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Germains et Slaves – les germains de Tacite

Chapitre II du livre Germains et Slaves, origines et croyances, de André Lefèvre, 1903.  Lien vers la table des matières.

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CHAPITRE II

LES GERMAINS DE TACITE

Tacite croit les Germains autochtones. — Partages annuels, mais déjà inégaux, des terres, cultivées par des esclaves. — Habitations de bois, greniers souterrains, vêtement sommaire. — Chasse, orgies, querelles, danses guerrières, fureur dn jeu. — Rudiments d’institutions politiques et judiciaires. Assemblées des guerriers adultes. Vengeances privées, compensation facultative : Wergeld. — Fidélité aux chefs de guerre. Fraternité d’armes. — Chasteté, dignité et courage des femmes. — Dieux des anciens Teutons : Tuisto, Hertha, Mannus, Irmin-Saüle ; autres divinités correspondant a Hercule, Mars, Vulcain, Isis (?). — Trois groupes principaux: Ingaevons, Istaevons, Hirminons, ceux-ci apparentés sinon identiques aux Suèves. — Rites sanguinaires. Prêtresses des Cimbres. Augures, présages. Autorité des prêtres et devins. — Les cent nations suéviques en marche dans la forêt Hercynienne. — Au nord, les peuples baltiques honorent particulièrement Hertha (la Terre) ; sanctuaire de cette déesse dans l’ile de Rugen. — Derrière la masse suévique, sur le Bas-Danube et la Vistule, s’agitent des Gothons (Germains), des Peucins, Bastarnes, Naharvales, Lygiens, Wendes (Sarmates) ; au nord, des Fennes, des Æstyens sauvages ; et, dans l’Océan même, les cités des Suions (Suédois, Scandinaves).

« Qui voudrait, demande Tacite, quitter l’Asie, ou l’Afrique, ou l’Italie, pour le pays affreux des Germains, leur ciel âpre, leur sol enfin, dont l’aspect inculte attriste les regards, — à moins que ce soit la patrie ? »

Tel est le raisonnement, d’ailleurs inexact, qui le porte à regarder les Germains comme indigènes.

Il se range, avec un peu plus de vraisemblance, à l’avis de ceux qui pensent que le sang des Germains ne fut jamais altéré par des mariages étrangers, que c’est une race pure, sans mélange, et qui ne ressemble qu’à elle-même. « De là cet air de famille qu’on remarque dans cette immense multitude d’hommes : des yeux bleus et farouches ; des cheveux roux ; des corps d’une haute stature et vigoureux pour un premier effort, mais peu capables de travail et de fatigues et, par un double effet du sol et du climat, résistant aussi mal à la soif et à la chaleur qu’ils supportent facilement le froid et la faim. » Il est à peine besoin de faire remarquer que c’est là le propre portrait des Celtes et des Gaulois, qui appartenaient, comme les Teutons et avant eux, à la grande lignée des dolichocéphales blonds, race évidemment pure en ses premiers âges, mais qui, en Allemagne comme en France et en Angleterre (moins en Scandinavie), a subi d’infinis mélanges.

Le pays, quoique offrant des aspects divers, est en général hérissé de forêts ou noyé de marécages, plus humide vers les Gaules (vers les Pays-Bas), plus battu des vents du côté du Norique et de la Pannonie. Favorable aux grains, il repousse les arbres à fruits . On aime le grand nombre des troupeaux, c’est la richesse des Germains, le bien qu’ils estiment le plus. Les plus voisins de l’empire tiennent compte de l’argent et de l’or — (il n’y eut jamais de plus effrénés pillards) ; — ils connaissent et distinguent quelques-unes des monnaies romaines, les mieux connues et les moindres, d’un emploi plus commode. Ceux de l’intérieur, plus fidèles à l’antique simplicité, trafiquent par échange.

Chaque tribu en masse occupe tour à tour le terrain qu’elle peut cultiver et le partage selon les rangs. L’égalité des partages, que César semblait indiquer, n’existe déjà plus ; il y a déjà des riches, des puissants, une plèbe libre et une foule d’esclaves ou plutôt de serfs attachés à la glèbe, sorte de colons ou fermiers qui paient une redevance en nature. Rien de stable, d’ailleurs ; les terres sont encore distribuées tous les ans par quelques princes ou magistrats ; et l’état nomade est toujours prêt à délasser la tribu de la vie sédentaire. Point de villes ; point d’habitations contiguës ; les demeures des Germains sont éparses, isolées, selon qu’une source, un champ, un bocage ont déterminé leur choix ; chacun laisse un espace vide autour de sa maison ; ils n’emploient ni pierres, ni tuiles ; ils se servent uniquement de bois brut, sans penser à la décoration ou à l’agrément. Toutefois, ils enduisent certaines parties d’une terre fine et luisante, dont les veines nuancées imitent la peinture. Ils creusent aussi des souterrains, qu’ils chargent d’une épaisse couche de fumier. C’est là qu’ils gîtent l’hiver et qu’ils cachent leurs grains. Ils ont pour tout vêtement un sayon qu’ils attachent par une agrafe, même par une épine ; à cela près, ils sont nus et passent des journées entières auprès du feu. Ils portent aussi des peaux de bêtes, là où le commerce ne fournit pas d’autre parure, plus grossières vers le Rhin, plus recherchées dans l’intérieur. Les plus riches se distinguent par un habillement, non pas flottant comme chez les Sarmates et les Parthes, mais serré et qui marque toutes les formes. Le vêtement des femmes est fait de tissus de lin relevés par quelques raies de pourpre ; il laisse le bras nu jusqu’à l’épaule et couvre à peine le sein.

