entretenaient plusieurs femmes libertines dans leurs maisons. Le cardinal répondit qu’il savait que les évêques d’Allemagne étaient en usage de faire payer aux prêtres la permission de vivre dans la débauche ; que peut-être ces prélats avaient leur raison pour en agir ainsi ; que, pour lui, il ne pouvait permettre aux prêtres de se marier ; qu’il valait mieux qu’ils entretinssent plusieurs concubines dans leur maison qu’une épouse27.

Un prédicateur de l’ordre de Saint-François vint prêcher, en 1455, le carême dans la ville de liège ; il débuta par une déclamation contre les concubines des prêtres et des chanoines. Les magistrats, réveillés sur ces désordres, rendirent plusieurs ordonnances. Une d’elles portait que les adultères et les concubines des prêtres auraient, sur la partie supérieure de leurs habits, une marque distinctive. Les prêtres indignés se révoltèrent contre le prédicateur qui avait provoqué cette mesure de police ; après plusieurs altercations, ils refusèrent d’admettre le prédicateur, et finir par faire annuler les ordonnances28.

Ailleurs, on vit des habitants des campagnes qui ne voulaient point recevoir de curé, à moins qu’il n’eût une concubine, de crainte que ces curés ne débauchassent leurs femmes. Des prêtres du Milanais assassinèrent un certain Heribalde Corta, parce que, le premier, il voulut, parmi eux, proscrire le mariage29.

Aussi les prêtres étaient si méprisés, qu’un auteur contemporain dit, au commencement du XIIIè siècle, que les seigneurs ne permettaient plus qu’aux fils de leurs fermiers, de leurs domestiques, de leurs serfs, d’embrasser l’état ecclésiastique ; que les prêtres eux-mêmes avaient tellement avili leur état, qu’ils n’osaient plus se montrer en public pour ce qu’ils étaient, et avaient soin de cacher leur couronne ou tonsure qui pouvait les faire connaître ; qu’ils étaient, par les séculiers, plus méprisés que les juifs mêmes, ce qui est beaucoup dire ; enfin, que, pour exprimer la pire de toutes les conditions, on employait vulgairement cette imprécation proverbiale : J’aimerais mieux être prêtre que d’avoir fait telle chose30.

Lorsque le concile de Constance s’assembla dans cette ville, on vit, au grand scandale des séculiers, un nombre incroyable de prostituées y accourir à la suite des prélats qui le composaient31.

Thierry de Niem, secrétaire du pape Urbain VI, et depuis évêque, nous apprend que c’est un usage reçu parmi les prélats et les prêtres de l’Islande et de la Norvège, de tenir publiquement des concubines. « Lorsque les évêques, dit-il, vont deux fois l’an faire des visites chez les prêtres subalternes, chez les curés, ils amènent avec eux leurs maitresses, qui ne leur permettent point de faire ces voyages sans elles, parce qu’elles sont reçues magnifiquement par les curés et par leurs concubines, qu’elles en reçoivent des présents, et parce qu’elles craignent que leur évêque, trouvant les concubines des prêtres visités plus belles qu’elles, en devienne amoureux32. »

L’auteur du livre intitule Spéculum humanae vitae, après avoir passé en revue les abus multipliés qui existaient de son temps dans toutes les classes du clergé, parle ainsi des chanoines : « Plus ils sont libres, plus ils sont licencieux et se livrent à tous les vices. Une seule femme ne suffit point à un seul chanoine ; et, outre celle qui vit avec eux dans leur maison comme leur épouse, ils ont encore un grand nombre de jeunes filles pour concubines33. »

Pierre d’Ailly, cardinal qui vivait au XIVè siècle, dans son Traité sur la réformation de l’Église, après avoir dit que la corruption des ecclésiastiques est excessive ; que leur oisiveté, leur orgueil, leur colère, leur gourmandise, leur luxure, scandalisent les séculiers, ajoute : « Ce qui est plus scandaleux encore, c’est la coutume abominable que plusieurs d’entre eux ont aujourd’hui adoptée ; ils n’ont pas de honte d’avoir des concubines, et de les avouer publiquement34. »

Gerson, chancelier de Paris, et disciple du cardinal Pierre d’Ailly, ne déclame pas moins vivement contre les prêtres concubinaires et les désordres du clergé. L’un et l’autre parlent encore des couvents de religieuses, qu’ils traitent de lieux de débauche, d’assemblages de prostituées35.

