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L’épopée de Gilgamesh

Source : L’épopée de Gilgamesh

L’ÉPOPÉE DE GILGAMESH

Texte établi d’après les fragments

babyloniens, assyriens, hittites et hourites

traduit de l’arabe et adapté par

ABED AZRIÉ

INTRODUCTION

Au début du Ve millénaire, en basse Mésopotamie, la mer s’est retirée, libérant des terres nouvelles.

Venus l’on ne sait d’où arrivent les Sumériens qui, dans la vallée des deux fleuves, aux rives du Tigre et de l’Euphrate, se sédentarisent. Ils sont pasteurs, agriculteurs, et, comme leurs contemporains égyptiens, maîtrisent cette technique sans laquelle nulle vie ne serait possible: l’irrigation.

Mille ans plus tard, ils ont bâti des temples et des palais. Kish, Our, Ourouk, leurs cités-états, dessinent sur l’horizon doré l’ombre rose de leurs colossaux murs de brique. Et, pour organiser l’économie d’abord, codifier la religion, enregistrer les lois et fixer une tradition orale déjà foisonnante de mythes, de récits épiques, de poèmes, ils ont inventé l’écriture idéographique. Le plus ancien écrit du monde a d’ailleurs été retrouvé dans les ruines d’Ourouk. Il date de la seconde moitié du IVe millénaire.

carte sumer

Les premiers mythes d’Ourouk se perdent déjà dans la nuit des temps. Ils racontent la naissance des dieux et des hommes, la vie, la mort, le bien, le mal et le déluge dont la Bible reprendra le thème deux mille ans plus tard.

C’est à partir du déluge que les Sumériens font commencer leur histoire et datent leurs dynasties.

La première fut celle de Kish. La deuxième celle d’Ourouk. Le cinquième roi de cette deuxième dynastie, disent les tablettes, fut Gilgamesh qui bâtit les murailles d’Ourouk et régna cent vingt six années. Gilgamesh allait devenir le premier héros-fondateur et inspirer la première épopée qui nous soit parvenue, la plus ancienne.

Ce géant solaire dont les bas-reliefs des temples illustrent les exploits a véritablement existé, gouverné Ourouk vers 2800 ou 2600 avant J.-C. et accompli de hauts faits. Mais, très vite, on en a fait un être surnaturel, fils de déesse, plus divin qu’humain en son corps : « Pour deux tiers il est dieu, pour un tiers il est homme » dit l’Épopée, et plus homme que dieu en son âme, car il connut l’incertitude, le doute, l’amour, la révolte, le désespoir, la sagesse, la mort.

Vers la moitié du troisième millénaire, Sumer voit changer le cours de son histoire. Venu de l’ouest, un peuple d’origine sémite, celui d’Akkad, s’est à son tour fixé en moyenne Mésopotamie. Entre Akkadiens et Sumériens les échanges vont se multipliant. Aux seconds, les premiers empruntent l’écriture cunéiforme et l’adaptent à la phonétique de leur langue. Dès lors, et pour plus de deux mille ans encore, la Mésopotamie utilisera deux langues. Sumer domine économiquement, politiquement et culturellement, tandis que l’apport akkadien reste dans son ombre. Puis, Sumer connaît un premier Déclin ; surgit alors un chef akkadien, Sargon, qui va fonder la première dynastie akkadienne, imposer la suprématie d’Akkad sur Sumer et unifier le pays. C’est probablement sous son règne que l’Épopée de Gilgamesh commence à prendre forme. Puis, de nouveau, Sumer l’emporte sur Akkad. Puis, de nouveau, Sumer l’emporte sur Akkad. C’est l’époque, vers 21OO avant J.-C., où la fusion de ces deux cultures, de ces deux pensées dont aucune n’a perdu sa spécificité, donne une prodigieuse floraison littéraire. Poèmes d’amour, poèmes érotiques, récits historiques, textes religieux, prières, hymnes, lamentations, réflexions philosophiques et métaphysiques sur la justice divine et l’existence du mal, la vie et la mort, fables, allégories, déjà tout existe et tout s’écrit, en sumérien ou en akkadien.

Au début du deuxième millénaire, surgissent, toujours de l’ouest, de nouveaux conquérants : les Amoréens. C’est Babylone qui recueillera l’héritage de Sumer et d’Akkad, et le fera revivre. Règne glorieux dont le rayonnement politique et spirituel s’étendra, notamment au temps d’ Hammourabi (1792-1750 avant J.-C.) sur tout le bassin méditerranéen.

Si l’on crée moins qu’aux temps anciens, on enregistre, on fixe, on transcrit sur les tablettes d’argile tout le patrimoine culturel de la Mésopotamie, comme si cette civilisation, se sachant mortelle, voulait à tout prix laisser un héritage. Les tablettes circulent et sont traduites. Le babylonien devient le véhicule de la pensée à travers tout le Proche-Orient, et c’est dans cette langue que les pharaons de Tell-Al-Amarna correspondront avec les Hittites, les Mitaniens, les princes de Syrie et de Palestine.

Entre temps, l’Assyrie du nord est devenue une puissance comparable à Babylone qu’elle finira par dominer. Mais cela ne change rien au phénomène culturel et, peut-être même, l’enrichit. Le roi assyrien Teglath-Phalassar Ier (1115-1077 avant J.-C.) à Assour, puis Assourbanipal (668-626 avant J.-G.) à Ninive feront copier, pour leurs bibliothèques, des milliers de tablettes, et ces copies se poursuivront même après la chute de Babylone et de l’Assyrie, environ 500 ans avant notre ère.

C’est ainsi que, au cours des millénaires, l’Épopée de Gilgamesh est devenue un des textes les plus diffusés de la littérature ancienne, traduit en Hittite, en Hourite, connu au pays d’Assour, en Anatolie, en Palestine où l’on a trouvé récemment, à Meggido, une version du XIVe siècle avant J.-C.

Puis sont venus d’autres conquérants : grecs, romains, arabes. La brique des murailles mésopotamiennes s’est délitée. Le sable a enseveli sa mémoire. De cette prodigieuse étape de l’ histoire des hommes, on n’a retenu que l’une des branches : la Bible, en oubliant le tronc.

Passent les siècles. Au début du XIXe s’ouvre l’ère des grandes découvertes archéologiques.

Des pionniers, des amateurs, des consuls occidentaux expédiés au Proche-Orient, entreprennent des fouilles sur les lieux des villes anciennes de la Mésopotamie du nord. En l843, Émile Botta, consul de France, découvre, à Ninive, le palais de Sargon II, roi d’Assyrie. A Ninive, à Khorsabad, Victor Place et Fresnel prennent son relais. En 1857, des anglais, Hincks, Oppart et Rawlison déchiffrent l’assyrien. Un peu plus tard, Rassam et Rawlison découvrent la deuxième partie de la bibliothèque d’Assourbanipal et expédient les précieuses tablettes au British Museum. Mais, dans les signes dont elles sont gravées, ils ne voient qu’un ornement. A partir de là, commence une étonnante aventure.

Un jeune homme de vingt et un ans, George Smith, de son état graveur en billets de banque, est devenu, par passion pour l’orientalisme, l’un des visiteurs les plus assidus du British Museum. En 1863, le conservateur du département qu’il visite a l’idée de l’engager pour l’aider à mettre en ordre et à restaurer les tablettes de Ninive. En comparant les couleurs et les formes, Smith, génialement, regroupe les tablettes, les classe, démontre qu’il s’agit bien d’une écriture, et la décrypte. Sur la première qu’il a ainsi déchiffrée il trouve… le récit du déluge. En 1872, il fait une communication à la Society of Biblical Archeology et un quotidien anglais, le Daily Telegraph, offre un crédit de mille guinées pour que l’on continue les recherches sur place.

Smith part. Et comme si quelque dieu du destin avait décidé qu’il était enfin temps pour la culture mésopotamienne de sortir de l’oubli, une semaine après le début des fouilles, il trouve une deuxième tablette qui a un rapport évident avec le premier texte déchiffré. Il est désormais en possession de deux fragments de l’Épopée de Gilgamesh, et sait qu’il en existe beaucoup d’autres puisque le texte dont il dispose mentionne douze tablettes, vraisemblablement gravées vers l’an 2000 avant J.-C. Voilà les archéologues devant un puzzle géant. Ils mettront un siècle à le reconstituer, tantôt trouvant des fragments au cours de fouilles en Irak, mais aussi en Anatolie, en Syrie, en Palestine, tantôt les découvrant chez des antiquaires de Bagdad auxquels ils les rachètent. Les dernières trouvailles ont été faites en 1974 par une expédition allemande, et si l’Épopée de Gilgamesh comporte encore quelques lacunes, on peut cependant considérer qu’elle est pratiquement complète.

Gilgamesh, le héros taillé dans le granit le plus dur, Enkidou, son ami, son frère, modelé dans l’argile la plus tendre, revivent en un texte écrit voici plus de quatre mille ans, mais dont la tradition orale est plus ancienne encore.

Texte admirable et éternel comme les chefs-d’œuvre lentement élaborés par le divin imaginaire.

Voici celui dont le nom en akkadien signifiait « le guerrier qui est en avant » et qui pouvait signifier en sumérien « l’homme qui fera pousser un arbre nouveau » .
généalogie dieux sumériens

PROLOGUE

La cité première

Celui qui a tout vu
celui qui a vu les confins du pays
le sage, l’omniscient
qui a connu toutes choses
celui qui a connu les secrets
et dévoilé ce qui était caché
nous a transmis un savoir
d’avant le déluge.

Il a fait un long chemin.GilgameshTablet
De retour, fatigué mais serein,
il grava sur la pierre
le récit de son voyage.
Il bâtit les remparts d’Ourouk
et l’Eanna sacré, pur sanctuaire
demeure d’Anou et d’Ishtar.

« Vois ces murailles extérieures
aux frises luisantes comme le cuivre.
Touche le seuil de pierre
qui est là depuis toujours.
Approche de l’Eanna demeure d’Ishtar :
nul roi ne fera jamais plus pareille construction
nul être humain.
Monte sur les remparts d’Ourouk
laisse tes pieds les fouler.
Examine les fondations
et scrute le briquetage
vois si tout n’est pas d’argile cuite
et si les sept sages
n’en ont pas posé les fondations. »

GILGAMESH

Dieu et homme

Après que Gilgamesh eut été créé par les grands dieux
Shamash lui accorda la beauté

Culte du dieu-soleil Shamash, sceau-cylindre en calcaire, Mésopotamie.

Culte du dieu-soleil Shamash, sceau-cylindre en calcaire, Mésopotamie.

et Adad la vaillance.
Pour deux tiers il est dieu
pour un tiers il est homme.
Il est semblable à un taureau sauvage
sa force est incomparable
ses armes sont invincibles.
Aux battements du tambour
son peuple est attentif.
En leurs maisons les gens d’Ourouk
vivent sans cesse dans la crainte
Ils disent :

« Gilgamesh ne laisse pas un fils à son père
jour et nuit règne sa violence
mais Gilgamesh le pasteur d’Ourouk aux remparts
est notre pasteur,
le fort l’admirable, l’omniscient.
Il ne laisse pas une vierge à sa mère
fille de guerrier ou promise à un héros. »

anu

Anu

Enfin les grands dieux d’en haut, les grands dieux
du ciel entendent leurs lamentations et leurs plaintes
ils appellent le dieu Anou, seigneur d’Ourouk :

« C’est Arourou qui créa Gilgamesh
semblable à un taureau sauvage.
Sa force est incomparable
ses armes sont invincibles.
Aux battements du tambour
son peuple est attentif.
Gilgamesh ne laisse pas un fils à son père,
nuit et jour règne sa violence
mais Gilgamesh est le pasteur d’Ourouk
leur pasteur,
le fort, l’admirable, l’omniscient.
Il ne laisse pas une vierge à celui qui l’aime
fille de guerrier ou promise à un héros. »

Anou le souverain ayant entendu leurs plaintes
appelle Arourou, la grande déesse :

« C’est toi Arourou qui créa cet homme,
crée maintenant pour lui un rival
qu’il lui soit par la force du cœur
et du corps comparable,
qu’ils luttent sans cesse ensemble,
ainsi Ourouk gagnera la paix et la tranquillité. »

Arourou ayant entendu ces paroles
conçoit en elle une image d’Anou
elle lave ses mains, prend une poignée d’argile,
la lance dans la plaine
et dans la plaine est créé Enkidou le héros,
substance de Ninourta.

ENKIDOU

Les premiers âges

Son corps est couvert de poils
sa chevelure est celle d’une femme

Enkidu. Relief. First Half of the 2nd Millennium BCE

Enkidu. Relief. First Half of the 2nd Millennium BCE

les touffes de ses cheveux
poussent comme des épis de blé.
Il est vêtu comme le dieu Soumouqan.
Il ne connaît ni les hommes ni les pays
sa seule compagnie est l’animal
avec les gazelles il broute l’herbe
avec les hardes il s’abreuve aux points d’eau.
Auprès des sources, en compagnie des bêtes sauvages
son cœur se réjouit.