Le temps qu’on ne passe pas à la guerre est donné un peu à la chasse, beaucoup au sommeil et aux festins. On voit les plus braves et les plus belliqueux, laissant aux faibles, aux femmes, aux vieillards le soin de la maison et des champs, languir dans l’oisiveté et le désœuvrement. Boire des journées et des nuits entières n’est une honte pour personne. Leur boisson est une liqueur d’orge ou de froment, à laquelle la fermentation donne quelque ressemblance avec le vin. Les plus voisins du fleuve ont d’ailleurs du vin que le commerce leur procure aisément. L’ivresse produit des querelles fréquentes, qui se bornent rarement aux injures ; presque toujours elles se terminent par des blessures et des meurtres. D’autre part, les réconciliations, les alliances de famille, le choix des chefs, la paix, la guerre, se traitent le plus souvent dans les festins, « sans doute parce qu’il n’est pas de moments où les âmes soient plus ouvertes aux inspirations de la franchise ou à l’enthousiasme de la gloire ».

Ils n’ont qu’un genre de spectacle, uniforme dans toutes leurs réunions. Des jeunes gens qui ont l’habitude de cet exercice sautent nus à travers les pointes menaçantes des glaives et des framées. L’unique récompense de ce jeu périlleux est le plaisir des spectateurs. Ils connaissent aussi les jeux de hasard ; ils s’en font, même à jeun, la plus absorbante occupation, si acharnés au gain ou à la perte que, quand ils n’ont plus rien, ils jouent encore sur un coup de dés leur personne et leur liberté. Fût-il jeune, robuste, noble, le vaincu se livre de lui-même à la servitude la plus irrémédiable, car ces sortes d’esclaves sont toujours vendus au loin.

Cette ardeur pour le jeu ne peut guère passer pour un trait distinctif ; elle est commune à toutes les races anciennes et modernes. Cependant elle rappelle certains épisodes des grands poèmes de l’Inde, où les brahmanes et les héros jouent leurs biens, leurs femmes et jusqu’à leur propre personne. C’est une passion très indo-européenne, et Tacite, qui s’en étonne, aurait pu certainement constater ses ravages dans la société civilisée. Au reste, rien jusqu’ici parmi les habitudes et les usages germaniques, qui ne se rencontre chez la plupart des tribus arrivées au terme de l’indivision primitive et de la vie nomade, où l’individu n’est qu’un chiffre, une variante limitée d’un type uniforme, ni plus ni moins vaillant, ni plus ni moins brute et ignorant que mille autres. Au-dessus de la foule insoucieuse et insignifiante, s’élèvent les quelques chefs héréditaires ou élus, le roi ou le général, et les hommes qu’ils ont distingués, puis les prêtres, qui — malgré l’assertion de César et l’opinion de M. d’Arbois de Jubainville — semblent, nous le verrons, jouer le rôle de véritables Druides (sauf le nom).

Les affaires importantes se traitent dans des assemblées, pour mieux dire, des réunions générales de guerriers adultes, qui s’y rendent armés. Le roi ou un chef propose soit une expédition, soit un traité. Si l’avis déplaît, on le repousse par des murmures ; s’il est approuvé, on agite les framées. Ce suffrage des armes est le signe le plus honorable de leur assentiment. On peut aussi accuser devant le conseil public et y poursuivre des affaires capitales. Les peines varient suivant les délits. On pend à un arbre les traîtres et les transfuges; les lâches sont plongés dans un bourbier et noyés sous des claies. Pour les fautes plus légères ou qui résultent de désaccords privés, des amendes en chevaux ou en bétail sont partagées entre l’offensé et le roi ou chef de la tribu.

Vous voyez là ce fameux Wergeld, dont on a fait tant de bruit, et que tous les peuples, en somme, connaissent et pratiquent sous le nom d’amende et de dommages-intérêts. Ce genre de rachat s’étendait, il est vrai, chez les barbares, autant chez les Hellènes par exemple que chez les Germains, à des actes dont la société revendique aujourd’hui la répression, aux violences entre particuliers. La tribu se contentait de laisser libre carrière aux vengeances individuelles, aux haines de famille, sûre que, le plus souvent, ces inimitiés s’éteindraient dans les vicissitudes d’une existence si précaire et si variable. Les blessures, les meurtres étaient d’ailleurs de si mince importance ! Une certaine quantité de gros et menu bétail semblait à toute une famille une expiation fort acceptable pour un simple homicide.

Il existait une sorte d’organisation judiciaire ; et une classe élue d’assesseurs, au nombre de cent ou environ, était chargée, dans un district, de seconder un juge désigné par le roi ou par l’assemblée.

Quant aux institutions politiques, elles se réduisaient à ces réunions que je viens de citer, où un suffrage sommaire autorisait les chefs à faire tout ce qui pouvait leur plaire. On a beaucoup parlé des instincts de liberté, de la fière indépendance des Germains ; il n’en était chez eux ni plus ni moins que dans ces ébauches sociales sans contours, sans règles précises, où la liberté a pour unique mesure et garantie la force ; en fait, le guerrier germain était, vis-à- vis de la tribu, vis-à-vis du chef, dans une étroite sujétion.

Nul Germain ne porte les armes que la tribu ne l’en ait reconnu capable. Alors un des chefs, ou le père du jeune homme, ou un de ses parents, le décore, en pleine assemblée, de la framée et du bouclier. Une naissance illustre, les services éclatants d’un père, donnent à quelques-uns le rang de prince dès la plus tendre jeunesse. Les autres s’attachent à des chefs dans la force de l’âge et dès longtemps éprouvés, et ce rôle de compagnon (cornes) n’a rien dont il rougisse ; il a même ses distinctions, réglées sur l’estime du prince dont on forme la suite. Il existe entre les compagnons une émulation singulière à qui tiendra la première place auprès de son prince ; entre les princes, à qui aura le plus de compagnons et les plus vaillants. C’est la dignité, c’est la puissance, d’être toujours entouré d’une jeunesse nombreuse et choisie, et celui qui se distingue par le nombre et la bravoure de son escorte devient glorieux et renommé, non seulement dans sa nation, mais encore dans les tribus voisines ; on le recherche par des ambassades, on lui envoie des présents qui le mettent en état de nourrir et d’enrichir ses fidèles. Car les Germains ignorent l’impôt, et c’est le butin, ce sont les dons volontaires qui fournissent aux chefs leurs uniques ressources. La source de leur munificence est dans le pillage et dans les guerres. Sur le champ de bataille, il est honteux au prince d’être surpassé en courage, il est honteux à la troupe qui l’entoure de ne pas l’égaler en vaillance. Mais un opprobre dont la flétrissure ne s’efface jamais, c’est de lui survivre et de revenir sans lui du combat. Le défendre, le couvrir de son corps, rapporter à sa gloire ce qu’on fait soi-même de beau, voilà le premier serment de cette milice. Le prince combat pour la victoire, les compagnons pour le prince. Si la cité qui les vit naître languit dans l’oisiveté d’une longue paix, les chefs de la jeunesse vont chercher la guerre chez quelque peuple étranger, tant cette nation hait le repos ! D’ailleurs, on s’illustre plus facilement dans les hasards, et l’on a besoin du règne de la force et des armes pour entretenir de nombreux fidèles. Car le cheval de bataille, car cette victorieuse et sanglante f ramée, sont un tribut levé sur la générosité du prince. Sa table, d’une somptuosité grossière, mais dispendieuse, tient lieu de solde. Puis c’est à leurs yeux paresse et lâcheté que d’acquérir par la sueur ce qu’ils peuvent se procurer par le sang.

Ils ne vont pas à la bataille sans une certaine tactique ; ils excellent à. tendre des embuscades et, dans les actions générales, à enfoncer comme un coin leur puissante infanterie dans le centre ennemi, tandis que leur cavalerie mêlée de piétons, par compagnies de cent hommes, multiplie les feintes et les attaques de flanc. Leur abord est terrible quand, des bouches pressées contre les boucliers, jaillit le hurlement farouche appelé bardit, qui accentue et rythme leur chant de guerre. (On a vu, non sans raison peut-être, dans ce bardit, un souvenir des Bardes et de l’antique domination des Celtes.)

Le principal aiguillon, peut-être, de leur courage, c’est que chaque bande d’hommes à cheval, chaque triangle d’infanterie, représente un clan : la tribu en marche est composée de guerriers unis par les liens du sang ; c’est qu’ils combattent sous les yeux de leur famille, femmes, enfants, vieillards, debout sur les chariots. Ils entendent les acclamations, les plaintes furieuses de tous ceux dont la vie dépend de leur victoire. Ce sont là, pour chacun, les témoins et les juges. On rapporte ses blessures et son bouclier à une mère, à une épouse. Celles-ci ne craignent pas de compter les plaies, d’en mesurer la grandeur. Dans la mêlée, elles portent aux combattants des aliments et des exhortations.

On a vu des armées chancelantes, rompues, que des femmes ont ramenées à la charge par leurs reproches et leurs prières. Les Germains redoutent plus la captivité pour leurs femmes que pour eux-mêmes. Ce sentiment est tel que les cités dont la foi est la mieux assurée sont celles dont on a exigé, parmi les otages, quelques filles de distinction.

Le respect pour la femme est grand. Les Germains croient voir en elles quelque chose de divin et de prophétique. Velléda passait pour avoir prédit l’empire à Vespasien. Aurinia et beaucoup d’autres ont été adorées comme des divinités.

Diverses coutumes semblent rappeler un âge où la mère était le centre et l’autorité de la famille, le régime social auquel on a donné le nom de matriarcat. Ainsi le fils d’une sœur est aussi cher à son oncle qu’à son père. Quelques-uns même pensent que le premier de ces liens est le plus saint et le plus étroit, à ce point que, pour otages, ils préfèrent des neveux, comme inspirant un attachement plus fort et intéressant la famille par plus d’endroits. Toutefois l’autorité paternelle a prévalu ; l’héritage va aux fils d’abord (on ne fait pas de testament), ensuite aux frères, aux oncles paternels et maternels. Le mariage est monogame, comme dans le reste du monde indo-européen. Les chefs seuls prennent parfois plusieurs femmes, non par esprit de débauche, mais par politique, quand plusieurs rois sollicitent leur alliance. Le tempérament est vigoureux, mais assez tardif, et chaste. On ne hâte pas les mariages. Les filles ont, comme les garçons, la vigueur de l’âge, la hauteur de la taille, et, d’un couple assorti et robuste, naissent des enfants vigoureux, allaités par leur mère. Borner le nombre des enfants ou tuer quelqu’un des nouveau-nés est flétri comme un crime.

Ce n’est pas la femme, c’est l’homme qui apporte la dot — aux parents, comme nous le savons, et comme Tacite évite de le dire. Il s’agit ici du mariage par achat, qui a succédé au rapt pur et simple — . Le père et la mère assistent à l’entrevue, ainsi que les proches, et agréent des présents, non de ces frivolités qui charment les Romaines, ni rien dont puisse se parer la nouvelle épouse, mais des bœufs attelés, un cheval tout bridé, un bouclier avec la framée et le glaive, comme pour avertir la femme qu’elle vient partager des travaux ou des périls, et que sa loi, dans la paix comme dans les combats, est de souffrir et d’oser autant que son époux.

Aussi vivent-elles sous la garde de la chasteté, loin des spectacles qui corrompent les mœurs, loin des festins qui allument les passions. « Hommes et femmes ignorent également les mystérieuses correspondances. » — Je le crois volontiers, car ils ne savaient pas écrire ; — mais Tacite ne veut ici que donner sur les ongles à ses contemporains : « Très peu d’adultères se commettent dans une nation si nombreuse » (à quoi bon? tous les Germains étaient taillés sur le même modèle), « et le châtiment qui suit de près la faute est abandonné au mari. » On rase la coupable, on la dépouille et, en présence des parents, le mari la chasse de la maison et la poursuit à coups de verges par toute la bourgade. « La limite est posée une fois pour toutes à l’espérance et au vœu de l’épouse ; elle prend un seul époux, comme elle a un seul corps, une seule vie, afin que sa pensée ne voie rien au delà, que son cœur ne soit tenté d’aucun désir nouveau, qu’elle aime son mariage et non pas son mari. »

En somme, toutes ces vertus prétendues, ou assurément fort exagérées, et qui conviennent à la simplicité monotone de la vie barbare, n’étaient guère faites pour rendre les Germains aimables, ni enviables. La thèse du moraliste n’avait donc que peu de chances de succès. Il faut avoir soin de la mettre de côté lorsqu’on veut apprécier tout ce que renferme de sérieux et de vrai le livre de Tacite.

Au nombre des indications les plus curieuses, il faut compter les notes qu’il nous a conservées sur les croyances, les dieux, le culte, soit communs à la masse germanique, soit particuliers à quelque tribu plus ou moins sauvage.

« Les Germains — nous dit Tacite (nous donnons le morceau tout entier avant d’en expliquer quelques points) — les Germains célèbrent en des hymnes antiques — leurs seules annales — le dieu Tuiston (ou mieux Tuisco), né de la Terre, et son fils Mannus, comme les pères et les fondateurs de la nation. Ils donnent à Mannus trois fils dont les noms passèrent aux Ingaevons, les plus voisins de l’Océan, aux Hirminons, qui habitent l’intérieur, et aux Istaevons ou Iscaivons. Plusieurs, usant du privilège que donne l’éloignement des temps, multiplient les enfants du dieu et les peuples dont la nation se compose, et qu’ils appellent Marses, Gambriviens, Suèves, Vandales.. Ce sont même là, selon eux, les anciens et véritables noms. Quant à celui de Germains, il est moderne et ajouté depuis peu, » il semble avoir été borné d’abord à l’une des tribus qui franchirent le Rhin et s’établirent vers Tongres.