L’évêque Thierry de Niem, déjà cité, parle avec plus de détails des débauches de religieuses ; elles étaient, suivant lui, en proie à la luxure des évêques, des moines et des frères convers. Les enfants, nés de ce libertinage, étaient placés dans les couvents ; quelquefois les religieuses se faisaient avorter ; ou bien, ajoutant crime sur crime, de leurs mains maternelles et scélérates, elles arrachaient la vie à l’être auquel elles venaient de la donner. « Si des personnes séculières, dit-il, se rendaient coupables des forfaits que commettent ces religieuses, elles seraient condamnées, suivant les lois, au dernier des supplices36. »

Ceci rappelle ce que rapporte le moine Mathieu Pâris, historien anglais, de l’évêque de Lincoln, qui, sous le règne d’Henri III, pour s’assurer de la débauche ou de la chasteté des religieuses, parcourait leur couvent, et touchait la gorge de chacune37.

Ceci rappelle encore la dissolution de la plupart des religieuses de France, avant, depuis et après les guerres civiles de la Ligue : leurs couvents étaient appelés des lieux de plaisirs et recevaient des qualifications plus déshonorantes. Sauval nous apprend que les religieuses de Montmartre, abandonnées à la prostitution, empoisonnèrent l’abbesse qui voulut les réformer.

Les religieuses de l’abbaye de Maubuisson, près de Pontoise, celles de la ville de Saintes, de la Trinité, à Poitiers ; de Villemur en Albigeois ; de l’abbaye du Lys, près Melun ; celles de Sainte-Catherine-les-Provins, célèbres par leurs galanteries avec les cordeliers de cette ville, et une infinité d’autres, peuvent être rangées dans la même classe.

Ces individus, dévoués à la chasteté, se livraient à des débauches plus excessives encore. Le libertinage, autorisé parmi quelques prêtres des religions antiques, n’était pas plus grand que celui des prêtres du christianisme, quoiqu’il fut proscrit sévèrement par cette religion. Le débordement était porté à son dernier degré ; les lois de la société, et celles de la nature, étaient horriblement outragées38.

Plusieurs autres écrivains ecclésiastiques, respectables par leur doctrine, et dont l’état doit inspirer la plus entière confiance, nous font avec les mêmes couleurs, et en traits généraux, la peinture de cette partie des mœurs du clergé des siècles passés. Je pourrais joindre leurs témoignages à ceux que je viens de rapporter. Je pourrais pour compléter le tableau, y réunir la longue série des lois qui, pendant près de douze siècles, ont recommandé aux prêtres une continence absolue : lois qui, toujours reproduites, ont toujours eu besoin de l’être ; lois impuissantes, dont l’inexécution continuelle atteste, ou leur propre vice, ou la continuité de l’infraction.

A ces traits généraux, je pourrais joindre encore une infinité de traits particuliers répandus dans diverses histoires, dans les annales des tribunaux, ou dans les différentes archives, et qui s’appliquent aux individus, même a ceux qui, dans l’ordre sacerdotal, sont les plus éminents en dignité. L’histoire des papes fournirait une récolte abondante. Je pourrais encore enrichir cette matière des déclamations virulentes et très multipliées de la plupart des prédicateurs du XVè siècle, et surtout de celles des écrivains du protestantisme, que mon impartialité m’a fait un devoir d’écarter ; mais le peu que j’ai dit suffit a mon sujet.