LE CHASSEUR

L’intermédiaire

Un jour, un chasseur le rencontre à l’abreuvoir
un deuxième, puis un troisième jour.
En le voyant le chasseur se trouble
son visage pâlit.
Il retourne chez lui avec les bêtes,
la peur est entrée dans son cœur,
son visage est semblable
au visage de celui qui fit un lointain voyage.
Le chasseur va vers son père
il ouvre la bouche et dit :

« Mon père, j’ai vu un homme étrange
venu des collines,
il est le plus fort dans le pays et d’une grande vigueur.
Sa vigueur et sa force sont comme celles d’Anou.
Il parcourt les plaines et les collines
il broute l’herbe avec la harde,
avec elle il s’abreuve aux points d’eau.
J’ai eu peur et je n’ai pas osé m’approcher de lui.
Il a recouvert les trappes que j’ai creusées
il a détruit les filets que j’ai tendus
il a aidé les bêtes à s’échapper de mes mains.
Il me prive de la chasse. »

Le père du chasseur ouvre la bouche
et parle ainsi à son fils :

« Mon fils, dans Ourouk vit Gilgamesh
dont la vigueur et la force sont sans pareilles,
sa vigueur et sa force sont comme celles d’Anou.
Va dans Ourouk,
préviens Gilgamesh,
qu’il sache la vigueur de cet homme
qu’il te donne une prostituée du temple,
une courtisane sacrée
Emmène-la avec toi, elle dominera cet homme,
elle saura l’apprivoiser :
lorsqu’il viendra pour s’abreuver
avec sa harde aux points d’eau,
qu’elle enlève ses vêtements
dévoile sa nudité et les charmes de son corps.
En la voyant, il sera attiré vers elle
et deviendra son captif.
Sa harde qui a grandi avec lui dans la plaine
ne le reconnaîtra plus. »

Le chasseur écoute, attentif, les conseils de son père,
il prend la route et se dirige vers Ourouk
il se présente devant Gilgamesh et lui dit :

« Il est un homme étrange
venu des collines.
Il est le plus fort dans le pays et d’une grande vigueur.
Sa vigueur et sa force sont comme celles d’Anou,
il parcourt les plaines et les collines,
il broute l’herbe avec la harde
avec elle il s’abreuve aux points d’eau.
J’ai eu peur et je n’ai pas osé m’approcher de lui.
Il a recouvert les trappes que j’ai creusées
il a détruit les filets que j’ai tendus
il a aidé les bêtes à s’échapper de mes mains.
Il me prive de la chasse. »

Gilgamesh s’adressant au chasseur lui dit :

« Va chasseur
emmène avec toi une prostituée du temple
une courtisane sacrée.
Elle dominera cet homme
elle saura l’apprivoiser :
lorsqu’il viendra pour s’abreuver
avec sa harde aux points d’eau
qu’elle enlève ses vêtements
dévoile sa nudité et les charmes de son corps.
En la voyant il sera attiré vers elle
et deviendra son captif.
Sa harde qui a grandi avec lui dans la plaine
ne le reconnaîtra plus. »

Le chasseur prend la route emmenant avec lui la courtisane.
Au troisième jour, ils arrivent au lieu dit.
Le chasseur et la courtisane s’assoient près de la source.
Ils attendent un jour et un autre jour encore.

Les bêtes arrivent
elles se mettent à boire
et Enkidou aussi qui est né dans les collines,
qui broute l’herbe avec les gazelles
qui s’abreuve avec les hardes
et qui se réjouit le cœur près des sources
en compagnie des bêtes de la plaine.

La courtisane voit cet homme sauvage
fixe cet homme grand et fort
venu du cœur du désert.
Le chasseur lui murmure :

« C’est lui courtisane.
Enlève tes vêtements, dévoile tes seins
dévoile ta nudité
qu’il prenne des charmes de ton corps
toute sa jouissance.
Ne te dérobe pas, provoque en lui le désir.
Dès qu’il te verra, vers toi il sera attiré.
Enlève tes vêtements
qu’il tombe sur toi.
Apprend à cet homme sauvage et innocent
ce que la femme enseigne.
S’il te possède et s’attache à toi
la harde qui a grandi avec lui dans la plaine
ne le reconnaîtra plus. »

LA FEMME

L’initiatrice

La courtisane enlève ses vêtements
dévoile ses seins, dévoile sa nudité
et Enkidou se réjouit des charmes de son corps.
Elle ne se dérobe pas, elle provoque en lui le désir.
Elle enlève ses vêtements
et lui Enkidou tombe sur elle.
Elle apprend à cet homme sauvage et innocent
ce que la femme enseigne.
Il la possède et s’attache à elle.
Six jours et sept nuits Enkidou sans cesse
possède la courtisane.
Lorsqu’il est rassasié de ses charmes
il lève son regard vers ses compagnons
mais en le voyant les gazelles se détournent de lui
et les bêtes sauvages le fuient.
Enkidou est sans force,
ses genoux le trahissent
lorsqu’il veut suivre sa harde.
Affaibli, il ne peut plus courir comme autrefois
mais son cœur et son esprit sont épanouis.

PAROLES DE LA FEMME

Il revient s’asseoir aux pieds de la courtisane
et regarde longtemps son visage.
La courtisane parle à Enkidou
il écoute, attentif :

« Tu possèdes maintenant la sagesse,
tu es devenu comme un dieu
pourquoi avec les bêtes parcours-tu la plaine ?
Viens, je vais t’emmener
dans une cité entourée de remparts
je vais te conduire dans Ourouk
au temple sacré, demeure d’Anou et d’Ishtar
où vit Gilgamesh à la force incomparable.
Là, comme un taureau sauvage
il règne sur les gens. »

A ces paroles le cœur d’Enkidou se réjouit
car il attendait un ami.

REPONSE D’ENKIDOU

Enkidou dit à la courtisane :

« Va, courtisane.
Emmène-moi au temple sacré
demeure d’Anou et d’Ishtar
où vit Gilgamesh à la force incomparable
et où comme un taureau sauvage
il règne sur les gens.
Je vais le défier, je vais le provoquer,
je veux crier au cœur d’Ourouk :
c’est moi le plus fort, oui c’est moi
qui vais changer les destins,
celui qui est né dans la plaine
est le plus fort, le plus vigoureux. »

PAROLES DE LA FEMME

La courtisane lui dit :

« Viens Enkidou, qu’il voie ton visage
je te montrerai où est Gilgamesh.
Viens dans Ourouk aux remparts
où les gens sont vêtus de beaux vêtements
où chaque jour on célèbre des fêtes
où les filles sont belles et odorantes
et font lever les grands de leurs lits.
Et toi, Enkidou,
qui veux connaître la joie de vivre
je te montrerai Gilgamesh plein de vie
tu le regarderas et examineras son visage
éclatant de virilité et de vigueur.
Son corps resplendit de charme et de séduction
il est plus vigoureux que toi
ne s’arrête ni le jour, ni la nuit.
Enkidou, abandonne ta violence et ton orgueil
car le dieu Shamash aime Gilgamesh
et le protège.
Anou, Enlil et Ea lui ont accordé
de larges oreilles,
avant même que tu quittes la plaine
Gilgamesh à Ourouk te verra dans ses rêves. »

REVES DE GILGAMESH

Dans Ourouk

En ce même instant Gilgamesh se lève
et raconte ses rêves à sa mère Ninsoun :

« Ma mère cette nuit j’ai fait un rêve.
Je marchais fier parmi les héros,
le ciel brillait d’étoiles,
et une étoile, comme un héros du ciel d’Anou
est tombée vers moi.
J’ai voulu la porter, elle était trop lourde.
J’ai voulu la pousser, je n’ai pu la bouger.
Autour d’elle, les gens du pays s’assemblaient
et lui baisaient les pieds.
Je l’ai aimée et me suis penché sur elle
Comme on se penche sur une femme
je l’ai soulevée et déposée à tes pieds
et toi tu l’as rendue égale à moi. »

Ninsoun la mère de Gilgamesh, l’avisée, l’omnisciente
dit à son seigneur, à son fils,
Ninsoun qui sait toutes choses dit à Gilgamesh :

« L’étoile du ciel, ta semblable
celle qui est tombée sur toi
comme un héros du ciel d’Anou
celle que tu as voulu porter
qui était trop lourde pour toi
celle que tu as voulu pousser
que tu n’as pas pu faire bouger
celle que tu as aimée
sur laquelle tu t’es penché
Comme on se penche sur une femme
celle que tu as déposée à mes pieds
celle que j’ai rendue égale à toi
cela représente un compagnon fidèle et plein de force
qui te viendra en aide.
Il est le plus fort dans le pays et d’une grande vigueur
sa force et sa vigueur sont comme celles d’Anou.
Que tu l’aies aimé
que tu te sois penché sur lui
comme on se penche sur une femme
cela signifie qu’il sera toujours auprès de toi
qu’il ne t’abandonnera jamais.
Voilà la signification de ton rêve. »

Puis Gilgamesh raconte un second rêve à sa mère :

« Ma mère j’ai fait un second rêve :
sur la place d’Ourouk aux remparts, j’ai vu
une hache.
Autour d’elle les gens s’assemblaient
je l’ai aimée et me suis penché sur elle
comme sur une femme,
puis je l’ai déposée à tes pieds
et tu l’as rendue égale à moi. »

La mère de Gilgamesh, la sage, l’aimée de son fils
Ninsoun, l’avisée, l’omnisciente dit à Gilgamesh :

« La hache que tu as vue
est un homme.
Que tu l’aies aimée
que tu te sois penché sur elle
comme tu te penches sur une femme
et que je l’aie rendue égale à toi
cela signifie qu’un compagnon fidèle et plein de force
te viendra en aide.
Il est le plus fort dans le pays
et d’une grande vigueur
sa vigueur est comme celle d ‘Anou. »

Gilgamesh ouvre la bouche et dit à sa mère :

« Que ce rêve se réalise
par la volonté du grand Enlil.
Que j’aie un ami et un conseiller fidèle.
Moi, je lui serai ami
et compagnon fidèle. »

Tandis que Gilgamesh raconte ses rêves à sa mère
la courtisane raconte les rêves de Gilgamesh à Enkidou,
et lui assis à ses pieds, écoute.
Ils se caressent.
Tous deux vivent l’amour et ses plaisirs.

Enkidou oublie le lieu de sa naissance.
Six jours et sept nuits, sans cesse il possède la courtisane.
La courtisane lui dit :

« Je te regarde, Enkidou
tu es pareil à un dieu.
Pourquoi parcours-tu la plaine avec l’animal ?
Viens, je vais te conduire dans Ourouk aux vastes marchés
au temple sacré, demeure d’Anou et d’Ishtar.
Lève-toi Enkidou
je vais t’emmener à l’Eanna sacré
demeure d’Anou et d’Ishtar
où vit Gilgamesh à la force incomparable
tu l’aimeras comme un autre toi-même
allons lève-toi de la terre,
c’est la couche du berger. »

Enkidou se réjouit, le conseil de la femme
convient à son cœur.

LES BERGERS

l’apprentissage

La courtisane déchire son vêtement
en deux parties,
de la première elle couvre Enkidou
de la seconde elle se couvre
elle le prend par la main
comme une mère guidant son jeune enfant
elle l’emmène vers les huttes des bergers
vers les étables.
Autour de lui les bergers s’assemblent.

Lorsque les bergers mettent devant Enkidou
du pain et de la boisson forte
plein d’embarras, longtemps il regarde.
Enkidou ne connaît pas le pain comme nourriture
ne connaît pas la boisson forte
il a grandi en tétant le lait des bêtes sauvages.
La courtisane lui dit :

« Mange du pain, Enkidou,
le pain est l’élément de la vie
bois de la boisson forte
c’est la coutume des gens du pays. »

Enkidou mange du pain
jusqu’à satiété
de la boisson forte
il en boit sept fois.
Son esprit se libère, sa poitrine s’élargit
son cœur est enchanté et son visage illuminé.
Il frotte d’huile son corps velu
il ressemble à un homme.
Il met un vêtement
et ressemble à un époux.
Il prend une arme et pourchasse les lions
les bergers peuvent dormir la nuit.
Enkidou devient leur gardien et protecteur.
Enkidou est un homme vigoureux
un héros unique.

OUROUK AUX REMPARTS

Dans les bras de la courtisane
Enkidou connaît les plaisirs et les joies de la vie.
un jour, levant les yeux, il voit un homme.
s’adressant à la courtisane il lui dit :

« Courtisane, fais approcher cet homme,
pourquoi est-il venu par ici ?
Fais-moi connaître son nom. »

La courtisane appelle l’homme.
Enkidou lui dit :

« Homme pourquoi te hâtes-tu ?
Pourquoi tout ce long et pénible voyage ? »

L’homme ouvre la bouche et répond à Enkidou :

« Il a forcé la « demeure nuptiale »
consacrée aux hommes et aux noces,
il a souillé la cité
et lui a imposé les corvées.

Pour le roi d’Ourouk
on a préparé le tambour
et qu’à son rythme il choisisse
l’épouse désirée.

Pour Gilgamesh le roi d’Ourouk
on a préparé le tambour
qu’à son rythme il choisisse
l’épouse avant son époux
et la féconde le premier.

Les gens disent que les dieux le voulurent ainsi
et lui accordèrent ce destin
dès que son cordon ombilical fut coupé. »

Aux paroles de l’homme
le visage d’Enkidou pâlit.
Il se lève plein de colère.

Enkidou marche devant,
derrière lui la courtisane.
Il entre dans Ourouk aux vastes marchés.
Les gens s’assemblent autour de lui
lorsqu’il s’arrête dans la rue d’Ourouk
sur le lieu même du marché
les gens s’assemblent autour de lui
et disent de lui :

« Pareil à Gilgamesh il est bâti
mais plus petit de taille
et plus fort d’ossature
il est le plus fort de la plaine
il est d’une grande vigueur
il a grandi en tétant le lait des bêtes sauvages
dans le désert.
Maintenant dans Ourouk
le bruit des armes ne cessera pas. »

Les hommes d’Ourouk se réjouissent en disant :

« Il est maintenant un héros et un rival
semblable à notre héros
oui pour Gilgamesh, pareil à un dieu,
il est maintenant un pareil, et un semblable. »

LA LUTTE

Le lit était dressé pour la déesse Ishhara. .
dans la « maison nuptiale » .
Lorsque Gilgamesh, le soir, s’approche
pour rejoindre la déesse
devant lui Enkidou se dresse
et lui barre le passage.