Nous sommes ici en présence du culte bien connu des ancêtres et des héros éponymes. C’est par une généalogie analogue que débutent les traditions helléniques : Deucalion et Pyrrha, Graïkos ou Hellèn, Æolos, Akhaios, Iôn et Dôros, etc. Tuisto, qui a totalement disparu de la mythologie postérieure, est digne d’intérêt à plusieurs égards. Il paraît bien difficile de le séparer de Deutsch, Teotisc, le nom même adopté par les descendants des Teutons, de la Tota ou Teuta, la nation divinisée. Aussitôt se présente à l’esprit, comme pendant, frère ou variante, le Toutatis, le Teutatès des Celtes. Les suffixes diffèrent, les radicaux et les idées sont les mêmes. Jacob Grimm et Max Müller proposent une autre explication. Pour eux Tui-sco serait altéré de Tiu-sco, et, rappelant les formes scandinaves Tyr-r, tiw-e, tiw-ar (les dieux), le Tiw-es-daeg , Tuesday (mardi) des Anglo-Saxons, le vieux haut-allemand Zio, Ziestac ; ils assimilent le dieu suprême des anciens Germains à Zeus, à Dyaus, qui serait ici à la fois le Ciel et Mars et le premier ancêtre. Remarquez aussi que Tuisco, fils et époux de la Terre, répondrait parfaitement à l’Ouranos d’Hésiode.

Mannus (Mennisk, Menschi), l’homme, fait penser à Manou et aux origines aryennes . Lui aussi a disparu du panthéon, mais il est resté dans la langue et les dialectes sous diverses formes : j’en cite une seule : Ger-man, probablement prononciation gauloise de Wehr-man, homme de guerre. Qu’est-ce maintenant que ces Ing-aivons, Ist-aivons (ou Isk), noms formés comme l’archaïque Akh-aivos ? Au point de vue linguistique, nous l’ignorons ; sans doute, des descendants de personnages mythiques, Yng, Ista ou Ist. Le champ Idista-visus où Germanicus remporta une célèbre victoire, pourrait bien avoir été le centre des Idistaves, Iistaivons, lorsque ces peuples s’avançaient vers le Rhin et la Meuse dont ils paraissent avoir garni les rives, Hesse, Gueldre, Limbourg. Les aînés, les Ingaivons, Cimbres, Teutons, Chauques, Frisons, Bataves, bordaient l’Océan, suivis le long de la Baltique par les Angles, Eudoses, Vandales, Hérules, etc. Rappelons Ingomer, fils de Clovis, Ingunde, Ingolstadt, Ingeburge, etc. Les Irminons, c’est la masse suévique, Suèves par excellence ou Semnons : Hermundures, Marcomans, Quades, le long du Danube et dans la forêt, plus au nord, Cattes et Chérusques. Les Irminons se laissent deviner un peu plus sur le nom qu’ils avaient adopté. C’était le nom de leur dieu solaire, IrminSaüle, Aryaman-Sourya, et celui même du héros chérusque Arminius, Ermann.(Rapprochez encore Hermun-dures.)

« Les Germains disent aussi, lisons-nous plus loin, avoir eu un Hercule qu’ils célèbrent, en marchant au combat, comme le premier des hommes braves… Drusus avait entendu parler des Colonnes (sans doute quelque pierre levée) dressées par cet Hercule du Nord sur les rivages de la Frise ; mais il dut s’arrêter devant la résistance de l’Océan, et depuis, nul n’a tenté de les voir. » Il est probable que les Germains avaient confondu le dieu gréco-romain, phénicien peut-être, avec une de leurs divinités armée de l’arc ou de la massue. Ils croient encore qu’Ulysse a pénétré dans leurs mers et fondé sur les bords du Rhin Asciburgium (c. f. Iscaivons), où l’on a trouvé un autel dédié à Ulysse et à Laerte. Strabon consigne un fait analogue dans sa description de l’Espagne. Ce qu’ajoute Tacite sur des monuments ou tumulus avec inscriptions grecques, aux confins de la Germanie et de la Rhétie, peut se rapporter aux Celtes ou à quelque tribu hellène égarée dans la vallée du Danube.

