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Michel-Ange et la chapelle des Médicis

Chapelle des Médicis

Par Isabelle Ohmann , Revue Acropolis

Les tombeaux de Julien et Laurent de Médicis restent une des plus belles réalisations de Michel-Ange et dévoilent le rapport avec la mort et l’au-delà.

La nouvelle sacristie de l’église San Lorenzo à Florence, fut réalisée par Michel-Ange entre 1518 et 1534, sur un plan général inspiré de Brunelleschi. Elle contient les restes des deux célèbres Médicis, Laurent le Magnifique et son frère Julien assassiné lors de la conjuration des Pazzi. Ils reposent sous une pierre tombale toute simple que l’on remarque à peine dans la chapelle, derrière la Vierge à l’enfant. Les deux magnifiques tombeaux, objets de cette chapelle funéraires, et ornés des sculptures de Michel-Ange, recueillent les restes de deux autres Médicis, portant le même prénom que les précédents : Julien, fils de Laurent le Magnifique, duc de Nemours, et Laurent, son neveu, duc d’Urbino.

Les tombeaux se présentent face à face. L’architecture générale dégage trois plans : le plan supérieur, qui contient des trônes vides, symboles de la présence du divin ; le plan intermédiaire avec une représentation allégorique des ducs : d’un côté Julien, de l’autre Laurent. Puis sous les effigies des ducs, les tombeaux surmontés chacun de deux personnages couchés dos à dos (un homme et une femme), qui contrastent fortement entre eux. Ce sont les allégories des quatre moments de la journée et de la nuit, qui personnifient la fuite du temps : le Jour et la Nuit, l’Aurore et le Crépuscule.

Les effigies des ducs

Les statues de Julien et Laurent ne sont pas des portraits réalistes mais des allégories.

Julien est représenté tête nue, le regard tourné vers le côté gauche. Il est vêtu d’une armure, à la manière antique, tenant un bâton de commandement entre ses mains, ce qui lui donne une allure martiale. Il est assis dans une position dynamique, les jambes décalées, comme s’il allait se lever. Il représente la vie active, toute tensionnée et pleine d’ardeur.

Face à lui, Laurent est représenté coiffé d’un casque qui pourrait être la gueule d’un animal, accoudé sur une boîte, la main devant la bouche dans une attitude songeuse, le regard tourné vers sa droite. Ses jambes croisées accentuent sa posture statique et son attitude introvertie contraste avec celle de Julien. Il symbolise la vie contemplative, accentuée par la présence de la boîte qui contient une chauve-souris, symbole de la mélancolie saturnienne et de l’hermétisme, c’est-à-dire du sens caché des choses. C’est aussi la boîte qui contient symboliquement les trésors de l’expérience accumulée durant la vie active.

Les allégories du temps

Sous la statue de Julien, deux personnages symbolisent l’alternance du Jour et de la Nuit.

La Nuit est la Mère primordiale, génératrice de tous les principes cosmiques. Elle est liée à l’élément souterrain et aquatique, matrice de toute chose.

Elle est symbolisée par une femme repliée sur elle-même, la tête penchée et les yeux clos, qui exprime la parenté de la nuit avec le tempérament mélancolique. Elle est coiffée d’un diadème portant une étoile dans un croissant de lune. Son pied repose sur une botte de pavots et sa couche abrite un masque de théâtre grimaçant, et une chouette est blottie sous sa jambe gauche repliée.

Eros et Thanatos

Plusieurs de ces symboles sont associés à la nuit et au sommeil : la chouette, oiseau nocturne, les pavots qui sont les fleurs du sommeil. Ils évoquent Thanatos et Eros, les deux fils jumeaux de la Nuit. Le masque accentue la dimension dramatique du temps nocturne, monde de cauchemars, où les rêves sont comme les scènes d’un théâtre effrayant. La chouette est un emblème de la connaissance hermétique : cet oiseau qui voit dans la nuit symbolise le savoir occulte, qui permet la perception des secrets de la Nature. Dans la Renaissance néo-platonicienne, la nuit retrouve ses attributs de Mère primordiale et est également associée à la figure de Léda. Selon la doctrine orphique et pythagoricienne, Léda et la Nuit sont la personnification d’un double visage de la mort, dans lequel joie et douleur se rencontrent.

Le Jour est représenté sous les traits d’un homme fort et viril, symbole de la pleine manifestation de l’énergie solaire, dispensatrice de force et de vitalité. C’est un homme en torsion, dans un mouvement spiralé, dont le visage est à peine dégrossi. Sa posture semble compléter celle de la Nuit.

Sous l’effigie de Laurent, deux allégories quoique également dramatiques, sont moins tendues que celles du tombeau de Julien.

Crépuscule et Aurore

Le Crépuscule, passage de la lumière solaire aux ténèbres nocturnes, symbolise la réflexion intérieure ou est l’allégorie de la vieillesse.

Il est représenté par un homme d’âge mûr, allongé, jambes croisées, dont le visage n’est pas achevé. Il est adossé à la vierge Aurore, selon le mythe d’Éos et Tithon auquel les dieux avaient accordé l’immortalité, mais non la jeunesse éternelle.

L’Aurore est dans la religion chrétienne l’emblème de la renaissance et de l’illumination spirituelle, signe de la victoire de la lumière divine sur les ténèbres démoniaques. Elle est représentée par une femme coiffée d’un voile qui se déroule, accoudée sur un bras, l’autre bras replié sur l’épaule, les yeux ouverts et la bouche entrouverte, les sourcils légèrement froncés donnant à son visage une impression de tristesse. Un lien serré sous sa poitrine la retient prisonnière.

Dramatiques, ces quatre visages du temps sont positionnés en équilibre instable sur les tombeaux, évoquant la dimension tragique du temps qui passe et l’instabilité qu’il engendre.

Tous les personnages de la chapelle n’ont ni pupille ni iris, ce qui n’était pas un usage chez Michel- Ange, évoquant le temps aveugle, n’épargnant personne.

La résurrection

Sur le mur sud, vers lequel convergent les regards des ducs, et où aurait du être le double tombeau de Julien et Laurent le Magnifique, se trouve la Vierge à l’enfant. Elle est représentée assise, à la manière d’une Piéta, tenant de sa main gauche sur ses genoux, l’enfant Jésus complètement retourné vers elle, en quête de protection et de nourriture. C’est une madone au regard triste, la tête penchée, dans une attitude générale très effacée. Elle est l’image de pureté et de bonté, symbole de l’élévation spirituelle et symbolise l’idéal de vie. Elle capte les regards car elle est l’aspiration de l’âme tout entière.

Derrière elle, couronnant le double tombeau dans le projet initial de Michel Ange, aurait du figurer une fresque représentant la résurrection du Christ. En effet, conformément à la tradition catholique, qui exigeait que toute chapelle soit dédiée, celle-ci l’était au mystère de la résurrection.

L’idée maîtresse de la chapelle relie le temps qui passe et qui conduit à la mort, et la résurrection qui apporte l’immortalité. Sur les socles des sarcophages auraient dû être représentés les dieux fluviaux, dont on peut voir un fragment du modèle à la casa Buonarroti à Florence. Il s’agit sans doute des quatre fleuves des enfers, qui auraient fait pendant au registre supérieur, symbolisant les forces souterraines, porteuses de chaos, mais aussi de régénération, renforçant la promesse de résurrection, c’est-à-dire de la victoire définitive sur le temps.

=> Iconographie

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4 décembre 2014 - Posted by | mythes |

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