Gilgamesh voit Enkidou en fureur
l’homme qui est né dans la plaine
l’homme à la longue chevelure
il s’élance et se jette sur lui.
Ils s’affrontent sur le lieu même du marché
Enkidou barre la porte de la « maison nuptiale » .
Avec son pied
il empêche Gilgamesh d’entrer.

L’un tenant l’autre ils luttent.
Tels des taureaux sauvages ils mugissent
ils brisent le montant de la porte
et le mur tremble.
Gilgamesh et Enkidou se tenant l’un l’autre
luttent tels deux taureaux sauvages.
Lorsque Gilgamesh se courbe
son pied fixé au sol
sa fureur s’apaise,
il se redresse pour partir.
Sa colère calmée
Enkidou parle ainsi à Gilgamesh :

« Tu es homme unique parmi les hommes
tu es vraiment le fils de ta mère
la déesse Ninsoun, la vache sauvage.
Elle t’a mis au monde
et le dieu Enlil
a élevé ta tête au-dessus des hommes
c’est ainsi qu’il t’a destiné à la royauté. »

L’AMITIÉ

Ils s’embrassent

gilgamesh enkidu

gilgamesh enkidu

scellant leur amitié.
Mais le cœur d’Enkidou est rempli de chagrin
ses yeux sont noyés de larmes
il pousse des soupirs et des gémissements
pour le réconforter Gilgamesh lui dit :

« Mon ami
pourquoi tes yeux sont-ils noyés de larmes
et ton cœur plein de chagrin ?
Pourquoi pousses-tu des soupirs et des gémissements ? »

Enkidou ouvrant la bouche
dit à Gilgamesh :

« Mon ami
je sens les sanglots m’étrangler
mes bras pendent sans force
et ma vigueur est devenue faiblesse. »

L’AVENTURE

Gilgamesh s’adresse à Enkidou et lui dit :

« Dans la forêt demeure le puissant Houmbaba
tuons-le ensemble
pour détruire le mal sur la terre. »

Enkidou ouvre la bouche
et dit à Gilgamesh :

humbaba

Humbaba

« Mon ami,
Lorsque je parcourais les vastes plaines
et les collines avec l’animal
je savais que la forêt s’étendait
à soixante doubles heures de chaque côté.
Quel est celui qui oserait pénétrer à l’intérieur ?
Le mugissement de Houmbaba est celui du déluge
sa bouche, c’est le feu
son souffle, la mort certaine.
Pourquoi désires-tu entreprendre ce voyage ?
Houmbaba est invincible. »

Gilgamesh ouvre la bouche et dit à Enkidou :

« Je veux monter jusqu’à la Montagne des Cèdres et pénétrer dans la forêt, demeure de Houmbaba.
Une hache me suffit pour le combat
mais toi si tu as peur
reste ici., J’irai tout seul. »

Enkidou ouvre la bouche
et dit à Gilgamesh :

« Comment pénètrerons-nous
dans la Forêt des Cèdres, Gilgamesh ?
Son gardien est un guerrier puissant
qui ne ferme jamais les yeux.
Pour qu’il protège la Forêt des Cèdres
Je dieu Enlil l’a nommé son gardien
il l’a doté de sept épouvantes
le mugissement de Houmbaba
est celui du déluge.  »

LA VAILLANCE

Gilgamesh ouvre la bouche
et dit à Enkidou :

« Qui donc mon ami pourra vaincre la mort ?
Seuls les dieux demeurent éternellement
avec Shamash.
Les jours des humains sont comptés.
Tout ce qu’ils font le vent l’emporte.
Tu crains déjà la mort
et nous sommes encore ici.
Où est donc ta vaillance ?
Laisse-moi marcher devant toi
et que ta voix me crie :
« avance, n’aie pas peur » .
Si je meurs, mon nom sera immortel
les générations futures diront de moi :
« Gilgamesh est tombé dans sa lutte
contre le géant Houmbaba » .
ô Enkidou,
ta parole attriste mon cœur
mais je veux aller couper les cèdres
et me faire un nom immortel.
Mon ami, je vais ordonner
aux artisans et aux forgerons
de fondre nos armes en notre présence. »

LES PRÉPARATIFS DE L’EXPÉDITION

Les ordres sont donnés
aux artisans et aux forgerons d’Ourouk.
Ils se réunissent et tiennent conseil.
Ils fondent des armes de grande taille
des haches de trois talents chacune
de grands glaives
chaque lame de deux talents
leur poignée de trente mines
et des fourreaux d’or de trente mines chacun.
Ainsi Gilgamesh et Enkidou
portent chacun des armes
de dix talents.

Les habitants s’assemblent dans les rues d’Ourouk aux vastes marchés,
près de la porte aux sept serrures.
Les Anciens d’Ourouk s’associent devant Gilgamesh.
Il leur parle ainsi :

« Écoutez Anciens d’Ourouk
je veux moi, Gilgamesh
voir celui dont on parle
celui dont le nom épouvante le pays
je veux le combattre dans la Forêt des Cèdres
je veux couper les cèdres
et me faire un nom immortel.
Je ferai entendre au pays
les récits du fils d’Ourouk
et le pays dira :
« qu’il est vaillant ce fils d’Ourouk » .

Les Anciens d’Ourouk
répondent ainsi à Gilgamesh :

« Tu es jeune Gilgamesh
ton cœur t’entraîne très loin
tu ne connais pas les conséquences
de ton entreprise.
Nous avons entendu dire
que Houmbaba est terrifiant.
Qui pourrait résister à ses armes ?
La forêt s’étend à soixante doubles heures
de chaque côté
qui pourrait pénétrer
à l’intérieur de sa forêt ?.
Le mugissement de Houmbaba
est celui du déluge
sa bouche c’est le feu
son souffle, la mort certaine.
Pourquoi désirer un tel voyage ?
Jusqu’à ce jour personne n’a résisté à Houmbaba. »

Gilgamesh entendant ces paroles
se retourne vers son ami en riant et dit :

« Mon ami
comment vais-je leur répondre ?
Devrais-je dire que j’ai peur de Houmbaba ?
Devrais-je passer dans mon lit
le reste de mes jours ? »

Les Anciens d’Ourouk parlent ainsi
à Gilgamesh :

« Que ton dieu protecteur
te donne la victoire
qu’il te garde la vie sauve
et te ramène à ton pays
qu’il te ramène à Ourouk. »

Gilgamesh se prosterne devant le dieu Shamash :

Shamash

Shamash

ô Shamash
je pars et vers toi je lève la main
pour t’implorer
garde-moi la vie sauve
ramène-moi à mon pays d’Ourouk
étends sur moi ton ombre
et couvre-moi de ta protection. »

Gilgamesh appelle son ami
il consulte avec lui son présage.
Mais le signe de Shamash
est contraire.

Les larmes de Gilgamesh coulent
sur son visage.

Gilgamesh et Enkidou portent l’arc et le carquois
ils prennent les haches
le glaive et le fourreau.

La foule vient vers Gilgamesh
lui souhaitant un proche retour,
les Anciens le bénissent
et lui donnent des conseils pour sa route :

« Gilgamesh ne compte pas
seulement sur ta force,
que tes yeux soient grand ouverts
prends garde à toi,
laisse Enkidou marcher devant toi
il connaît le chemin, il l’a déjà parcouru
il connaît la route jusqu’à la Forêt des Cèdres.
Laisse-le avancer sur les pistes de Houmbaba,
celui qui marche devant défend son compagnon
qu’il soit vigilant
et que ses yeux restent bien ouverts pour se défendre.

Puisse Shamash réaliser ton désir
qu’il montre à tes yeux les paroles de ta bouche
qu’il ouvre pour toi toutes les impasses
qu’il ouvre la route à ta marche
que les montagnes soient accessibles à tes pas
que la nuit t’apporte de bonnes nouvelles.

Puisse Lougalbanda être à tes côtés
pour réaliser ton désir
et, toi, pareil à un jeune enfant,
atteindre ce que tu espères.

A ton arrivée au fleuve de Houmbaba
lave tes pieds,
et le soir au moment de prendre ton repos,
creuse un puits
que ton outre soit toujours pleine d’eau pure,
fais offrande d’eau fraîche à Shamash
et évoque sans cesse
le nom de Lougalbanda. »

Gilgamesh dit à Enkidou :

« Allons mon ami
au temple d’Egalmah
devant Ninsoun la grande reine,
Ninsoun la sage, l’omnisciente qui sait toutes choses,
elle nous donnera conscrit
et renforcera nos pas. »

Gilgamesh et Enkidou s’en vont à l’Egalmah
devant Ninsoun la grande reine.
Gilgamesh entre, s’approche d’elle et lui dit :

« Ô Ninsoun
j’ai entrepris une tache difficile
J’ai entrepris un voyage lointain au pays de Houmbaba
l’ai décidé de mener une lutte dont j’ignore les conséquences
je veux parcourir une route dont je ne connais pas les détours.

Jusqu’au jour de mon départ et de mon retour
jusqu’à mon arrivée à la grande Forêt des Cèdres
jusqu’à ce que je tue le glana Houmbaba
et que j’efface de la terre
tout le mal que hait le dieu Shamash
ô divine Ninsoun
implore Shamash pour moi ! »

Ninsun

Ninsun

Ninsoun entre dans sa chambre
elle met le vêtement consacré
elle se pare d’us collier
se coiffe de sa couronne
puis elle monte jusqu’à la terrasse
et face à Shamash elle brûle l’encens
elle fait offrande,
elle lève les mains vers Shamash et dit :

« Pourquoi as-tu donné à mon fils Gilgamesh
un cœur qui ne s’arrête jamais ?
Maintenant que tu l’as incité à partir
il décide d’entreprendre un voyage lointain
au pays de Houmbaba
il va mener une lutte
dont il ne connaît pas les conséquences
et parcourir une route
dont il ne connaît pas les détours.

Jusqu’au jour de son départ et de son retour
jusqu’à son arrivée à la grande Forêt des Cèdres
jusqu’à ce qu’il tue le géant Houmbaba
et qu’il efface de la terre tout le mal que tu hais,

que ton épouse Aya la lumineuse
te fasse souvenir de lui
et le confie aux dieux gardiens de la nuit
aux étoiles et à ton père Sin
pendant ton absence. »

Ninsoun éteint l’encens
elle récite des incantations
en présence des prêtresses
des courtisanes sacrées et des hiérodules
elle appelle près d’elle Enkidou
et le recommande ainsi :

« Ô fort Enkidou
qui n’est pas sorti de moi
je te prends dès maintenant pour fils. »

Puis elle lui passe un collier autour du cou
pour confirmer sa confiance
et lui dit :

« je te confie mon fils Gilgamesh
protège-le tout le long du voyage
que cela dure des jours, des mois ou des années. »

LES SONGES DE GILGAMESH

Sur la route des cèdres

Après vingt doubles heures
ils prennent un peu de nourriture.
Après trente doubles heures
ils s’arrêtent pour dormir
et le lendemain
ils marchent cinquante doubles heures
le parcours d’un mois et demi
est fait en trois jours.

Au coucher du soleil
ils creusent un puits
en haut de la montagne.
Gilgamesh verse de l’eau fraîche,
dépose de la nourriture
et fait offrande à Shamash.
Il implore de la montagne un songe
de prédiction heureuse.
Les deux amis s’allongent pour dormir
et aussitôt le sommeil les saisit.

Gilgamesh fait un songe
il se lève et dit à son ami :

« Mon ami
qui a pu me réveiller sinon toi ?
Ecoute mon ami le songe que j’ai fait :
nous étions dans l’abîme d’une montagne
quand soudain la montagne s’écroula
et tous deux nous étions comme de petites mouches. »

Enkidou qui est né dans le désert
interprète le songe :

« Mon ami, le songe que tu as fait cette nuit
est heureux.
La montagne que tu as vue
c’est Houmbaba.
Cela signifie que nous le vaincrons
que nous l’abattrons
et le matin le dieu Shamash
nous enverra un autre signe. »

Le lendemain, ils marchent
toute la journée.
Au coucher du soleil
ils creusent un puits
en haut de la montagne
Gilgamesh verse de l’eau fraîche
dépose de la nourriture
et fait offrande à Shamash.
I1 implore de la montagne un songe
de prédiction heureuse.

Les deux amis s’allongent pour dormir
et aussitôt le sommeil les saisit.

Gilgamesh brusquement la nuit
se lève et parle à Enkidou :

« Mon ami je viens d’avoir un songe
la peur et l’angoisse me saisissent.
J’étais aux prises avec un taureau sauvage
qui mugissait.
Ses cris et sa fureur
faisaient trembler le ciel et la terre.
Un homme, le plus beau dans le pays
me prit par le bras, me fit approcher de 1ui,
me donna de l’eau de son outre
et mon cœur devint tranquille. »

Enkidou lui dit :

« Ce taureau sauvage que tu as vu
n’est pas un ennemi c’est le dieu Shamash
la lumière du ciel.
Dans les dangers, il nous viendra en aide
mais l’homme le plus beau dans le pays
qui te fit approcher de lui
et te donna de l’eau de son outre
c’est Lougalbanda
ton dieu protecteur qui te donne ta force. »

Le lendemain ils marchent
toute la journée.
Au coucher du soleil
ils creusent un puits
en haut de la montagne
Gilgamesh verse de l’eau fraîche
dépose de la nourriture
et fait offrande à Shamash.
Il implore de la montagne un songe
de prédiction heureuse.

Les deux amis s’allongent
pour dormir
et aussitôt le sommeil les saisit.
Mais voilà que Gilgamesh brusquement la nuit
se lève et parle à Enkidou :

« Mon ami, je viens d’avoir un songe
plein de tumulte.
Des hurlements couvraient
le ciel et la terre,
soudain un silence étouffant et sourd s’installa,
de noirs nuages couvrirent le ciel,
un grand feu éblouissant
avança comme la mort
et dévora tout.
Puis feu et flamme s’éteignirent
et Se transformèrent en cendres. »

Après ce songe,
Gilgamesh est terrifié
il se désespère.