Ce que j’ai découvert, en ne levant qu’un coin du voile, doit faire juger de ce qui reste à découvrir ; d’ailleurs, je suis 1as de remuer ces ordures ; et mon lecteur, sans doute, éprouve la, même lassitude.

Est-ce, je le demande, à la corruption étrange des siècles passés, ou à la loi qui commande la continence, est-ce à ces deux causes réunies qu’il faut attribuer les désordres du clergé ? Cette question sort de mon sujet : j’en laisse à d’autres la solution ; mais je ne puis m’empêcher de rapporter ici ce que disait le savant Pie II : Si l’on a eu de bonnes raisons pour défendre le mariage aux prêtres, il en est de meilleures pour le leur permettre39.

Voilà cependant quels étaient ces siècles si vantés par l’ignorance et par l’habitude indéracinable de louer le passé aux dépens du présent ; voilà quels étaient ces temps où régnaient, dit-on, l’innocence et la pureté ; voilà ces mœurs qu’on nous donne pour exemple ; voilà ces hommes, ces bons aïeux, qu’on nous cite pour modèles40.

Indécences dans les lois, indécences dans les mœurs publiques et dans la vie privée, indécences dans les jeux, indécences dans les productions des arts, indécences dans les cérémonies civiles, dans le culte, et jusque dans les lieux les plus sacrés.

Je le demande maintenant, le culte du Phallus ou de Priape était-il étranger à de telles mœurs ? Son indécence ne pouvait-elle pas s’associer à de telles indécences ? Ceux qui souffraient des nudités réelles, des actions bouffonnes et obscènes jusque dans les cérémonies religieuses, jusque dans les lieux saints, jusque sur les autels de la divinité, ne pouvaient-ils pas s’accommoder d’une nudité factice, d’une nudité en représentation ? Le culte de Priape, qualifié du nom de quelque saint, présenté sous les formes chrétiennes, pouvait-il choquer les opinions de nos bons aïeux, et ne pas concorder avec elles ? Des mœurs aussi corrompues, des pratiques aussi abusives, n’étaient-elles pas en harmonie avec les pratiques des cultes antiques ? Ceux qui rendaient un culte à de prétendus nombrils, à de prétendus prépuces de Jésus-Christ, à la queue de l’âne conservée à Gènes, étaient-ils bien éloignés du culte du Phallus41 ?

Quant à moi, je pense, et plusieurs personnes partageront mon sentiment, que le culte de Priape christianisé est moins attentatoire à la pudeur publique, choque moins la raison, est moins opposé à la religion, moins avilissant pour elle, que ne le sont la plupart des usages, des cérémonies, des abus, des désordres que je viens d’exposer.

Les mœurs des temps auxquels existait le culte de Priape parmi les chrétiens étant bien connues, l’existence de ce culte n’a plus rien d’étrange, d’invraisemblable : il prospérait par de telles mœurs, comme prospère un végétal placé sur le sol qui lui est le plus convenable.

1 Voyez Mémoires pour servir à la fête des Fous, par Dutilliot.

2 De sacra épiscoporum autoritate, J.Filesac, p.365 ; – Glossaire de Ducange, au mot Palmata : – Glossaire de Carpentier, au mot Disciplina.

3 Les prêtres vendaient la confession. Il arrivait que les jeunes filles qui voulaient gagner leurs pâques et qui n’avaient point d’argent pour payer le confesseur, se prostituaient pour en avoir. Voici ce que rapporte dom Carpentier, dans son supplément au Glossaire de Ducange, et au mot Confessio.