Une mention moins suspecte, bien que fort obscure, est celle d’un Mercure germanique, sans doute identique au Mercure gaulois. « Parmi les dieux, dit Tacite, ils honorent surtout Mercure et lui sacrifient à de certains jours des victimes humaines ; des animaux déterminés sont consacrés et offerts à Hercule et à Mars. Une partie des Suèves sacrifie à Isis : la déesse a pour attribut une barque liburnienne. » Est-ce un culte emprunté ? Nullement. Tacite a été trompé par la barque analogue à la bari des Égyptiens. La prétendue Isis n’est autre que Hertha, la Terre. Mars est Tuisco. Mais qui est Mercure ? On suppose qu’en Gaule il s’appelait Lug. Ici on pourrait invoquer une confusion de son entre Hermès et Hermod, un des fils d’Odin. Au reste, le nom anglais du mercredi, Wednesday, permet d’affirmer que le Mercure germanique est bien Wotan, Odin lui-même. Cette assimilation n’en demeure pas moins étrange et inexpliquée.

Les Germains n’enferment pas leurs dieux dans des murailles ; ils ne croient pas, dit le grave historien, « qu’une représentation humaine soit digne de la grandeur des dieux ». C’est-à-dire qu’ils ne savent ni bâtir des temples, ni tailler des statues. Ils consacrent les bois et les forêts (ainsi ont fait les Celtes), et donnent des noms divins à ce mystère visible seulement aux yeux de la foi, quod sola reverentia vident. Ce culte des arbres et des plantes a laissé des traces innombrables dans les superstitions allemandes recueillies par Mannhardt (Baumkultus). C’est au fond des forêts sacrées qu’ils gardent et qu’ils vont chercher les images d’animaux dont ils font leurs enseignes de guerre. Là aussi, à moins de présage contraire, se tiennent leurs assemblées de nouvelle et de pleine lune ; car ils comptent par nuits ainsi que les Gaulois, disant que la nuit amène le jour. Cet usage, mentionné en passant, implique cela va sans dire — un très ancien culte de la lune et de la nuit. La croyance à une vie future, attestée par le culte des ancêtres, se montre aussi dans les coutumes funéraires. Le corps des hommes illustres est brûlé avec des bois spécialement destinés aux funérailles. Chacun emporte dans l’autre monde ses armes, souvent son cheval, consumés sur le même bûcher.

Le feu, Vulcanus, comme disait César, n’attaque en rien l’incorruptible double qui survit à la substance corporelle ; il lui rend la liberté et le revêt d’un éclat divin. Le feu est aussi un des anciens dieux de la race ; c’est à lui que les Cimbres sacrifiaient les prisonniers. « Des prêtresses, reconnaissablés à leurs cheveux blancs, à leurs robes blanches (Strabon), allaient, le glaive en main, au-devant des captifs, et, après les avoir couronnés de fleurs, les conduisaient vers le grand bassin de cuivre, pouvant contenir vingt amphores, contre lequel était appliquée une sorte d’échelle. L’une d’elles y montait, et, tirant après soi chaque prisonnier jusqu’à la hauteur du bassin, elle l’égorgeait, prononçant telle ou telle prédiction, d’après la manière dont le sang avait jailli dans le chaudron. Les autres ouvraient les victimes et, d’après les entrailles, promettaient ou refusaient la victoire. »

Nul peuple, plus que les Germains, n’observe les présages, les auspices et les sorts, le chant et le vol des oiseaux. Un augure particulier à cette race, est celui des chevaux. « Des chevaux blancs, purs de toute œuvre servile, sont nourris aux frais du peuple dans les bois sacrés ; sur un char sacré, le prêtre et le roi ou prince de la cité les suivent, observant leurs hennissements et frémissements. Point de présage plus respecté : ces chevaux sont tenus pour ministres conscients de la divinité. »

Autre augure de guerre. On met aux prises avec un champion élu quelque prisonnier de la nation ennemie ; chacun n’emploie dans le combat que ses armes nationales ; le résultat de la lutte est un pronostic infaillible. Enfin Tacite décrit un curieux procédé, qui n’a pas encore disparu des superstitions populaires, et qui ressemble à certaines pratiques notées chez les Scythes par Hérodote. On coupe en morceaux une branche d’arbre fruitier, on y fait diverses marques, puis on les répand au hasard sur une étoffe blanche. Si la consultation est nationale, c’est le prêtre de la cité qui opère ; si elle est privée, c’est le père de famille, qui, invoquant les dieux, lève trois fois chaque bâton et interprète la marque gravée dans le bois ou l’écorce. Si la réponse est jugée défavorable, aucune consultation sur le même objet ne peut avoir lieu ce jour-là ; si elle est affirmative, l’auspice est acquis et doit être accompli.