Après vingt doubles heures
ils prennent un peu de nourriture.
Après trente doubles heures
ils s’arrêtent pour dormir.
Ils marchent cinquante doubles heures
le parcours d’un mois et demi
est fait en trois jours.
Après ce long parcours,
ils arrivent à l’entrée de la forêt.
A sa vue ils s’étonnent.
La hauteur des cèdres est de soixante-douze coudées
la largeur de vingt-quatre coudées.
Ils contemplent et admirent.
Lorsqu’ils pénètrent dans la forêt,
le cœur d’Enkidou se serre
la forêt l’enveloppe
il se sent étouffer
ses bras tombent inertes
sa force devient faiblesse.

Gilgamesh ouvre la bouche et dit à Enkidou :

« Seul on ne peut vaincre
mais deux ensemble le peuvent
l’amitié multiplie les forces,
une corde triple ne peut être coupée
et deux jeunes lions sont plus forts que leur père. »

Enkidou ouvre la bouche,
parle et dit à Gilgamesh :

« Même si j’arrive à pénétrer
Au cœur de la forêt
les forces me manqueront. »

Gilgamesh ouvre la bouche
parle et dit à Enkidou :

« Après tout ce que nous avons enduré
après tout ce long voyage,
reviendrons-nous d’où nous sommes venus ?
Toi qui as connu les obstacles
qui a pratiqué la lutte
méprise la mort, soit vaillant, reste auprès de moi
ton courage reviendra
la peur et la faiblesse te quitteront.
Convient-il à mon ami
d’abandonner et de retourner en arrière ?
Ensemble, mon ami, nous avancerons
jusqu’au cœur de la forêt.
Chacun de nous défendra l’autre.
Ignore la mort, dédaigne la crainte,
si nous tombons dans la lutte
nous laisserons derrière nous
un nom immortel. »

LA FORET DES CÈDRES

Mort de Houmbaba

Ils franchissent l’entrée
et arrivent au cœur de la forêt.
Séduits, ils regardent la montagne verte
et admirent la beauté des cèdres.
Ils suivent les pistes bien tracées
que Houmbaba utilise.
Ils contemplent la Montagne des Cèdres,
demeure des dieux sanctuaire de la souveraine lshtar.
Autour d’eux, partout les cèdres se dressent
leur ombre immense et leur senteur
réjouissent le cœur.

Devant Shamash
Gilgamesh les larmes aux yeux
se prosterne, il implore son aide :

« Ô divin Shamash
tu as promis à ma mère Ninsoun
d’être près de moi.
Ne m’abandonne pas
ne t’éloigne pas de moi, entends mon appel. »

Gilgamesh prend sa hache et se met à couper un cèdre
sa chute fait un bruit assourdissant
lorsque Houmbaba l’entend, il s’écrie furieux :

« Qui a pénétré dans la forêt
et a porté la main sur les arbres
qui poussent sur ma montagne ?
Qui a coupé le cèdre ? »

Le dieu Shamash déchaîne alors les grands ouragans :
le vent du nord et le vent du sud
le vent chaud et le vent de tempête
le cyclone et le tourbillon.
Houmbaba aveuglé ne peut plus bouger
les deux amis prennent la hache
ils tirent le glaive du fourreau
entourent Houmbaba qui s’écrie :

« Que la malédiction du dieu Enlil
vous poursuive ! »

Les deux amis ignorent ces paroles
et Enkidou dit :gilgamesh enkidu humbaba

« Houmbaba
seul on ne peut vaincre
mais deux ensemble le peuvent,
l’amitié multiplie les forces
une corde triple ne peut être coupée
et deux jeunes lions sont plus forts que leur père. »

Gilgamesh et son ami Enkidou
frappent à mort le gardien des cèdres.
A deux doubles heures
la forêt se lamente et les cèdres gémissent. »

Gilgamesh et Enkidou ont frappé à mort
Houmbaba le gardien de la forêt
et son cri de mort fait trembler
l’Hermon et le Liban.

Ils s’avancent avec leurs armes dans la forêt
et coupent les cèdres.
Sur les rives de l’Euphrate
le courant emporte les cèdres vers Ourouk.

ISHTAR

L’amour

Ishtar

Ishtar

Gilgamesh nettoie ses armes
il enlève ses vêtements souillés
il délie et lave sa longue chevelure
qu’il rejette sur ses épaules
se revêt d’une robe brodée et d’une ceinture.
Lorsqu’il met sa couronne
la souveraine Ishtar lève les yeux
et considère la beauté de Gilgamesh :

« Viens Gilgamesh sois mon bien-aimé.
Laisse-moi me réjouir
du fruit de ton corps,
sois mon époux et je serai ton épouse.
Je te donnerai un char de lapis-lazuli et d’or
ses roues seront en or et ses cornes en Elmeshou
et au lieu de grands mulets
tu l’attelleras des démons de la tempête.
Lorsque tu entreras
dans notre maison embaumée de parfum de cèdre
seuil et trône boiseront tes pieds
les rois les gouverneurs et les princes
se prosterneront devant toi
et t’apporteront en tribut
les fruits de la montagne et les récoltes de la plaine.
Tes chèvres donneront trois petits
tes brebis des jumeaux
tes ânes porteront plus de charge
que des mulets
les chevaux de tes chars
n’auront pas de rivaux à la course
ton bœuf sous le joug n’aura pas d’égal. »

REFUS DE GILGAMESH

Gilgamesh ouvre la bouche
et dit à la souveraine lshtar :

« Et moi que devrais-je te donner
si je te prends pour épouse ?
Devrais-je te donner de l’huile
et des vêtements pour ton corps ?
Devrais-je te donner du pain
et de la nourriture ?
Mais quelle nourriture et quelle boisson
devrais-je te donner qui conviennent à ta divinité ?
Quel bien aurais-je si je te prenais pour épouse ?
Toi, tu n’es qu’un foyer
qui s’éteint en hiver
tu es la porte ouverte
qui ne protège ni du vent,
ni de la tempête
tu es un palais
qui extermine les héros
tu es le turban
qui étrangle celui qui s’en coiffe
tu es du bitume
qui souille celui qui le touche
tu es une outre
qui inonde son porteur
tu es de la chaux
qui disjoint le mur
tu es une amulette de jade
qui attire et séduit l’ennemi,

une sandale
qui blesse le pied

Quel est celui de tes amants
que tu as aimé pour toujours ?
Viens que je te raconte
les malheurs de tes amants :

pour Tammouz
l’amour de ta jeunesse,
année après année tu l’as destiné aux pleurs et aux lamentations.
Tu as aimé l’ « Allalou «
au plumage multicolore
tu l’as frappé, tu lui as cassé les ailes
et maintenant il erre dans les bois
en se lamentant il crie :
« mes ailes mes ailes « .
Tu as aimé le lion
à la force parfaite
mais tu as creusé pour lui sept et sept fosses.
Tu as aimé le cheval
qui ne craint ni le combat,
ni la course
mais tu l’as soumis au fouet et à l’aiguillon
tu l’as condamné
à courir sept doubles heures par jour
et à troubler l’eau avant de s’abreuver.

Sa mère Silili
sans cesse pleure et se lamente sur lui.
Tu as aimé le berger
qui chaque jour t’offrait le pain
qui chaque jour te sacrifiait des chevreaux
tu l’as frappé et transformé en loup
ses compagnons maintenant le pourchassent
et ses propres chiens lui mordent les jambes.

Tu as aimé Ishoullanou,
le jardinier de ton père
qui sans cesse t’apportait des couffins de dattes
et chaque jour garnissait ta table de nourriture
mais tu as levé les yeux sur lui
tu l’as séduit et tu lui as dit :
« Viens mon Ishoullanou
laisse-mot jouir de ta virilité
avance ta main,
touche les charmes de mon corps  »
Mais Ishoullanou t’a répondu :
« Qu’attends-tu de moi ?
Ma mère n’a-t-elle pas cuit
et moi n’ai-je pas mangé de son pain
pour que je mange le pain de la honte
et de la malédiction ?
La hutte de roseaux
peut-elle protéger du grand vent ?  »
Lorsque tu as entendu ses paroles
tu l’as frappé
et l’as transformé en tallalou.

Accroché à sa toile
il ne peut ni monter, ni descendre
dans les ruines désormais son séjour.

Si je deviens ton amant mon destin ne sera-l-il pas semblable ? «

Lorsque Ishtar entend ces paroles
en fureur elle monte jusqu’au ciel
elle pleure devant son père
en présence de sa mère la déesse Antou
ses larmes coulent :

« Mon père
Gilgamesh m’a insultée et humiliée
Gilgamesh a énuméré mes malédictions et mes sortilèges. «
Anou ouvre la bouche
et parle à la souveraine Ishtar :

« C’est toi qui l’as provoqué
et ainsi tu as recueilli
le fruit de ta provocation. «

Ishtar ouvre la bouche
et demande à son père Anou :

« Mon père, crée pour moi un taureau céleste
pour vaincre Gilgamesh et le tuer !
Si tu refuses de me donner le taureau céleste,
je briserai la porte de l’enfer
je ferai sortir les morts
pour dévorer les vivants.
Les morts seront plus nombreux que les vivants. «

Anou ouvre la bouche
et répond à la souveraine Ishtar :

« Si je fais ce que tu me demandes
si je te donne le taureau céleste
sur la terre d’Ourouk
il y aura sept années de disette.
As-tu rassemblé du grain ?.
As-tu entassé de l’herbe ? «

Ishtar dit à son père Anou :

« J’ai rassemblé du grain pour les hommes
j’ai entassé de l’herbe pour les troupeaux
pour les sept années de disette
j’ai ramassé du grain et de l’herbe
en abondance pour les hommes et les troupeaux. «

Anou entendant ses paroles
donne à lshtar la longe du taureau céleste.
Ishtar le fait descendre sur la terre
elle le conduit sur la terre d’Ourouk.
Son arrivée répand la terreur.
A son premier mugissement
cent hommes, deux cents puis trois cents hommes tombent.

A son deuxième mugissement
cent hommes, deux cents puis trois cents hommes tombent.
A son troisième mugissement
il se dirige vers Enkidou
mais Enkidou fait un saut de côté
il attrape le taureau céleste par les cornes
le taureau céleste lui lance au visage son écume et sa bave
et avec sa queue l’asperge de sa bouse
Enkidou dit à Gilgamesh :

« Mon ami
nous avons parlé de victoire avant le temps
comment allons-nous vaincre ce taureau ?
Mon ami
nous devons nous partager la tâche :
moi je saisirai le taureau par la queue
et toi, de ton glaive tu devras le frapper
entre te cou et les cornes. «

Enkidou pourchasse le taureau céleste
il l’attrape par la queue
et Gilgamesh habilement de ses mains
enfonce son glaive entre le cou et les cornes
et frappe à mort le taureau céleste.

Après la mort du taureau céleste
ils lui arrachent le cœur
ils le déposent devant le dieu Shamash en offrande
et se prosternent.
Les deux frères s’assoient
pour se reposer.

Ishtar monte au plus haut des remparts d’Ourouk
de là elle jette des malédictions et s’écrie :

« Malheur à Gilgamesh qui a souillé mon nom
qui m’a humiliée et a tué le taureau céleste. «

Enkidou entend les paroles d’Ishtar
il arrache la cuisse du taureau céleste
la lui lance au visage en disant :

« Si je te tiens, je ferai de toi ce que j’ai fait de lui
je t’arracherai les flancs avec ses entrailles. «

LAMENTATIONS D’ISHTAR

Alors Ishtar réunit les courtisanes
et les hiérodules
les prêtresses du temple et toutes les prostituées
et sur la cuisse droite du taureau
elles font une lamentation.

LE RETOUR DES DEUX HÉROS

Gilgamesh appelle les artisans et les forgerons.
La longueur et l’épaisseur des cornes du taureau
les émerveillent.
Chacune forme une masse de trente mines de lapis-lazuli
chacune fait deux doigts d’épaisseur
et six gours d’huile de contenance.
Gilgamesh les dépose en offrande
pour les onctions de son dieu protecteur Lougalbanda
et les suspend dans son sanctuaire.
Puis les deux amis lavent leurs mains dans l’Euphrate.
Ils s’embrassent
main dans la main ils traversent les rues d’Ourouk
et les habitants se rassemblent pour les voir passer.
Gilgamesh s’adresse aux jeunes filles d’Ourouk :

« Qui est le plus glorieux
parmi les héros ?
Qui est le plus beau
parmi les hommes ? «

et les jeunes filles répondent :
« C’est Gilgamesh
le plus glorieux parmi les héros
c’est Gilgamesh
le plus beau parmi les hommes ! «

Gilgamesh fait une grande fête
dans son palais.
Les deux héros se reposent
et dorment ce soir-là dans leur lit.

SONGES ET MORT D’ENKIDOU

Au milieu de la nuit,
Enkidou est réveillé par un songe,
il se lève et dit à son ami :

« Pourquoi, mon ami, les grands dieux
sont-ils réunis pour tenir conseil ? «

Au lever du jour
Enkidou raconte à Gilgamesh le songe de la nuit :

« Mon ami qu’il est étrange le rêve
que j’ai fait la nuit passée :
Anou, Enlil, Ea et le céleste Shamash
étaient réunis pour tenir conseil.
Anou disait à Enlil :
« Parce qu’ils ont tué le taureau céleste
parce qu’ils ont tué Houmbaba
et coupé les cèdres des montagnes
ils doivent mourir. »
Enlil lui répondait :
« C’est Enkidou qui mourra
mais Gilgamesh ne mourra pas. »
Alors Shamash se dressait
et répondait à Enlil le héros :
« N’ont-ils pas tué le taureau du ciel
n’ont-t-ils pas tué Houmbaba
sur mon ordre ?
Pourquoi l’innocent Enkidou doit-il mourir? »
Enlil furieux se retournait

vers le céleste Shamash et lui disait :
« Parce que chaque jour
tu te lèves sur eux
tu es devenu un des leurs ! »

Enkidou malade, se couche devant Gilgamesh.
Les larmes coulent de ses yeux
alors Gilgamesh lui dit :

« Mon frère bien-aimé

pourquoi les dieux m’ont-ils acquitté ?
Pourquoi les dieux t’ont-ils condamné ?
Devrais-je veiller l’esprit de la mort
et m’asseoir auprès de la porte des esprits ?
Devrais-je ne plus voir avec mes yeux
mon compagnon bien aimé ? »

Enkidou se couche sur son lit de mort
les larmes coulent de ses yeux,
le souvenir de la plaine
où il broutait avec les gazelles s’abreuvait avec l’animal
le souvenir de la vie simple et innocente lui apparaît.
Il maudit
ceux qui l’ont arraché à sa première vie
il maudit
la porte par où il est entré
il maudit le chasseur qui lui a amené la courtisane
il maudit la courtisane qui lui a vanté les séductions d’Ourouk.

