Occidere's Blog

Laisse les morts enterrer leurs morts

A un disciple qui voulait suivre Jésus, mais en lui demandant de lui permettre d’abord d’aller enterrer son père, Jésus lui répondit : « Suis-moi, et laisse les morts enterrer leurs morts. » (Matthieu 8,22 – Luc 9,60)

Dans d’autres versions, cette réponse est traduite comme ceci : « Laisse les morts honorer leurs morts. » Ou encore « Laisse les morts ensevelir leurs morts. »

Cette réponse, étonnante et provocatrice, ne semble donner à l’homme que deux choix de vie possible :

– soit accomplir ses obligations, dont la moindre n’est pas d’honorer son père et sa mère, et par là signer son arrêt de mort, car tôt ou tard on prendra la place de celui qu’on enterre,

– soit suivre Jésus, et par là être appelé hors de la mort, à la vie, car le Royaume de Dieu est le Royaume des Vivants.

Cette réponse de Jésus est déconcertante, car il semblerait que l’on soit déjà mort en ne répondant pas à son appel.

Quel est donc l ‘enseignement que nous livre Jésus sur la vie et sur la mort ? Quel est cet enseignement dont le christianisme est le garant ? Car, des notions que la religion m’a laissée, c’est celle de la résurrection de la chair à la fin des temps qui m’est restée.

La réponse à cette question nous est donné par Boris Mouravieff dans son livre Gnôsis.

Auparavant il est nécessaire d’expliciter la constitution de l’homme, d’après l’enseignement de Mouravieff.

L’homme extérieur est constitué de trois couches : le corps physique, le corps psychique et le corps spirituel. Si le corps physique ne pose aucun problème à l’entendement, il faut définir ce qu’est le corps psychique : il s’agit de tout ce qui est constitutif de la personnalité, c’est à dire centre émotionnel, intellectuel, mémoire, etc. Mouravieff parle de Moi du Corps et du Moi de la Personnalité. Ce dernier est constitué d’un nombre important de petits moi formant différents groupes et donnant l’impression d’une continuité. Ce qu’il se passe dans le corps psychique est constamment en mouvement, c’est une de ses caractéristiques (pensées, sentiments, passions, sensations ).

La troisième couche est le corps spirituel. Mouravieff la désigne comme le Moi Réel. Elle n’est pas donnée lors de la naissance, c’est une instance à développer. Elle existe en potentialité et ne fonctionne que de façon passive. Elle est en quelque sorte oubliée devant le Moi Psychique. C’est pourtant elle qui nous relie au divin. La conscience de son Moi Réel n’est qu’une possibilité, et la saisir c’est élever le niveau de son être. Il s’agit de créer un lien permanent avec cette instance et ainsi rétablir la Trinité en l’homme. Lorsque ce lien est crée, le Moi Réel devient actif ; le corps et la personnalité se soumettent alors à lui. « Ce renversement de situation se caractérise en particulier par une attitude inversée de l’homme vis-à-vis de ses propres désirs. Alors qu’auparavant, il voulait ce dont il avait envie, il a désormais envie de ce qu’il a voulu. »

Il y a ainsi trois types d’homme : l’homme 1, dont le centre de gravité psychique réside dans le centre moteur, l’homme 2, dont le centre de gravité réside dans le centre émotif, et l’homme 3, dont le centre de gravité réside dans le centre intellectuel. L’homme 4 est celui pour lequel le processus de retournement commence à s’opérer. Et en franchissant Le Seuil, il devient homme 5. Pour mémoire, il existe encore les hommes 6 à 9, mais ceci est une autre histoire !

Revenons à la mort, revenons à la vie. Nous sommes maintenant à même de comprendre ce qu’enseigne Mouravieff.

En reprenant la parole de Saint Paul : « voici, je vous dis un mystère, nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons changés » (ICorinthiens, XV, 51) , Mouravieff nous dit que tous les hommes extérieurs, comme ceux qui ont atteint aux niveaux 5, 6 et 7, seront tôt ou tard appelés à quitter leur corps physiques. Mais avec cette différence que ces derniers le feront comme on abandonne un vieux vêtement pour en prendre un autre, alors que pour l’homme 1, 2, ou 3, la mort du corps physique entraîne la décomposition de sa personnalité-foetus. La mort est un avortement astral. Le salut vient avec la deuxième Naissance, lorsque la Personnalité, entièrement développée et née, se joint indissolublement au Moi réel pour former une individualité. Une fois née, l’individualité ne dépend plus du corps physique, pas plus que l’enfant au monde ne meurt, même si sa naissance à coûté la vie à la mère. C’est à cela que l’Apôtre fait allusion en disant que nous ne mourrons pas tous.

Le Christ a dit que le Royaume de Dieu est interdit à ceux qui ne sont pas parvenus à la deuxième naissance. Jean III,3 : « En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. Nicodème lui dit : Comment un homme pourrait-il naître s’il est vieux ? Pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître ? Jésus lui répondit : En vérité, en vérité, je te le dis: nul, s’il ne naît d’eau et d’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne t’étonne pas si je t’ai dit: Il vous faut naître d’en haut ».
Pour résumer la doctrine présentée par Mouravieff, lorsque l’homme meurt, il y a destruction du corps physique, c’est la première mort. Puis survient la deuxième mort, celle du Moi Personnel. S’il n’y a pas eu de deuxième naissance, c’est à dire une jonction intime entre la Personnalité et le Moi Réel, la mort est définitive. Amen. C’est l’avortement du fœtus-astral dont le corps est la matrice. Par la deuxième naissance nous échappons à la deuxième mort.

Pour mémoire, le développement du Corps Astral n’est pas une fin en soi. Mouravieff développe aussi l’idée d’un Corps Mental.

Source : Boris Mouravieff, Gnôsis, Etude et Commentaires sur la tradition ésotérique de l’orthodoxie orientale, tome 1, disponible sur le net en pdf.

Commentaires

 « Plutôt mourir que de disparaître ».

le Kurgan, dans le film Highlander

Cette doctrine n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une tradition.

  • On la retrouve chez Eugraph Kovalevsky, ou Evêque Jean de Saint-Denis, fondateur de l’Église orthodoxe de France. Il a restauré l’ancien rite des Gaules, pratiqué en occident avant les réformes de Charlemagne. Dans son ouvrage, La quête de l’Esprit, il développe une anthropologie chrétienne où l’homme est une trinité : corps-âme-esprit. La pensée française est, d’après lui, entrée dans une vision duelle de l’homme, esprit-corps par exemple, et la version triadique a disparu. Il cite également l’apôtre Paul : « Si vous vous détachez de Dieu, vous mourrez ». Car si l’esprit ne s’alimente pas de Dieu, il se nourrit par l’âme, l’âme par le corps et le corps, n’ayant plus rien, incline vers la destruction, la mort, le néant. Le retournement constitue une métanoïa.
  • Michel Fromaget, Docteur ès Lettres et Sciences humaines , a repris également, dans un certain nombre d’ouvrages, la doctrine trinitaire de l’homme, corps-âme-esprit, et une anthropologie qui connaît deux naissances, deux vies et deux morts.
  • Voir aussi l’anthropologie chrétienne selon la tradition orthodoxe par père Philippe Dautais

 

4883120_large

Publicités

12 novembre 2014 - Posted by | religion |

Un commentaire »

  1. Je suis un lecteur régulier de tes articles, j’aime la précision et le ton de tes articles

    Commentaire par générer du trafic | 13 novembre 2014 | Réponse


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :