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Du Culte du Phallus – Ch.18

Chapitre 18 du livre de Jacques-Antoine Dulaure, «Des Divinités génératrices ou du culte du Phallus Chez les Anciens et les Modernes», 1885, réimprimé, revue et augmentée par l’auteur, sur l’édition de 1825.

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Chapitre 18 : Résumé sur l’Origine, les Progrès, les Variations successives du Culte du Phallus

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Deux animaux figurés dans le zodiaque, qui y marquaient l’équinoxe du printemps, et qui ont porté le même nom en Égypte, le Bouc et le Taureau célestes, adorés en représentation, puis adorés vivants en Égypte, furent l’origine de ce culte ; et leur membre génital, symbole expressif du soleil fécondant la nature à cette époque brillante de l’année, devint les modèles des Phallus. Ces copies furent considérées comme des objets sacrés, doués de la faculté génératrice de l’astre du jour, comme un talisman puissant, dont l’influence bienfaisante attirait sur les végétaux et sur les animaux l’abondance de la vie, et les préservait des maux contraires. Pleins de ces idées, les anciens placèrent le Phallus dans tous les lieux où la fécondité était désirée, dans tous les lieux où la stérilité était à craindre. Les Phallus-Bouc et les Phallus-Taureau furent multipliés : on les adjoignit aux troncs d’arbres, aux bornes qui bordaient ou limitaient les terrains cultivés, comme un talisman protecteur et bienfaiteur des récoltes ; on leur rendit des honneurs divins ; on les plaça dans les temples ; ils figuraient dans les pompes religieuses, dans les mystères consacrés à différentes divinités.

Jusqu’alors, le Phallus fut isolé, ou n’était adhérent qu’à des bornes ou à des troncs d’arbres ; mais lorsque le culte des morts eut amené l’idolâtrie ou le culte des figures humaines, il s’opéra, chez plusieurs peuples de l’antiquité, un changement général dans tous leurs objets d’adoration. Ces divers objets reçurent, d’abord en partie, puis en totalité, des formes de l’homme. La métamorphose cependant ne fut pas tellement complète qu’ils ne conservassent quelques attributs, quelques caractères qui décelaient leur origine ou leur forme primitive. Je n’exposerai pas ici tous les effets de cette révolution religieuse : cette matière fait partie d’un autre ouvrage1 auquel je renvoie le lecteur. Je dois me borner aux objets qui se rapportent au culte du Phallus.

Les deux animaux, signes du zodiaque, auxquels le Phallus doit son origine, subirent la loi générale, et reçurent, dans leur représentation, quelques parties de la figure humaine. Le Taureau sacré fut souvent représenté, comme il se voit encore dans plusieurs monuments antiques, avec une tête d’homme surmontée des cornes de cet animal. On poussa plus loin la métamorphose : toute la partie antérieure de la figure eut la forme humaine, tandis que le reste représentait le corps, le dos et les pieds d’un taureau. Cet assemblage monstrueux fut nommé Minotaure, être fictif, fruit des premiers progrès de l’idolâtrie, sur lequel les Grecs ont débité des fables si absurdes, et que les mythologues anciens et modernes ont expliquées d’une manière si diverse.

Le Bouc sacré éprouva la même métamorphose : on le représenta avec la moitié du corps humain, tandis que sa partie inférieure retint les formes du quadrupède, et que la tête humaine en conserva les oreilles et les cornes. Cette figure monstrueuse devint les divinités Pan, Faune, Silvain, Satyre, etc., que l’on confondit souvent avec Priape, parce que souvent ils en eurent le Phallus.

Les bornes, les troncs d’arbres se ressentirent de ce changement. On plaça a leur extrémité une tête humaine, et par suite la moitié du corps humain. Ainsi composés, ces bornes, ces troncs d’arbres, constituèrent les Hermès, les Termes, les Mercures, ou ces idoles que nos artistes nomment, très improprement, figures en gaines.