Enkidou lève les yeux
il s’adresse à la porte comme à un homme
bien que la porte
ne comprenne ni ne raisonne :

« J’ai choisi ton bois
à vingt doubles heures de distance
avant même que je n’aperçoive les cèdres.
Ton bois n’a pas de semblable dans le pays
ta hauteur est de soixante-douze coudées
ta largeur de vingt-quatre coudées
un artisan habile t’a fabriquée à Nippour.

Ô porte, si j’avais su que ta beauté
devait m’apporter les malheurs
j’aurais brandi ma hache et je t’aurais détruite
j’aurais fait de toi un radeau.
Mais que faire, ô porte
maintenant que je t’ai élevée ?
Peut-être un roi viendra-l-il après moi
effacera mon nom
et mettra le sien »

Gilgamesh écoute la parole de son ami
ses larmes coulent
il ouvre la bouche et dit à Enkidou :

« Enlil t’a accordé un cœur vaste
il t’a donné la sagesse
mais tu prononces des paroles extrêmes.
Pourquoi, mon ami,
as-tu prononcé ces paroles étranges ?
Ton rêve inquiète comme tous les rêves
et te trouble.
Les dieux sèment le trouble chez les vivants
et les rêves l’inquiétude.
Je vais dormir et implorer les dieux. »

Au lever du jour
Enkidou, les yeux pleins de larmes
invoque le dieu Shamash et maudit le chasseur :

« Arrache au chasseur tout son bien
change sa force en faiblesse.

Que ses bienfaits devant toi
soient méfaits.
Puisse le gibier s’échapper
de ses mains.

Q’aucun désir de son cœur
ne soit réalisé. »

Enkidou le chagrin en son cœur
maudit la courtisane :

« Viens courtisane
que je fixe ton destin
un destin qui ne finira jamais
et que je te maudisse
de la grande malédiction.
Que dans l’instant tu sois frappée :
que tu ne puisses construire une maison
mais que les coins obscurs
soient ton abri
que les déchets de la ville
soient ta nourriture
qu’à l’ombre du mur
tu te tiennes debout
que l’ivrogne comme le sobre
te frappe la joue
que tes amants te rejettent
aussitôt que des charmes de ton corps
leur plaisir est rassasié. »

Lorsque le dieu Shamash entend ces paroles
du haut du ciel il appelle Enkidou et lui parle :

« Pourquoi Enkidou as-tu maudit la courtisane ?
Celle qui t’a appris
comment manger le pain
qui convient à la divinité
celle qui t’a fait boire de la boisson
qui convient aux rois
celle qui t’a couvert
d’un vêtement luxueux
cette qui t’a donné Gilgamesh le superbe
pour ami et compagnon :
Gilgamesh ton ami et ton frère
qui t’a fait coucher
dans un lit somptueux
qui t’a fait asseoir
sur le siège de repos à sa gauche
et a fait baiser tes pieds
par les princes de la terre.
Maintenant il fera pleurer et se lamenter sur toi
les habitants d’Ourouk
il fera pleurer même les gens qui sont dans la joie.
Gilgamesh après toi
laissera sa chevelure le long de son dos
il se vêtira d’une peau de lion
et s’en ira errer dans le désert. »

Lorsque Enkidou entend Shamash le héros
sa fureur s’apaise et il dit :

« Viens, courtisane,
que je fixe à nouveau ton destin
ma bouche qui t’a maudit
maintenant te bénit :
les rois, (es princes et les grands t’aimeront
celui qui est à une double heure de toi
se frappera la cuisse pour toi
celui qui est à deux doubles heures de toi
ébouriffera ses cheveux pour toi
les jeunes gens dénoueront
leur ceinture pour toi
ils t’offriront des lapis-lazuli
de l’or et des rubis
que celui qui t’a humiliée
soit châtié
que sa maison et ses greniers
soient vides
que le prêtre d’Ourouk
te laisse entrer au temple en présence des dieux
que pour toi l’épouse soit abandonnée
même si elle est mère de sept enfants. »

La maladie d’Enkidou s’aggrave
il reste couché sur son lit
et il confie son chagrin
à son ami dans la nuit :

« Mon ami
j’ai eu un songe cette nuit :
le ciel tonnait
la terre lui répondait
et moi j’étais debout entre eux
lorsqu’un homme au visage sombre
apparut devant moi.
Son visage était semblable à Anzou
ses ongles étaient des serres d’aigle.
Il me dévêtit
et me tint par ses griffes
il m’enserra et je perdis le souffle
il transforma mon apparence
mes bras devinrent pareils
à des ailes d’oiseau couvertes de plumes
il me fixa, me prit
et me dirigea vers la demeure de l’obscurité
demeure d’lrkalla.

Il me dirigea vers la demeure sans retour
il me dirigea vers la route sans retour
vers la demeure de l’éternelle obscurité
vers la demeure
dont les habitants sont privés de lumière
qui ont la poussière pour nourriture
et la boue pour pain.
ils sont comme des oiseaux
vêtus d’ailes de plumes
ils vivent dans l’obscurité sans jamais voir la lumière.
Dans cette maison de poussière
j’ai vu les rois et les gouverneurs
oui, j’ai vu les grands qui ont porté les couronnes
et ont gouverné les pays autrefois
ces représentants des dieux Anou et Enlil
qui leur servaient les viandes rôties
en offrande
du pain et l’eau fraîche des outres.
J’ai vu leurs couronnes entassées par terre.
Dans la demeure de poussière
où je suis entré, j’ai vu
le grand prêtre et les serviteurs du temple
les prêtres purificateurs, les enchanteurs et les incantateurs
ceux qui servent l’huile à onction pour les grands dieux
Etana et Soumouqan
Ereshkigal la reine du monde d’En bas aussi
et Bêlet-Sêri la scribe du monde d’En bas
qui se prosternait devant elle.
Elle tenait dans sa main une tablette et lisait.
Quand elle leva la tête, elle me vit et dit :
« Qui a amené cet homme ici ?
éloignez-le de moi. »

Au lendemain de ce rêve
la maladie d’Enkidou s’aggrave

il reste étendu sur sa couche
un premier jour, un deuxième, et un troisième jour
un quatrième un cinquième et un sixième jour
un septième un huitième et un neuvième
puis un dixième jour.
La maladie d’Enkidou s’aggrave
le onzième et le douzième jours sont passés
et Enkidou reste étendu sur sa couche
il appelle Gilgamesh et lui dit :

« Mon ami, une malédiction me frappe
je ne vais pas mourir
comme celui qui tombe en plein combat
humilié je vais mourir malgré moi
mon ami
celui qui tombe au combat est béni. »

Mais Gilgamesh ne peut rien répondre
aux appels de son ami.
Devant l’agonie d’Enkidou
il ne trouve que les pleurs et les lamentations.
Au premier rai de lumière à l’aube
Gilgamesh dit à son ami :

« Enkidou
la gazelle est ta mère
l’âne sauvage est ton père
tu as grandi en tétant le lait des ânesses sauvages
que les pistes de la Forêt des Cèdres te pleurent !
que ne cessent les lamentations sur toi
ai ta nuit ni le jour !
Que te pleurent les Anciens d’Ourouk aux remparts
que te pleurent les gens d’Ourouk
qui derrière nous
nous désignaient du doigt et nous bénissaient
et que l’écho des pleurs
retentisse dans les campagnes
que sur toi se lamentent l’ours et l’hyène
le tigre et le léopard, le chacal et le lion
le cerf, les gazelles
et tous les animaux de la plaine.
Que sur toi se lamente le fleuve Oulaï
dont nous avons parcouru les rives.
Que te pleure le pur Euphrate
où nous puisions notre eau.
Que sur toi se lamentent
les guerriers d’Ourouk aux remparts,
la ville où nous avons tué le taureau céleste.
Que te pleurent
ceux qui ont exalté ton nom à Éridou
ceux qui ont frotté d’huile parfumée ton dos
et t’ont fait boire de la bière.
Que sur toi se lamentent
ceux qui t’ont fait goûter le pain
pour la première fois.
Que te pleurent les frères et les sœurs. »

Au premier rai de lumière de l’aube
Gilgamesh se lamente et pleure sur Enkidou.
Aux Anciens d’Ourouk il dit :
« Écoutez-moi Anciens d’Ourouk
sur Enkidou mon ami et mon compagnon
amèrement je pleure et me lamente
comme une pleureuse.

Celui qui fut la hache de mon côté
et la force de mon bras
le poignard de ma ceinture
et le bouclier de ma défense
ma seule joie et mon habit de fête.

Un démon impitoyable a surgi
et m’a dérobé mon ami mon petit frère
âne sauvage des collines
léopard du désert.

Ô Enkidou, mon ami mon petit frère
âne sauvage des collines
léopard du désert
ensemble nous avons vaincu les obstacles
gravi le sommet des montagnes
ensemble nous avons saisi
le taureau céleste et l’avons tué
ensemble nous avons abattu Houmbaba
qui demeurait dans la Forêt des Cèdres.

Quel est donc ce sommeil profond
qui maintenant te saisit et te domine ?
L’obscurité de la nuit t’enveloppe
et tu ne m’entends plus. »

Enkidou ne lève plus les yeux
Gilgamesh lui touche le cœur
son cœur ne bat plus.
Alors comme une fiancée

il couvre le visage de son ami
comme un lion il rugit autour de lui
il va et vient en regardant Enkidou
comme une lionne à qui on a enlevé ses petits.
Il arrache ses cheveux et les jette à terre
il déchire ses beaux vêtements
et les rejette comme un sacrilège.

Au premier rai de lumière à l’aube
Gilgamesh se lève et fait appel
aux artisans de la ville :

« Ciseleurs, orfèvres, lapidaires
faites une statue de mon ami. »

Gilgamesh fait sculpter pour Enkidou
une statue dont la poitrine est en lapis-lazuli
et le corps en or
il se lamente et pleure sur son ami. »

« Dans le lit somptueux de la gloire je t’ai couché
sur le siège de repos à ma gauche, je t’ai assis
pour que tes princes de la terre viennent et baisent tes pieds.
Je ferai pleurer et se lamenter sur toi
les habitants d’Ourouk
même ceux qui sont dans la joie,
je les ferai pleurer sur toi
et moi-même
je laisserai mes cheveux le long de mon dos
je me vêtirai d’une peau de lion
j’irai errer dans le désert. »

Gilgamesh dresse une table de bois de cèdre
il remplit de beurre un vase de lapis-lazuli
de miel un vase de cornaline,
et en fait offrande à Shamash.

Après les rituels funéraires
Gilgamesh s’en va errer
à travers les plaines, les monts et les vallées
pour un long voyage
vers son aïeul Outa-Napishtim
le seul survivant du déluge
qui a pu recevoir des dieux la récompense de l’immortalité,
afin de découvrir auprès de lui le secret de la vie éternelle.
Il se lamente et dit dans son cœur :

« Quand je serai mort
ne vais-je pas moi aussi devenir comme Enkidou.
Le chagrin et la tristesse ont envahi mes entrailles
me voici par peur de la mort
errant dans les prairies
vers Outa-Napishtim fils d’Oubar-Toutou
j’ai pris la route et j’ai hâté le pas.
La nuit lorsque j’ai atteint
les passages des montagnes
j’ai vu les lions, la peur m’a saisi
alors j’ai levé la tête vers le dieu Sin
je l’ai prié et j’ai imploré Ishtar
la souveraine parmi les dieux
pour qu’elle me protège et me garde la vie.  »

L’HOMME-SCORPION

La nuit il se couche
mais un songe le réveille.
Il voit les lions autour de lui
se réjouir à la lumière de la lune.
I1 prend sa hache et dégaine le poignard de sa ceinture
comme la flèche il se jette sur eux
les frappe et les fait fuir.

Après ce songe
Gilgamesh arrive devant une grande montagne
dont le nom est Mashou.
Cette montagne garde chaque jour
le lever du soleil et son coucher
son sommet atteint la voûte du ciel
et à la base, sa poitrine touche le monde d’En bas.
Des hommes-scorpions gardent sa porte
ils inspirent la peur et la terreur
leur vue c’est la mort
leur majesté terrifiante règne sur les montagnes.
Ils gardent le soleil
à son lever et à son coucher.
Lorsque Gilgamesh les voit
son visage pâlit d’effroi
mais il reprend sa force et s’approche d’eux.