« Le suppliant ayant rencontré une jeune fille de quinze à seize ans , lui requiert qu’elle voulût qu’il eût sa compagnie charnelle, ce qui lui fut accordé par elle, parce qu’il lui promit de donner une robe et chaperon, de l’argent pour avoir des souliers et pour aller à confesse le jour de Pâques »

4 Histoire des Flagellants, par l’abbé Boileau

5 Voyez sur ces différentes insurrections de fouetteurs, le Glossaire de Ducange, aux mots verberatio, pœnitentiarum redemptiones, gesta trevirorum archiepiscoporum, sub anno 1296 ; – Amplissima collectio , t. IV, pp. 362, 419 ; Chronic. Alberty ; Continuatio altera Chronici Guillelmi de Nangis ; – Spicileg. d’Achery, t. III, p. 111. – Anonimi Carthusiensis, de religionum origine ; – Amplissima collectio, t. IV, p. 81 ; Thesaurus anecdotorum, t. II, p. 906, etc.

6 C’est Tertulien surtout qui se moque du nudipedalia et de plusieurs autres pratiques païennes que les chrétiens ont depuis imitées. Voyez Tertuliani apologeticus, cap. XL ad finem.

7 Guillaume Guyart, dans son livre intitulé La Branche aux royaux lignages, dit à ce sujet :

De gens privés et d’étranges

Par Paris , nus-pieds et en langes,

Que nul des trois n’ot chemise.

8 Amplissima Collectio, t. IV, p. 1101.

9 Histoire de Saint-Louis, par Joinville, édit. de 1761, p. 27.

10 Vie de saint Louis, par le confesseur de la reine Marguerite, p. 326.

11 Voyez le Glossaire qui est à la suite des Vies, Annales, Histoires et Miracles de saint Louis , au mot langes. On y trouve aussi ces deux vers tirés du fabliau de la Patrenostre du vin.

S’irez en langes et deschaux,

Et par les froiz et par les chaux.

Dans le roman de Wace , on lit ces deux vers, cités par Ducange , au mot peregrinatio :

En Jérusalem fit pérégrination ,

En langes et nuz piez à grand dévotion.

Voyez aussi le Supplément au Glossaire de Ducange, par Carpentier, aux mots lingius et rob lingia.

12 Supplément au Glossaire de Ducange , par Carpentier , au mot camisia.

13 Nudus pedes et sine robis lingis, Supplément au Glossaire de Ducange, au mot lingius.

14 Quin imo, exceptis mulieribus, totis nudis corporibus processionaliter confluentem. Continuatio Chronic. de Nangis, an 1315 ; Spicilegium d’Achery, t. III, p. 70.

15 Guilbe est certainement le même que guimple, dont nous avons fait guimpe. Guimple etait une bande de toile dont les femmes couvraient leur gorge, et que les chevaliers plaçaient sur leurs casques. (Voyez Ducange, au mot Guimpla. ) Ainsi le cure Pigenat, un des plus célèbres boutefeux de la ligue , ne devait être, par cette faible draperie, que très légèrement couvert.

16 Journal des choses advenues à Paris, depuis le 23 décembre 1588 jusqu’au dernier jour d’avril 1589, imprimé parmi les preuves du Journal d’Henri III, t. II, p. 459.

17 Journal d’Henri ÏII, par de l’Estoile, sous l’année 1589.

18Mercure de France, mai 1735, p. 898.

19Fragmentum statutorum ecclesicae Nivernensis, thesaur. anecd., t.IV, p.170.

20Supplément du Glossaire de Ducange, au mot Pentecoste.

21 Concilium Nanetense, anno 1491, Supplément au Glossaire de Ducange, par Carpentier, au mot Prisio.

22 Pantagruel, liv. V, chap. XII.

23 Alphabet de l’auteur français à la suite du Pantagruel de Rabelais, aux mots fouetteurs, du Rivau.

24 Les Escraignes Dijonnaises, liv. I, sect.XVIII.

25 Mémoire de la Société royale des Antiquaires de France , t. IV, p.156.

26 Ecce siquidem, sicut horribili refertur infamia, quidam vestrum infra cryptam basilicae gloriosae virginis, quae castitatis mater, pudoris aula, pudicitiae conservatrix et munditiae vas exixtit, constituere Lupanar ibidem, in crucifixi et suae genitricis opprobium, exterminationem famae propiaeque salutis perniciem, meretricium exercendo. (Epistolae Pontificiae selectae ex registro antiquo Urbani Papae IV. Veterum scriptorum amplissima collectio, t.II, col 1260.)