Mais comme ces pierres limitantes, ces troncs d’arbres portaient déjà, pour la plupart, des Phallus, on les leur conserva dans cette nouvelle composition ; et les divinités identiques, Hermès, Terme ou Mercure, furent, en conséquence, souvent confondues avec Priape, dont ils portaient le trait caractéristique. Quelquefois, cependant, on les distingua de cette dernière divinité par une dénomination particulière. Ils furent nommés Hermès casmillus, et quelquefois Mercure au membre dressé.

Pendant un temps, l’origine de ces diverses figures composées fut presque effacée de la mémoire des hommes ; et, comme elles avaient des formes, des attributs communs et des propriétés semblables, on ne les distinguait chacune par une dénomination particulière que d’après la place qu’on leur assignait. L’idole à Phallus et à pied de bouc, placée dans des prairies, dans des terres cultivées, devenait le dieu Pan ; placée dans les forêts, sur les montagnes, c’était Faune, Silvain, Satyre ; dans les vignes, c’était Bacchus au nerf tendu ; sur les limites des territoires, à l’entrée des maisons, l’idole à Phallus recevait le nom d’Hermès casmillus, ou Mercure au membre dressé ; enfin la même idole, érigée dans les vergers, dans les jardins, constituait le dieu Hortanès ou Priape.

Ainsi, conservés dans les temples, exposés dans les mystères, portés dans les pompes religieuses, le Phallus-Bouc et le Phallus-Taureau, restant isolés, et conservant leur forme primitive, ne furent que des objets sacrés et secondaires pour le culte ; mais lorsqu’ils furent adjoints a divers corps, à des pierres limitantes, à des troncs d’arbres, qui reçurent quelques parties de la figure humaine, ils contribuèrent à constituer de véritables divinités, dont les noms, comme je viens de le dire, variaient suivant la place que ces idoles occupaient.

On ne doit pas confondre les Phallus, objets sacrés du culte antique, avec les ex-voto qui lui ressemblent. Ces dernières figures étaient offertes à Priape par des personnes affligées ou affaiblies dans la partie à laquelle présidait ce dieu : les offrandes en étaient les images. L’on se persuadait qu’en appendant ces ex-voto auprès de l’idole divine, l’original, dont ils étaient les copies, se ressentirait de l’influence de ce voisinage, ou que le dieu, ayant sans cesse devant les yeux l’image du membre malade, ne pouvait se dispenser de lui accorder sa guérison. Quelquefois, les ex-voto phalliques étaient, comme on l’a vu, des monuments de la reconnaissance. Ceux ou celles qui, dans la lutte amoureuse, s’étaient distingués par de nombreux exploits, attribuaient dévotement leur valeur à l’assistance de Priape, et lui faisaient hommage d’autant de Phallus ou de couronnes qu’ils avaient remporté de victoires.

Les Phallus-amulettes devaient leur vertu à leur forme. Suspendus aux chars des triomphateurs, au cou et aux épaules des femmes et des enfants, on leur attribuait celle de détourner les effets funestes des regards de l’envie ; mais cette vertu acquérait plus de force et d’efficacité lorsque, comme cela se pratique encore dans l’Inde, ils étaient bénis par un prêtre.

Isolé dès son origine, isolé dans les mystères et les pompes religieuses, le Phallus fut symbole sacré.

Isolé et réduit à un petit volume, il fut talisman, amulette.

Appendu aux idoles ou dans les chapelles de Priape, ou d’autres divinités bienfaitrices, il fut offrande, ex-voto.

Adjoint à un corps quelconque, il fut dieu, et servit à composer plusieurs divinités.

Telles sont les variétés de culte et de forme que les progrès successifs de la superstition et des arts firent subir au Phallus.

1 Des Cultes qui ont précédé et amené l’idolâtrie ou l’adoration des figures humaines.

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18 mars 2012 - Posted by | lecture, mythes | ,

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