L’homme-scorpion appelle sa femme
et lui dit :

« Un homme vient vers nous
son corps est fait de la chair des dieux ! »

L’épouse de l’homme-scorpion
lui répond :

« Pour deux tiers il est dieu
et pour un tiers homme ! »

L’homme-scorpion appelle Gilgamesh
et s’adresse au descendant des dieux :

« Pourquoi as-tu fait ce lointain voyage ?
Pourquoi as-tu parcouru cette longue route et traversé les mers infranchissables ?
Je veux savoir la raison de ta venue jusqu’à moi. »

Gilgamesh lui répond :

« Je suis venu chercher mon aïeul Outa-Napishtim
l’homme qui a trouvé l’immortalité
je suis venu le questionner
sur la vie et la mort. »

L’homme-scorpion dit à Gilgamesh :

« Gilgamesh
personne n’a pu faire ce chemin
aucun être humain n’a traversé
le passage de la montagne
il s’étend durant douze doubles heures,
l’obscurité y est totale
il n’y a aucune lumière
du lever du soleil
jusqu’au coucher du soleil. »

Gilgamesh lui répond :

« J’ai voulu faire ce voyage
dans le chagrin et la douleur
par le grand froid et la grande chaleur
dans les gémissements et les pleurs.
Ouvre-moi maintenant la porte de la montagne. »

L’homme-scorpion dit à Gilgamesh :

« Entre Gilgamesh
n’aie plus de crainte
je t’ai permis de traverser les monts
puisses-tu parcourir les montagnes
que tes pas te ramènent sain et sauf :
voici la porte de la montagne ouverte devant toi. »

SHAMASH

Le dieu-soleil

Après ces paroles
Gilgamesh prend le chemin du soleil. Au bout d’une double heure
l’obscurité est totale.
Il n’y a aucune lumière
il ne peut voir ni ce qui est devant lui
ni ce qui est derrière lui.

Au bout de deux doubles heures
puis de quatre doubles heures
l’obscurité est totale
il n’y a aucune lumière
il ne peut voir ni devant ni derrière lui.

Il marche cinq doubles heures
six, sept et huit doubles heures.
L’obscurité est totale
il n’y a aucune lumière
il ne peut voir ni ce qui est devant lui
ni ce qui est derrière lui.

Au bout de neuf doubles heures
il sent le vent du nord
frapper son visage
mais l’obscurité est encore épaisse
il ne peut voir ni ce qui est devant lui
ni ce qui est derrière lui.

SIDOURI

La « cabaretière »

Gilgamesh après avoir longtemps marché
arrive au bord de la mer.
Sidouri qui abreuve de vin les dieux
qui habite sur le rivage
l’aperçoit vêtu de peaux de bête.
La fatigue et l’épuisement
marquent son visage défait
bien que son corps soit fait de la chair des dieux
il ressemble à celui qui a fait un long voyage.
Sidouri voyant de loin Gilgamesh
dit dans son cœur :

« Cet homme ressemble à un malfaiteur
où va-t-il ainsi errant ? »

Voyant Gilgamesh approcher
elle ferme sa porte
et la verrouille bien.
Lorsqu’il entend le bruit de la porte
Il lui parle :

« Qu’as-tu vu en moi, cabaretière
pour fermer et verrouiller ta porte ?
Je casserai ta porte
je briserai l’entrée. »

Voyant Gilgamesh approcher
elle ferme sa porte
et la verrouille bien.
Lorsqu’il entend le bruit de la porte
Il lui parle :

« Qu’as-tu vu en moi, cabaretière
pour fermer et verrouiller ta porte?
Je casserai ta porte
je briserai l’entrée. »

Elle lui demande qui il est
et ce qu’il vient faire en ces lieux
interdits aux communs des mortels.
Gilgamesh ouvre la bouche
et lui dit:
« Je suis Gilgamesh
je suis celui qui a saisi et tué le taureau du ciel
je suis celui qui a vaincu et abattu Houmbaba
le gardien de la forêt. »

Sidouri dit à Gilgamesh :

« Si tu es vraiment Gilgamesh
celui qui a tué le gardien de la forêt
qui a vaincu Houmbaba le gardien des cèdres
qui a tué les lions dans les passages des montagnes
qui a saisi et tué le taureau du ciel
pourquoi tes joues sont-elles flétries
et ton visage si sombre ?
Pourquoi le chagrin est-il dans ton cœur
pourquoi la fatigue et l’épuisement
marquent-ils ton visage défait
pareil au visage de celui qui a fait un long voyage
pourquoi la grande chaleur et le grand froid
ont-ils frappé ton visage
pourquoi vas-tu errant dans le désert ? »

Gilgamesh répond à Sidouri :

« Comment mes joues ne seraient-elles pas flétries
et mon visage sombre?
Comment le chagrin ne serait-il pas dans mon cœur ?
Comment la fatigue et l’épuisement
ne marqueraient-ils pas mon visage défait
pareil au visage de celui qui a fait un long voyage ?
Comment la grande chaleur et le grand froid
n’auraient-ils pas frappé mon visage ?
Le « destin des hommes » a atteint mon compagnon,
mon petit frère
âne sauvage de la plaine
tigre du désert
celui qui a vaincu tous les obstacles
celui qui a abattu Houmbaba
le gardien de la Forêt des Cèdres.
Enkidou, mon ami, mon compagnon
celui que j’ai aimé d’amour si fort
est devenu ce que tous les hommes deviennent.
Je l’ai pleuré la nuit et le jour
je me suis lamenté sur lui
six jours et sept nuits
en me disant qu’il se lèverait
par la force de mes pleurs et de mes lamentations
je n’ai pas voulu le livrer au tombeau
je l’ai gardé six jours et sept nuits
jusqu’à ce que les vers
recouvrent son visage
après sa mort je n’ai plus retrouvé la vie
et je suis allé errant dans le désert.
Ce qui est arrivé à mon ami me hante
mon ami que j’aimais d’amour si fort
est devenu de l’argile
et moi aussi
devrais-je me coucher
et ne plus jamais me lever ?
Et maintenant que j’ai vu ton visage, cabaretière,
pourrais-je ne pas voir la mort que je crains ? »

L’HUMAINE CONDITION

Sidouri dit à Gilgamesh :

« Où vas-tu Gilgamesh ?
La vie que tu cherches
tu ne la trouveras pas.

Lorsque les grands dieux créèrent les hommes,
c’est la mort qu’ils leur destinèrent
et ils ont gardé pour eux la vie éternelle,
mais toi Gilgamesh
que sans cesse ton ventre soit repu
sois joyeux nuit et jour
danse et joue
fais chaque jour de ta vie
une fête de joie et de plaisirs
que tes vêtements soient propres et somptueux
lave ta tête et baigne-toi
flatte l’enfant qui te tient par la main
réjouis l’épouse qui est dans tes bras.
Voilà les seuls droits que possèdent les hommes. »

OUR-SHANABI

Batelier des dieux

Gilgamesh répond à Sidouri :
« Où est le chemin, cabaretière,
qui mène à Outa-Napishtim,
montre-moi
comment faire pour me diriger vers lui.
Si pour l’atteindre je dois traverser les mers
je le ferai.
S’il est impossible de l’atteindre
j’irai errant dans le désert. »

Sidouri dit à Gilgamesh :

« Personne jusqu’alors, Gilgamesh,
n’a fait ce voyage.
Seul le puissant Shamash
peut traverser la mer
et qui d’autre que Shamash peut la traverser?
Le voyage est dur et pénible
que feras-tu lorsque tu atteindras
les eaux profondes de la mort ?
Écoute, Gilgamesh,
il y a ici Our-Shanabi,
le batelier d’Outa-Napishtim
qui a avec lui les shout-abni,

il est maintenant dans la forêt
pour ramasser de l’Ournou
montre toi à ses yeux
si tu peux, traverse avec lui,
sinon rentre dans ton pays. »

Gilgamesh entendant ces paroles
prend sa hache, dégaine son poignard
et s’enfonce dans la forêt.
Comme une flèche
il se jette sur les shout-abni
dans sa furie il les brise.
Our-Shanabi voit le poignard briller
il entend le bruit de la hache
il lève les yeux
voit Gilgamesh et lui dit :

« Dis-moi quel est ton nom
moi, mon nom est Our-Shanabi
le batelier d’Outa-Napishtim le lointain. »

Gilgamesh dit à Our-Shanabi :

Plan simplifié d'Uruk aux périodes séleucide et parthe, avec localisation des principaux sanctuaires

Plan simplifié d’Uruk aux périodes séleucide et parthe, avec localisation des principaux sanctuaires

« Mon nom est Gilgamesh
je suis venu d’Ourouk
de l’Eanna sacré, demeure d’Anou et d’Ishtar.
J’ai traversé les montagnes
j’ai fait un long voyage
par où le soleil se lève
je suis venu pour te voir
et maintenant que j’ai vu ton visage
Our-Shanabi fais-moi connaître
Outa-Napishtim, le lointain. »

Our-Shanabi dit à Gilgamesh :

« Pourquoi alors tes joues sont-elles flétries
et ton visage si sombre ?
Pourquoi le chagrin est-il dans ton cœur ?
Pourquoi la fatigue et l’épuisement
marquent -ils ton visage défait
pareil au visage de celui qui a fait un long voyage?
Pourquoi la grande chaleur et le grand froid
ont-ils frappé ton visage?
Pourquoi vas-tu errant dans le désert ? »

Gilgamesh dit à Our-Shanabi :

« Comment mes joues ne seraient-elles pas flétries
et mon visage sombre?
Comment le chagrin ne serait-il pas dans mon cœur ?
Comment la fatigue et l’épuisement
ne marqueraient-ils pas mon visage défait
pareil au visage de celui qui a fait un long voyage ?
Comment la grande chaleur et le grand froid
n’auraient-ils pas frappé mon visage ?
Le destin des hommes a atteint mon compagnon
mon petit frère
âne sauvage de la plaine
tigre du désert
celui qui a vaincu tous les obstacles
qui a gravi le sommet des montagnes
celui qui a saisi et tué le taureau céleste
qui a abattu Houmbaba
le gardien de la Forêt des Cèdres.
Enkidou, mon ami, mon compagnon
celui que j’ai aimé d’amour si fort
celui qui m’a accompagné dans toutes les épreuves
est devenu ce que tous les hommes deviennent.
Je l’ai pleuré la nuit et le jour
je me suis lamenté sur lui
six jours et sept nuits
en me disant qu’il se lèverait
par la force de mes pleurs et de mes lamentations.
Je n’ai pas voulu le livrer au tombeau
je l’ai gardé six jours et sept nuits
jusqu’à ce que les vers lui tombent du nez.

Après sa mort je n’ai plus retrouvé la vie
par peur de la mort
me voici errant dans le désert.
Ce qui est arrivé à mon ami me hante.
Comment pourrais-je trouver le repos?
Comment pourrais-je me taire?
Mon ami que j’aimais d’amour si fort
est devenu de l’argile,
moi aussi devrais-je me coucher
et ne plus jamais me lever ? »

Gilgamesh dit encore à Our-Shanabi :

« Maintenant Our-Shanabi
montre-moi le chemin qui mène à Outa-Napishtim,
indique moi la route qui mène jusqu’à lui,
si pour l’atteindre je dois traverser les mers
je le ferai
s’il est impossible de l’atteindre
j’irai errant dans le désert. »

Our-Shanabi parle et dit à Gilgamesh :

« Tes mains Gilgamesh
ont empêché le passage,
tu as brisé et détruit les shout-abni,
sans eux on ne peut plus traverser.
Va Gilgamesh
prend la hache,
descends dans la forêt
et coupe cent vingt perches
de soixante coudées chacune
et couvre-les de bitume. »

Gilgamesh entendant ces paroles
prend sa hache
dégaine son poignard
et descend dans la forêt.
Il coupe cent vingt perches
chacune de soixante coudées
il les couvre de bitume
et les apporte à Our-Shanabi.
Après la préparation du bateau
Gilgamesh et Our-Shanabi s’embarquent,
ils descendent la barque sur les flots
et ils naviguent.
Au troisième jour
le trajet d’un mois et quinze jours
est accompli.
Quand Our-Shanabi atteint les eaux de la mort
il dit à Gilgamesh :

« Dépêche-toi Gilgamesh
prends une perche pour pousser
mais que ta main
ne touche pas les eaux de la mort.
Dépêche-toi Gilgamesh
prends une deuxième perche
une troisième et une quatrième.
Prends, Gilgamesh une cinquième perche
une sixième et une septième.
Prends, Gilgamesh, une huitième perche
une neuvième et une dixième.
Prends une onzième et une douzième. »

Au bout de cent vingt perches
Gilgamesh a utilisé toutes les perches
alors il enlève ses vêtements
et les hisse comme une voile.

OUTA-NAPISHTIM

L’aïeul immortel

Outa-Napishtim de loin regarde la barque
et parle dans son cœur :

« Pourquoi les shout-abni
de la barque sont-ils brisés ?
Pourquoi un autre que son batelier
est-il à son bord ?
Celui qui vient n’est pas un homme à moi. »

Outa-Napishtim demande à Gilgamesh
qui il est, ce qu’il vient faire
en ces lieux interdits aux communs des mortels.
S’adressant à Gilgamesh il lui dit :

« Pourquoi tes joues sont-elles flétries
et ton visage si sombre ?
Pourquoi le chagrin est-il dans ton cœur ?
Pourquoi la fatigue et l’épuisement marquent-ils
ton visage défait
pareil au visage de celui qui a fait un long voyage ?
Pourquoi la grande chaleur et le grand froid
ont-ils frappé ton visage ?
Pourquoi vas-tu errant dans le désert ? »

Gilgamesh dit à Outa-Napishtim :

« Comment mes joues ne seraient-elles pas flétries
et mon visage sombre?
Comment le chagrin ne serait-il pas
dans mon cœur ?
Comment la fatigue et l’épuisement
ne marqueraient-ils pas mon visage défait
pareil au visage de celui qui a fait un long voyage ?
Comment la grande chaleur et le grand froid
n’auraient-ils pas frappé mon visage ?
Comment n’irais-je pas errant dans le désert ?