27 Scire se Germaniae episcoporum hunc esse morem, ut accepta pecunia scortationem suis permittant. Fore etiam, ut ejus facti rationem aliquando reddant : sed tamen idcirco non istis licere matrimonium contrahere; et quod sacerdotes fiant mariti, multo esse grayius peccatum, quam si plurimas domi meretrices alant. (Jo.Sleidani, de statu religionis et reipublicae, lib. IV, anno 1524, p. 62, verso.)

Cet usage adopte par les évêques de vendre aux prêtres subalternes la permission d’avoir des

concubines, se trouve encore attesté par une pièce, composée en 1522, à la diète de Nuremberg, imprimée dans le Catalogus testium veritatis, et intitulée Centum gravamina. Voici ce qu’on y lit, à l’article 75 : « Les officiaux, en tirant des religieux et prêtres séculiers tribut annuel, leur: permettent d’entretenir publiquement des concubines et des femmes de joie, dont ils ont des enfants. »

A l’article 91, on lit aussi : « La plupart des évêques et leurs officialités ne permettent pas seulement

aux prêtres d’avoir des concubines, en payant un tribut ; mais même, s’il y a quelques prêtres sages qui veulent vivre en continence, on ne laisse pas de leur faire payer le tribut du concubinage, sous le prétexte que M. l’évêque a besoin d’argent. »

28 Rerum Leodiensium, etc., amplissima Collect., t.IV, p. 1225 et la note.

29 Voyez sur ces deux faits, Silvae nuptialis Joannis de Nevizanis, lib. I, p. 70-72 ; et Nicolas de Clémengis, de Prœsulibus Simoniacis, p. 165, col. I.

30 Chronic. Guillelm. De Podio Laurent., cap. VI et Histoire générale du Languedoc, par dom Vaissette, t. III, liv. XXI, p.121.

31 Fuit denique fama communis virorum fide dignorum, eo tempore quo Constantiense concilium generale celebratur … quod verecundum est dictu, incredibilis meretricum multitudo aderat (Francisci Joannis Nider, ordinis praedicatorum, de Maleficiis, cap. IX, ad finem.)

32 In eisdem etiam partibus Hyberniae et Norvegiae, juxta consuetudines patriae, licet episcopis et praesbiteris tenere publice concubinas, et, eisdem visitantibus bis in anno subditos sibi praesbyteros ac ecçlesiasticorum parochialiumque rectores, suam dilectam ducere secum ad domos et hospitia eorumdem subditorum praesbyterorum. Nec ipsa dilecta permittit épiscopum, amasium visitare sine ipsa : his de causis, ut tunc laute vivat cum praesbyteris visitatis in hospitiis eorumdem praesbyterorum, videatque amasias eorumdem, necnon dona seu munera seorsum a quolibet presbytero capiat visitato, et ne amasius visitans, episcopofo forte vidente eam pulchriorem, illam etiam adamaret, etc. (Nemoris unionis tractatus, cap. XXXV, p. 377.)

33 Demum quanto liberiores sunt canonici, tanto licentius in plurima debacchantur vitia. Nec una uni sufficit muliercula, nisi retentam in domo habeat ut uxorem, concubinas vero et adolescentulas quorum non est numerus. ( Speculum humanae vitae, lib. II, cap. XIX.)

34 Et maxime obviandum esset illi scandalosissimae consuetudini seu potius corruptelae, qua plures hodie non verentur tenere, etiam publice, concubinas. ( De reformatione ecclesiae ; sect. de reformatione caeterorum ecclesiasticorum. )

35 Hem circa claustra monialium, quae jam (proh dolor!) ultra quam dicere audiam, de honestate sunt, esset correctio adhibenda (Petri de Aliaco, cap. de reformatione religionum et religiosorum.)