L’autorité du prêtre est considérable. Elle n’est pas seulement religieuse, mais, comme en Gaule, judiciaire, même politique ; il semble bien que chaque cité, c’est-à-dire chaque nation, ait son prêtre, chargé de présider, d’ouvrir au moins les sessions irrégulières de l’assemblée générale, de maintenir l’ordre et de commander le silence. Les rois, princes et orateurs ne prennent la parole qu’après l’accomplissement de ces formalités. Les prêtres seuls ont le droit de blâme; punir, emprisonner, lier et battre de verges le coupable est un office qui leur est dévolu et dont ils s’acquittent au nom et par le commandement du dieu toujours présent au milieu des guerriers.

Aux traits qu’on peut appeler généraux et qui appartiennent, non seulement aux populations dites germaniques éparses le long du Danube entre l’Euxin et la mer du Nord, mais bien à toutes les tribus indo-européennes qui n’ont point dépassé le stade barbare, l’historien ajoute quelques détails précieux, relatifs à diverses nations. « A certains jours fixes, les Semnons (Brandebourg, Silésie, Misnie), qui se disent les plus antiques et les plus nobles des Suèves, se réunissent, par délégués, dans une forêt que consacrent les augures de leurs pères et une terreur immémoriale. » Le meurtre public d’un homme est le prélude sacramentel de leurs rites barbares. Le nombre des victimes était sans doute plus considérable jadis.

Personne en effet n’entre dans ce bois sans être entouré de liens, comme pour se remettre aux mains du dieu ou de la déesse et en avouer la puissance absolue. Tacite emploie ici des expressions singulières et obscures : quasi minor (capite minutus) et potestatem numinis prœ se ferens — comme frappé de déchéance et portant les marques, le symbole du pouvoir divin. — Celui qui tombe, en cette forêt, n’a pas le droit de se relever ; il n’en peut sortir qu’en rampant, en roulant sur lui-même. Les Suèves considèrent ce lieu comme le berceau de leur race. C’est bien là, en effet, qu’ont dû soit se multiplier, soit s’agglomérer durant de longs siècles, les cent familles d’où sont issues les cent nations suéviques, avant de former cette grande houle dont l’approche a déterminé l’exode des Cimbres, des Teutons, des Helvètes de la Bohême, et dont l’avant-garde atteignait et dépassait le Rhin vers l’an 60 avant notre ère.

Les peuples baltiques (Holstein et Mecklembourg), Reudinges, Avions, Angles, Varins, Eudoses, Suardons, Nuithons, tous protégés par des fleuves et des forêts, adorent en commun la Terre-mère, Hertha (Erde, Earth). Ils pensent qu’elle intervient dans les affaires humaines.

« Il y a, dans une île de l’Océan (Rugen ?), un bois sacré, castum nemus, et dans ce bois un char, dédié à la Terre, couvert d’un voile ; seul le prêtre en approche ; il sait quand la déesse est présente en son sanctuaire; il suit avec respect le char où elle réside, traînée par des vaches. Peuple heureux, village favorisé, celui qu’elle daigne honorer de sa venue et dont elle semble accepter l’hospitalité ! Là où elle réside, la guerre s’arrête, tout fer est enfermé, les prises d’armes suspendues. Là règnent la paix et le repos, jusqu’à ce que, rassasiée du commerce des mortels, elle soit ramenée par le prêtre à sa demeure secrète. »

Bientôt, char, voiles, et la divinité elle-même (? quelque souche habillée) sont baignés, lavés dans un lac très saint. Puis les ministres de cette purification sont incontinent noyés dans ces eaux redoutables. « Quelle terreur mystérieuse, s’écrie Tacite, quelle sainte ignorance environnent l’être dont la vue seule anéantit, ce numen qui ne se dévoile à des yeux mortels que pour les frapper d’une cécité soudaine et les plonger dans l’éternelle nuit ! »

Le long du Danube supérieur et moyen, habitent les Hermundures, pacifiques et presque civilisés (entre la Saale de Franconie et les monts de la Bohême), puis les Narisques et les puissants Marcomans (cavaliers) qui ont pris la Bohême aux Boïens, et les Quades, non indignes de leurs voisins ; les deux peuples reconnaissant l’autorité royale des familles de Maroboduus et de Tuder. C’est là, dit l’historien, « comme le front de la Germanie en descendant le Danube » ; non pas que des hordes mêlées de Germains ne flottent en arrière des Marcomans, entre les Quades et les Sarmates, mais, sauvages ou asservies, réfugiées dans les gorges de la Transylvanie : les Marsignes et les Buriens, qui par la langue et la coiffure en chignon ressemblent aux Suèves ; les Oses, qui parlent pannonien ; les Gothins, qui parlent gaulois et qui exploitent les mines de fer. Ces derniers payent tribut soit aux Quades, soit aux Sarmates.