Le « destin des hommes » a atteint mon compagnon
mon petit frère
âne sauvage de la plaine
léopard du désert
celui qui a vaincu tous les obstacles
et gravi le sommet des montagnes
celui qui a saisi et tué le taureau céleste
qui a abattu Houmbaba
le gardien de la Forêt des Cèdres.
Enkidou mon ami, mon compagnon,
celui que j’ai aimé d’amour si fort,
celui qui m’a accompagné dans toutes les épreuves
est devenu ce que tous les hommes deviennent.

Je l’ai pleuré la nuit et le jour
je me suis lamenté sur lui
six jours et sept nuits
en me disant qu’il se lèverait
par la force de mes pleurs et de mes lamentations.
Je n’ai pas voulu le livrer au tombeau
je l’ai gardé six jours et sept nuits
jusqu’à ce que les vers lui tombent du nez.
Après sa mort je n’ai plus retrouvé la vie.
Par peur de la mort
me voici errant dans le désert
ce qui est arrivé à mon ami
pèse très lourd sur ma poitrine
ce qui est arrivé à mon ami me hante.

Comment pourrais-je trouver le repos
comment pourrais-je me taire
mon ami que j’aimais d’amour si fort
est devenu de l’argile
et moi aussi devrais-je me coucher
et ne plus jamais me lever ? »

Gilgamesh dit encore à Outa-Napishtim :

« Ainsi je suis venu pour voir
Outa-Napishtim qu’on nomme « le lointain » .
J’ai parcouru toutes les plaines
j’ai traversé les montagnes inaccessibles
et toutes les mers
je n’ai pas fermé les paupières
je n’ai pas goûté le sommeil
la marche et le voyage m’ont exténué
la fatigue et la douleur ont rempli mon corps
à peine avais-je atteint la maison de la cabaretière
que mes vêtements étaient déchirés et usés.
J’ai tué l’ours et l’hyène
le lion, le léopard et le tigre
j’ai tué la gazelle et le cerf
j’ai mangé leur chair, je me suis vêtu de leur peau. »

Outa-Napishtim dit à Gilgamesh :

« Gilgamesh
pourquoi cette douleur dans ton cœur
toi qui porte en toi la chair des dieux ?
La mort est cruelle et sans merci.
Qui de nous bâtit des maisons indestructibles ?
Qui de nous scelle des contrats éternels ?
Les frères héritent, partagent.
Quel héritage est perpétuel ?
La haine, même la haine
existera-t-elle dans le pays pour toujours ?
Est-ce que le fleuve monte
et amène la crue pour toujours ?
La libellule à peine sortie à la lumière
entrevoit le soleil et atteint son terme.
Depuis les temps les plus anciens
Hélas ! rien ne dure
le dormeur et le mort se ressemblent
les deux n’ont-ils pas l’aspect de la mort ?
Qui, la mort venue, peut distinguer entre le serf et le maître ?
Les Anounnaki , les grands dieux
tiennent conseil
avec eux, Mammitoum la « créatrice des destins »
pour décider ensemble des destins,
ils répartissent la vie et la mort
ils révèlent les jours de la vie
mais de la mort ils ne révèlent pas le jour. »

LE DELUGE

La plante d’immortalité

Tablette de Ninive : récit assyrien du déluge

Tablette de Ninive : récit assyrien du déluge

Gilgamesh dit à Outa-Napishtim :

« Je te regarde Outa-Napishtim
ton aspect n’est pas différent du mien
tu es pareil à moi tu me ressembles même
je t’imaginais parfait comme le héros
prêt au combat
mais voici que je te trouve fragile.
Pour te reposer
comme moi tu te couches sur le dos.
Dis-moi
comment es-tu entré dans l’assemblée des dieux
et as-tu obtenu la vie éternelle ? »

Outa-Napishtim répond à Gilgamesh:
« Je vais te dévoiler
un secret profond et mystérieux
et te faire connaître un des secrets des dieux :
toi, tu connais Shourouppak,
la ville située sur le bord de l’Euphrate
cette ville
où depuis des temps très éloignés
les dieux habitent.
Un jour, les grands dieux ont décidé
de faire le déluge
entre eux ils ont tenu conseil
parmi eux siégeaient leur père Anou
leur conseiller, le héros Enlil
leur assistant et ministre Ninourta
leur surveillant et messager Ennougi
et Nin-Igi-Kou
Ea le sage était présent parmi eux.

Ea répéta leurs paroles à une hutte de roseaux:
« Hutte de roseaux, hutte de roseaux
et toi mur, et toi mur
écoute bien, hutte de roseaux
comprends bien, mur ! »

Homme de Shourouppak, fils d’Oubar-Toutou
démolis ta maison et construis pour toi un bateau
abandonne tes biens et tes richesses
demande la vie sauve
rejette tes possessions et préserve ta vie
charge dans le bateau
la substance de tout ce qui vit.

Ce bateau que tu construiras
que ses mesures soient bien exactes
que sa largeur égale sa longueur
scelle le bateau
rends-le semblable à l’Apsou, les eaux des profondeurs.

Lorsque j’ai entendu et compris,
à mon seigneur Ea j’ai dit:
« A ton ordre mon seigneur,
j’obéirai et j’exécuterai ce que tu as ordonné
mais que dois-je dire à la ville?
Que répondre aux gens et aux Anciens ? »

Ea s’adresse à moi son serviteur :

« Dis leur ceci:
je sais qu’Enlil me hait
je ne pourrai plus vivre dans votre ville
je ne retournerai plus sur la terre d’Enlil
pour y habiter
mais je descendrai dans l’Apsou
pour vivre avec mon seigneur Ea
quant à vous, il vous pleuvra en abondance
toutes sortes d’oiseaux, toutes les espèces de poissons
le pays sera rempli de récoltes et de biens
et le soir celui qui tient les tempêtes
fera pleuvoir sur vous une pluie de blé. »

Outa-Napishtim dit encore à Gilgamesh :

« A la première lueur du jour
les gens du pays s’assemblèrent autour de moi
ils me portèrent d’excellents moutons
pour le sacrifice
ils me portèrent des bêtes de la plaine aussi
pour le sacrifice.
Les jeunes gens parmi eux
me portèrent le bitume,
les grands me portèrent
tous les autres éléments nécessaires.
Au cinquième jour
je dressais la charpente du bateau
son plancher faisait un Ikou
la hauteur de ses parois cent vingt coudées,
la longueur de chacun des côtés
était de cent vingt coudées,
et voici comment j’ai complété sa forme :
j’ai fait six ponts
ainsi je l’ai divisé en sept étages
j’ai divisé chaque étage en neuf parties
j’ai enfoncé les chevilles marines
pour empêcher les eaux de s’infiltrer
j’ai mis les perches et chargé les provisions.
Pour la construction
j’ai versé six Sar de goudron
‘ai versé aussi six sars de bitume
les porteurs des bacs apportèrent trois sars d’huile
un seul sar d’huile pour enfoncer les chevilles marines
et deux autres sars d’huile que le batelier garda en provision.
Chaque jour pour la nourriture des gens
j’ai fait égorger les bœufs et les moutons
j’ai offert aux artisans le jus des vignes
le vin rouge, le vin blanc
et la bière pour qu’ils en boivent
comme l’eau du fleuve.
Enfin j’ai fait une fête,
comme le jour du Nouvel An,
je me suis lavé et frotté les mains avec de l’huile.
Au septième jour
la construction du bateau était terminée.
Sa descente dans l’eau était difficile
ils durent changer les planchers du haut et du bas
afin que les deux tiers du bateau
s’immergent dans l’eau.
J’ai porté dans le bateau tout ce que je possédais.

Tout ce que je possédais d’argent
je l’ai porté.
Tout ce que je possédais d’or,
je l’ai porté.
Tout ce que j’avais d’espèces vivantes
je l’ai porté aussi.
J’ai fait monter dans le bateau
toute ma famille et mes parents
j’ai fait monter les bêtes domestiques
et celles de la plaine
tous les artisans je les ai fait monter aussi.
Le dieu Shamash
m’a fixé le moment précis et m’a dit:
« Lorsque le soir, celui qui tient les tempêtes
fera pleuvoir la pluie de malheur
entre dans le bateau et ferme ta porte ! »
Lorsque le moment fut venu
le soir, celui qui tient les tempêtes
a fait pleuvoir une pluie de malheur.
Je regardai le temps
il était sombre et effrayant à voir
alors j’entrai dans le bateau et fermai ma porte.
Je confiai la navigation du bateau
au batelier Pouzour-Amouri
je lui confiai le bateau et ses biens.
Aux premières lueurs de l’aurore.
au-dessus de l’horizon lointain
des profondeurs du ciel,
monte un noir nuage
à l’intérieur le dieu Adad tonnait
devant lui marchaient ses messagers :
les dieux Shoullat et Hanish.
Ils avançaient et menaçaient
dans les montagnes et les plaines.
Le dieu Nergal arracha les piliers,
le dieu Ninourta fit éclater les barrages du ciel
les dieux Anounnaki portaient les flambeaux,
de leur lueur la terre s’enflammait
les tonnerres du dieu Adad,
atteignaient le haut des cieux
et transformaient toute lumière en obscurité.
La vaste terre se brisait comme une jarre.
Les tempêtes du vent du sud
se déchaînèrent tout un jour
elles se déchaînèrent et s’amplifièrent
elles couvraient même les sommets des montagnes
et massacraient les gens.
Comme dans une grande cohue
le frère ne voyait plus son frère
les gens ne se distinguaient plus du ciel
les dieux mêmes s’épouvantaient
de la clameur de ce déluge.
Ils s’enfuyaient devant eux
et montaient sur les plus hauts des cieux d’Anou,
vers le septième ciel.
Les dieux rampaient,
accroupis comme des chiens
hors du monde.
Ishtar criait
comme une femme qui enfante
la Dame des dieux gémissait
elle pleurait de sa sublime voix et se lamentait :
« Quelle désolation
voici les premiers jours redevenus argile
parce que j’ai prononcé le mal
dans l’assemblée des dieux
que m’est-il arrivé pour prononcer ce mal ?
J’ai accepté la destruction de mes créatures
moi qui les ai engendrées
maintenant elles remplissent les flots
comme des œufs de poisson » .

Avec elle, les dieux Anounnaki pleuraient
oui, les dieux accablés se lamentaient
et leurs lèvres se desséchaient.
Six jours et sept nuits passèrent
les tempêtes du déluge soufflaient encore
les tempêtes du sud couvraient le pays.
Le septième jour
les tempêtes du déluge
qui telle une armée
avaient tout massacré sur leur passage
diminuèrent d’intensité
la mer se calma
le vent s’apaisa
la clameur du déluge se tut.

Je regardais le ciel, le silence régnait
je vis les hommes redevenus argile
les eaux étales formaient un toit.
J’ouvris une petite fenêtre
la lumière tomba sur mon visage
je m’agenouilla et me mis à pleurer
les larmes coulaient le long de mon visage
je regardais au loin les horizons des flots
je vis une bande de terre
dont la hauteur était de cent quarante quatre coudées :
Au pied du mont Niçir le bateau accosta.
Le mont Niçir retenait le bateau
et ne le laissait plus bouger.
Un premier et un deuxième jour
le mont Niçir retint le bateau
et ne le laissa plus bouger
un troisième et un quatrième jour
le mont Niçir retint le bateau
et ne le laissa plus bouger
un cinquième et un sixième jour
le mont Niçir retint le bateau
et ne le laissa plus bouger.

Lorsqu’arriva le septième jour
je lâchai une colombe,
la colombe prit son vol
n ayant pas trouvé ou se poser
elle revint.

Je lâchai l’hirondelle
l’hirondelle prit son vol
n’ ayant pas trouvé ou se poser
elle revint.
Puis je lâchai un corbeau

le corbeau prit son vol
lorsqu’il vit les eaux se retirer
ayant trouvé de la nourriture
il se posa et ne revint plus.

Alors je lâchai
tout ce que le bateau contenait
aux quatre vents.

Je fis une offrande
je versai de l’eau consacrée
sur le sommet de la montagne
je dressai sept et sept récipients rituels
sous lesquels j’entassai
des roseaux, du bois de cèdre
et de la myrte.
Les dieux en respirèrent la senteur
oui, les dieux en respirèrent le parfum
les dieux se rassemblèrent autour des offrandes
comme des mouches.

Lorsque la grande déesse Ishtar arriva
elle souleva le collier de pierres précieuses
que le dieu Anou avait fait selon son goût
et dit :
« Vous, les dieux qui êtes présents, pas plus que je n’oublierai
ce collier de lapis-lazuli qui est à mon cou
je n’oublierai ces jours
et je m’en souviendrai toujours.
Que tous les dieux approchent des offrandes
et qu’Enlil en reste éloigné car, sans réflexion, il a fait le déluge
et livré mes créatures au malheur » .

Lorsque Enlil arriva
voyant le bateau il s’irrita
et laissa aller sa colère
contre les igigi les dieux du ciel il dit :
« Comment se fait-il qu’il y ait une seule vie sauve
puisque tous les hommes devaient périr? »
Le dieu Ninourta dit au héros Enlil :
« Qui d’autre que le dieu Ea
peut arranger cela ?
Oui c’est Ea qui connaît le mystère des choses » .

Alors Ea ouvrit la bouche
parla et dit au héros Enlil :
« Toi le héros
toi le plus sage parmi les dieux
comment n’as-tu pas réfléchi
avant de faire le déluge?
Fais porter la faute
par celui qui l’a commise
le mal de l’agression
par l’agresseur
mais sois indulgent
afin qu’il n’en meure pas
sois sévère
afin qu’il ne persiste pas dans le mal
si au lieu du déluge
tu avais lâché les lions
tu aurais diminué le nombre des humains.

Si au lieu du déluge
tu avais lâché les loups
tu aurais diminué le nombre des humains.

Si au lieu du déluge
tu avais fait la disette dans le pays,
si Era dieu de l’épidémie et de la peste
avait massacré les gens
tu aurais diminué le nombre des humains.