Rursus oculos aperite, et inquirite, si qae hodie claustra monialium facta sunt, quasi prostibula meretricum. (Johanni Gersonis, in declaratione defectuum virorum ecclesiasticorum, p. 65.)

36 Fornicantur etiam quamplures hujusmodi monialium cum eisdem suis praelatis ac monachis et conversis, et iisdem monasteriis plures parturiunt filios et filias, quos ab eisdem praeatis, monachis et conversis, fornicarie, seu ex incesto coitu, conceperunt. Filios autem in monachos, et filias taliter conceptas quandoque in moniales dictorum monasteriorum. recipi faciunt et procurant : et, quod miserandum est, nonnullae ex hujusmodi monialibus maternae pietatis oblitae, ac mala malis accumulando, aliquos faetus earum mortificant, et infantes in lucem editos trucidant, seque habent saevissime circa illas, etiam Dei timoré secluso. Unde si tales moniales, quœ talia perpetrant, essent personae seculares, ipsae pro tam inhumanis sceleribus eorum, juxta leges seculi, morte saevissima damnarentur. (Nemoris unionis tractatus VI, Cap. XXXIV, p.374)

Les prédicateurs Barlette et Maillard parlent de ces assassinats commis par des religieux : O quot luxuriae ! o quot sadomiae, o quot fornicationes ! Clamant latrinae latibula ubi sunt pueri suffocati (fol. 262, col.II.)

Le second dit aussi : Utinam haberemus aures apertas, et audiremus voces puerorum in latrinis pro-jectorum et in fluminibus ! (fol.74, col.2.)

37 Ad domos religiosarum, veniens, facit exprimi mammillas earumdem, ut sic physice, etc. (Hist. Anglic. Henric. III, p. 105.)

38 Je n’ose pas détailler, mais j’indique ici quelques goûts honteux, quelques habitudes infâmes, auxquels étaient livrés plusieurs membre du clergé. Cependant mon assertion modérée est pour ainsi dire cuirassée de preuves. En voici quelques-unes. Thiery de Niem parle ainsi des monastères de la Frise : In quibus pene omnis religio et observantia dicti ordinis, ac timor Dei abscessit. Libido et corruptio carnis inter ipsos mares et moniales, necnon alia multa rnala, excessus et vitia quae pudor est effari, per singula (monasteria) succreverunt, ac de die in diem magis pullulant et vigent in ipsis. (Nemoris unionis tractatus VI, cap. XXXIV, p.374.)

François Alvar Paes, pénitencier du pape Jean XXII , évêque de Sylves et nonce en Portugal, s’exprime plus positivement encore : Adolescentibus impudice abusi sunt : heu ! heu ! intra sanctam ecclesiam multi religiosi et clerici, in suis latebris et conventiculis, et laici jam in plerisque civitatibus, maxime in Italia publice quodammodo nefandum gymnasium constituunt, et palaestram illius flagitii abominatione se exercentes, et optimi quique epheborum in lupanari ponuntur. (De planctu ecclesiae, lib. II, cap. II, fol. 3.)

François Pic de la Mirandole, dans son discours intitulé De reformandis moribus, adressé au pape Léon X et au concile de Latran, dit : Nostra vero et in sacras aedes fit irruptio , et ab illis etiam ( proh dolor ! ) faeminae abiguntur ad eorum libidines ex plendas, et meritorii pueri a parentibus commodantur, et condonantur his qui ab omni corporis etiam concessa voluptate sese immaculatos custodire deberent ; hi post ea ad sacerdotorum gradus promoventur, aetatis flore transacto jam exoleti.