Plus loin encore, au delà des Karpathes, sur la haute Vistule, on place les Lygiens : Aries, Helvécones, Manimes, Elysiens, Naharvales ; enfin, près des bouches du Danube, les Peucins, nommés aussi Bastarnes, si mêlés à des Vénèdes, à des Sarmates, qu’on ne sait s’il faut les rallier à la grande traînée suévique. Tous végètent dans la malpropreté, tous ont l’habillement, les habitations temporaires, mais fixes, des Germains. Leur parler semble teutonique. Leurs croyances paraissent se rattacher au culte des forêts. Chez les Naharvales, on montre un bois consacré dès longtemps par la religion. Le soin du culte est remis à un prêtre en habit de femme. Ce culte s’adresse à des dieux qui, dans l’olympe romain, seraient Castor et Pollux ; ce sont bien deux frères, nommés Alci, tous deux jeunes, qu’on adore.

On ne peut voir dans ces fantômes de peuples à jamais effacés de la carte, en ces farouches Arii, rôdeurs de nuit, peints en noir, qui répandent l’épouvante, que les résidus des invasions, les traînards ou les avant-gardes des Celtes, des Germains et des Slaves qui, sous le nom de Jazyges, ont déjà pénétré entre la Theiss et le Danube, et qui, sous le nom de Sarmates et de Vénèdes, occupent déjà une partie de la Pologne.

Je serais tenté de dire que l’intérêt, dans le livre de Tacite, croît à mesure que diminue la certitude. Ce que l’auteur entrevoit au delà des frontières, peu précises, de sa Germanie, ce sont les acteurs et les dangers d’un prochain avenir, des masses inconnues qui emporteront à la fois civilisation vieillie, barbarie relative, dans un tourbillon furieux. Derrière les. Ruges et les Lémoves, qui semblent occuper la Prusse, derrière ce rideau de Lygiens et de Bastarnes, il y a les Sarmates qui passent leur vie à cheval ou en char et les Wendes ; il y a les Gothons, que Tacite signale comme plus soumis aux rois que les Germains ; il y a les animaux à tête humaine, les Helluses et les Oxions, les Huns sans doute, et ces Fennes (Finnois), qui occupent le plus infime degré de l’échelle sociale. « Chez eux, point d’armes, ni de chevaux, ni de foyer domestique. Pour nourriture l’herbe, pour vêtement des peaux, la terre pour lit. Toute leur défense est dans leurs flèches, qu’ils arment, n’ayant pas de fer, avec des os pointus. La même chasse nourrit les femmes comme les hommes. Les enfants n’ont d’autre abri contre la pluie et les bêtes féroces que les branches entrelacées de quelque arbre, où les mères les cachent. C’est là, dans le fourré, que les jeunes gens se rallient et que se retirent les vieillards. Ils n’ont rien, ni la terre ni le ciel ne leur peuvent rien prendre. N’ayant à redouter ni les dieux ni les hommes, ils sont arrivés à ce point difficile de n’avoir pas même l’idée de former un vœu. » Combien Tacite s’abusait, nous le savons de reste ; mais son erreur est ingénieuse ; ailleurs, elle serait vérité (pour les Veddahs de Ceylan et les Andamanites).

Tacite place près des Fennes, sur les bords de la Baltique orientale, vers le Niémen, des Æstyens qui combattent plus avec des bâtons qu’avec le fer, qui cultivent le blé avec moins de paresse que n’en font paraître les Germains, et qui s’attachent spécialement à la recherche et au trafic de l’ambre, gless (serait-ce l’allemand glass ?) Qui sont ces Æstyens ? des Gaulois? leur langage, dit-on, ressemble au parler britannique ; et leur enseigne de guerre est un sanglier ; des Germains ? ils ont les usages et rhabillement des Suèves, Plus probablement des Finnois (Estes) ou des Lettons. Ils adorent, dit Tacite, et rien de plus probable, Matrem deum, la Terre mère des dieux.

On commençait, au temps de Trajan, à soupçonner les pays du Nord, au delà de la Chersonèse cimbrique. « Dans l’Océan même sont situées les cités des Suiones (les Suédois), aussi puissantes par leurs flottes qu’abondantes en armes et en guerriers. Leurs vaisseaux diffèrent des nôtres, en ce que, les deux extrémités se terminant en proue, ils se présentent toujours dans une position commode pour toucher le rivage. Ces peuples sont soumis au pouvoir d’un seul (ainsi que les Gothons). » Mais, il faut terminer, là où Tacite voit la limite du monde : « Au delà des Suiones, lui a-t-on raconté, est une autre mer, dormante et presque immobile ; on croit que c’est la ceinture et la borne du monde, parce que les dernières clartés du soleil couchant y durent jusqu’au lever de cet astre, et jettent assez de lumière pour effacer les étoiles. La crédulité ajoute qu’on entend même le bruit qu’il fait en sortant de l’onde, qu’on aperçoit la forme de ses chevaux, les rayons de sa tête.

« La vérité est que la nature finit en ces lieux. »

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24 avril 2012 - Posted by | lecture | , , ,

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