Outre les ouvrages déjà cités sur cette matière, on trouvera des preuves générales et particulières de la corruption du clergé dans presque toutes les histoires des XIIIè, XIVè, Xvè et XVIè siècles. On peut consulter Bermond Chauveron, chanoine de la cathédrale de Viviers, qui a composé un gros livre intitulé : De publicis concubinariis, lequel ne traite que du concubinage des prêtres ; Paul Olearius d’Heydelbergue, auteur d’un petit traité intitulé : De fide concubinarum in sacerdotes, où il parle de l’arrogance et de l’esprit dominateur des concubines des prêtres. Il dit qu’elles sont les. maitresses absolues dans leurs maisons, et qu’elles veulent avoir les places les plus distinguées à l’église.

39 Sacerdotibus magna ratione sublatas nuptias, majori restituendas videri. (Platin, de vitis Pontificum.)

40 Les mœurs dont je viens de donner un faible aperçu, ne se rapportent à peu près qu’aux XIVè, Xvè et XVIè siècles. Les louangeurs du temps passé, ne sachant guère fixer l’époque fortunée où régnaient l’innocence et les vertus, diront peut-être qu’elle existait dans les siècles précédents. Si mon sujet m’eût permis de parler des mœurs des Xè, XIè et XIIè siècles, quels tableaux affreux de crimes, d’erreurs absurdes et de malheurs j’aurais eu à offrir ! Des maladies contagieuses, la famine, les guerres, ont désolé’ presque continuellement la France pendant ces trois siècles : point de lois, point d’administration publique. Le plus fort se faisait obéir : les crimes restaient impunis et quelquefois honorés ; la religion était de la magie; une grande partie des états restaient incultes ; on vendait publiquement dans les marchés, de la chair humaine : la stupidité et la férocité des hommes égalaient la misère publique.

41 On compte une douzaine de prépuces à Jésus-Christ. Il y eu avait un chez les moines de Coulombs, un autre à l’abbaye de Charroux, un troisième à Hildesheim en Allemagne, un quatrième à Rome, dans Saint-Jean-de-Latran, un cinquième à Anvers, dont j’ai parlé dans cet ouvrage, un sixième au Puy-en-Velay, dans l’église de Notre-Dame, etc., etc.

Les nombrils de Dieu étaient tout aussi multipliés. Je ne puis m’empêcher de citer, à cet égard, une anecdote peu connue. A Châlons, dans l’église collégiale de Notre-Dame-de-Vaux, était un saint nombril de Dieu, qui faisait beaucoup de miracles. L’évêque du diocèse, J.-B. de Noailles, s’avisa, en 1707, de faire ouvrir, en présence de plusieurs experts, le reliquaire qui le contenait. On y trouva, au lieu du saint nombril, trois grains de sable. Les chirurgiens et autres gens de l’art en dressèrent leur procès-verbal. Les chanoines, furieux de cette découverte, qui nuisait à la dévotion populaire, se pourvurent contre l’évêque indiscret, et soutinrent, avec chaleur, que ces trois grains de sable étaient le saint nombril. Il y eut plusieurs procédures à ce sujet, qu’on peut voir dans un imprimé intitulé : Lettre d’un Ecclésiastique de Châlons aux docteurs de Paris.

Quant à la queue d’âne, conservée précieusement à Gènes, dans l’église des Dominicains, il en est fait mention dans un livre d’église concernant l’office de la semaine sainte. En voici les expressions :

« Degno e encora di sapere come la coda d’une di quei duo animali, in questo atto adoperati d’el signore, senza arte humana incorreptibile si conserva oggi di in Genoa pressa mei padri di san Dominico, facendo pia remenbrenza d’ell humilita c’hebbe il figliolo di Dio per noi in questa intrata. » (Jeaninus e Capugnano ord. Praedicatorum, in declarationibus super officium hebdomadae sanctiae. Venitiis, 1736, p.12.)

7 mars 2012 - Posted by | lecture, mythes | , , ,

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