Quant à moi
je n’ai pas révélé le secret des grands dieux
mais j’ai envoyé à Atra-Hasis un songe
qui lui a appris le secret des dieux
et maintenant décide de son destin » .
Enlil monta sur le bateau
me prit la main et me fit monter avec lui sur le bateau
il fit monter avec moi mon épouse
et la fit prosterner auprès de moi
il se mit entre nous deux,
toucha nos deux fronts, nous bénit et dit:
« Outa-Napishtim jusqu’alors
était humain
maintenant lui et son épouse
seront dieux comme nous
Outa-Napishtim demeurera au loin
à l’embouchure des fleuves » .

Puis ils m’emmenèrent au loin
et me firent demeurer à la bouche des fleuves.
Mais maintenant qui réunira les dieux pour toi, Gilgamesh,
pour que tu obtiennes la vie que tu cherches ?
Viens essaie de ne pas dormir
six jours et sept nuits. »

Gilgamesh encore assis est saisi par le souffle d’un sommeil profond
qui le couvre comme un brouillard.
Outa-Napishtim se retourne vers sa femme et lui dit :

« Regarde et contemple cet homme
héros qui cherche la vie éternelle !
Un souffle de sommeil profond
le saisit maintenant et le couvre comme le brouillard » .

L’épouse d’Outa-Napishtim
dit à son époux :

« Touche l’homme pour qu’il se réveille
et retourne sain et sauf
par la route d’où il est venu
qu’il revienne à son pays
par la porte d’où il est sorti. »

Outa-Napishtim répond à son épouse et lui dit:

« Puisque la tromperie
est dans la nature des hommes
il va essayer de te tromper.
Eh bien! Cuis pour lui des morceaux de pain
et mets-les auprès de sa tête
le nombre des jours qu’il dormira
marque-le sur le mur. »

Elle cuit des morceaux de pain
elle les met auprès de la tête de Gilgamesh
elle marque sur le mur
le nombre des jours de sommeil.
Le premier pain se dessèche
le deuxième se gâte
le troisième se ramollit
le quatrième: sa croûte est blanchie
le cinquième est encore frais
le sixième vient d’être cuit
et lorsque le septième est encore sur la braise
Outa-Napishtim touche Gilgamesh et le réveille.
Gilgamesh dit à Outa-Napishtim le lointain :

« A peine un souffle de sommeil m’a-t-il effleuré,
que tu m’as touché et réveillé. »

Outa-Napishtim lui répond:

« Gilgamesh compte les morceaux de pain
les chiffres du mur te diront
le nombre de jours que tu as dormi
le premier pain est desséché,
le deuxième n’est plus mangeable
le troisième est encore humide
la croûte du quatrième est blanchie
le cinquième est encore frais
le sixième vient d’être cuit
et pour le septième te voici réveillé. »

Gilgamesh dit
à Outa-Napishtim le lointain :

« Que puis-je faire, Outa-Napishtim,
où dois-je tourner mon visage ?
La mort despote a gagné
mon cœur et mon corps
oui, la mort habite ma couche
et où je pose le pied la mort m’a précédé. »

Outa-Napishtim
dit alors à Our-Shanabi le batelier:

« Our-Shanabi
que le port ne se réjouisse plus de ta venue
que te bannisse le passage
et que la rive te chasse
cet homme que tu as amené ici
dont les souillures couvraient le corps,
dont les peaux de bêtes cachaient la beauté.
Prends-le, Our-Shanabi,
conduis-le au lavoir
qu’il lave ses souillures
et devienne propre comme la neige
qu’il enlève de son corps les peaux de bêtes
et les jette dans la mer
afin que la beauté de son corps apparaisse
qu’il renouvelle le bandeau de sa tête
et qu’il s’habille d’un vêtement
qui couvre sa nudité
jusqu’à ce qu’il arrive à sa ville,
jusqu’à ce qu’il finisse son voyage
ne laisse pas vieillir ses vêtements
que son vêtement
garde toujours sa nouveauté. »

Our-Shanabi l’amène au lavoir
il lave ses souillures dans l’eau.
Gilgamesh devient propre comme la neige
il enlève de son corps les peaux de bêtes
que la mer emporte
la beauté de son corps apparaît.
Il renouvelle le bandeau de sa tête
il l’habille d’un vêtement nouveau
qui couvre sa nudité.
Jusqu’à l’arrivée à sa ville
jusqu’à la fin de son voyage
il porte sans cesse des vêtements neufs.
Gilgamesh et Our-Shanabi montent dans le bateau
ils mettent le bateau sur les flots
et se préparent à naviguer.
L’épouse d’Outa-Napishtim dit à son époux :

« Gilgamesh est venu jusqu’ici
il a enduré peines et souffrances
que peux-tu lui donner
pour le retour dans son pays ? »

A cet instant Gilgamesh lève la perche pour approcher le bateau du rivage
Outa-Napishtim lui dit :

« Gilgamesh tu es venu jusqu’ici
tu as enduré peines et souffrances
que puis-je te donner
pour le retour dans ton pays ?

Gilgamesh, je vais te dévoiler
une chose cachée oui je vais te dévoiler
un secret des dieux :

il existe une plante comme l’épine
elle pousse au fond des eaux
son épine te piquera les mains
comme fait la rose
si tes mains arrachent cette plante
tu trouveras la vie nouvelle. »

Lorsque Gilgamesh entend ces paroles
il ouvre le conduit
qui rejoint les eaux profondes
il attache de lourdes pierres à ses pieds
et descend au fond des eaux
où il voit la plante.
Il prend la plante qui lui pique les mains
il délie les lourdes pierres de ses pieds
il sort du fond de la mer
sur le rivage.
Gilgamesh dit à Our-Shanabi le batelier :

« Our-Shanabi
cette plante est une plante merveilleuse
l’homme avec elle peut retrouver
la force de la vie
je vais l’emporter avec moi
à Ourouk aux remparts.
Je la partagerai avec les gens
leur en ferai manger
son nom sera: « le vieillard retrouvant sa jeunesse » .
Moi-même j’en mangerai à la fin de mes jours
pour que ma jeunesse me revienne. »

Après vingt doubles heures
ils prirent un peu de nourriture
après trente doubles heures
ils s’arrêtèrent pour dormir.

Gilgamesh voit un puits d’eau fraîche
il descend pour se baigner
un serpent sent l’odeur de la plante
il se glisse, dérobe la plante
et à l’instant perd sa vieille peau .

Gilgamesh s’asseoit et pleure
les larmes coulent sur ses joues
à Our-Shanabi le batelier il dit :

« Pour qui, Our-Shanabi,
mes mains sont-elles devenues sans force ?
Pour qui ai-je versé le sang de mon cœur ?
Je n’ai fait aucun bien pour moi-même
mais pour le serpent, lion de terre
j’ai fait le bien !
Après cinquante doubles heures
celui-là vient me dérober la plante !
Lorsque j’ai ouvert le conduit des eaux
c’était déjà un signe pour moi d’abandonner
de laisser le bateau sur le rivage. »

EPILOGUE

Ourouk-Gilgamesh

Après vingt doubles heures
ils prennent un peu de nourriture.
Après trente doubles heures
ils s’arrêtent pour la nuit.

Lorsqu’ils arrivent enfin à Ourouk aux remparts
Gilgamesh dit à Our-Shanabi le batelier :

« Monte Our-Shanabi
sur les remparts d’Ourouk
laisse tes pieds les fouler.
Examine les fondations
et scrute le briquetage
vois si tout n’est pas d’argile cuite
et si les sept sages n’en ont pas posé les fondations.
Un sar pour l’habitation
un sar pour les palmeraies
et un sar pour la plaine irriguée
avec la place du temple d’Ishtar
ainsi Ourouk se compose
de trois sars et de la place du temple d’Ishtar. »

Celui qui a tout vu
celui qui a vu les confins du pays
le sage, l’omniscient
qui a connu toutes choses
celui qui a connu les secrets
et dévoilé ce qui était caché
nous a transmis un savoir
d’avant le déluge.

Il a fait un long chemin.
De retour, fatigué mais serein,
il grava sur la pierre
le récit de son voyage.

NOTES

Les termes « sémite » et « sémitique » ont été forgés en 1781 par l’historien allemand Schloezer pour définir des langues de la même famille.. akkadien (babylonien et assyrien), araméen, cananéen, hébreu, arabe…

Schloezer a choisi arbitrairement de regrouper les peuples qui parlaient ces langues en leur attribuant comme ancêtre commun Sem, fils de Noé. On ne peut donc employer ces termes que sur un plan linguistique, sans perdre de vue qu’il ne s’agit là que d’une convention.

Shamash : dieu-soleil.

Adad : dieu du tonnerre, de la tempête et de la pluie.

Arourou : déesse génitrice.

Ninourta : dieu de la violence et de la guerre.

Soumouquan : dieu des troupeaux et des bêtes sauvages.

Enlil : dieu de l’atmosphère.

Ea : dieu de la sagesse.

Larges oreilles : signe d’intelligence et de sagesse.

Ninsoun : la taure divine.

Héros du ciel d’Anou : (en babylonien : essence du dieu-ciel Anou), soldat du ciel ou météorites ; les étoiles sont les soldats du dieu Anou.

Ishhara : déesse de l’amour, un des aspects d’Ishtar. La scène qui suit fait allusion au rituel du mariage sacré (hiéro-gamos) pratiqué en Mésopotamie. Le roi s’unissait à une prêtresse symbolisant la déesse afin d’assurer la fertilité dans le pays.

Houmbaba : dans la forme babylonienne ancienne : Houwawa, génie qui garde la Forêt des Cèdres.

Un talent babylonien vaut soixante mines babyloniennes et la mine vaut environ 500 grammes.

Le signe qui exprime la prière est celui d’une main levée tandis que l’autre est placée devant la bouche.

Lougalbanda : ancien roi divinisé, époux de la déesse Ninsoun, et dieu protecteur de Gilgamesh. C’est le IIIe roi de la dynastie d’Ourouk après le déluge, le « bon pasteur » . le IVe est Doumouzi (Tammouz le berger né à Eridou), le Ve, Gilgamesh.

Egalmah : « palais sublime » dans ce texte il s’agit de la demeure de la déesse Ninsoun à Ourouk.

Aya : épouse de Shamash, elle représente l’aube, telle Eos chez les Grecs et Aurora chez les Romains.

Gardiens de la nuit : dieux qui veillent sur la nuit. On croyait que le dieu Sin, le dieu-lune, était le père du dieu Shamash, le dieu-soleil, et que la nuit engendrait le jour.

Les Babyloniens et les Assyriens divisaient la journée en 12 heures au lieu de 24. Une « double heure » babylonienne vaut 10 km 800. Le parcours de trois fois cinquante « doubles heures » environ 1600 km, c’est-à-dire la distance approximative entre le pays de Gilgamesh et la région des cèdres.

Elmeshou : mot babylonien qui désigne l’alliage de deux métaux proches tels le cuivre et l’étain, l’argent et l’or.

Certains chercheurs assimilent l’Elmeshou à l’ambre.

Tammouz : connu sous le nom de Doumouzi et d’Adonis. Dieu de la végétation et du printemps, de la germination et du renouveau, type même du dieu de la fertilité de toutes les croyances du Proche-Orient ancien.

Le rite des pleurs et des lamentations sur Tammouz fut très répandu à cette époque où l’on croyait qu’il descendait au monde des enfers et y restait otage durant six mois de l’année, puis remontait vers la vie à la deuxième moitié de l’année tandis que sa sœur Geshtinanna le remplaçait.

Allalou : geai bleu « oiseau du berger » cet oiseau pousse un cri qui ressemble à la prononciation babylonienne du mot Kappi, qui veut dire «mon aile » .

Sept : chiffre qui désigne la multitude.

Tallalou : araignée.

Le taureau céleste symbolise l’arrêt des pluies et l’arrivée de la sécheresse.

La cuisse droite est la meilleure partie pour l’offrande.

Gour : le gour babylonien est une mesure de contenance qui vaut environ 300 l.

L’habitude de se frapper la cuisse, signe d’étonnement, d’impatience ou de désir est encore pratiquée de nos jours.

Anzou ou Zou est l’oiseau-tempête, une créature ailée à tête de lion que citent les rituels (du Nouvel An) parmi les divinités vaincues chaque année par les dieux du renouveau. Le mythe d’Anzou est un des plus célèbres mythes de la Mésopotamie ancienne.

Irkalla : un des noms de l’enfer dont la reine est Ereshkigal (sœur de la déesse Ishtar).

Etana : que l’on appelle « le Berger » , ancien roi divinisé. Les listes royales sumériennes le citent comme le IV e roi de la première dynastie de Kish, c’est à dire le XIIIe roi après le déluge. Ces listes lui prêtent un règne de 1500 ans. Il est célèbre pour avoir été celui qui « monte dans le ciel » sur les ailes d’un aigle pour chercher « la plante de l’enfantement » .

Oulaï : cours d’eau d’Elam, « le Karoun » , l’Euloeus dans les récits gréco-romains.

Oubar Toutou : roi de la ville de Shourouppak où a lieu le déluge; son fils Outa-Napishtim assiste au déluge et devient « l’homme du déluge » babylonien son nom signifie alors celui qui a obtenu la vie éternelle. Dans les récits sumériens est appelé Ziousoudra, le sage de la ville de Shourouppak et son grand-prêtre; ce héros devient immortel et les dieux le font habiter à Dilmoun.

Mashou : en babylonien : les jumeaux.

Sidouri (la cabaretière) Sabît : prononciation proche de jeune fille en arabe (Sâbyat). Des textes l’identifient parfois à la déesse Ishtar et à la sibylle Sambetto, ainsi qu’à la nymphe Callipso.

Shout-abni : des ou deux images de pierre qui peuvent avoir une vertu extraordinaire, peut-être talismanique, pour la traversée des eaux de la mort.

Ournou : certains traduisent ce mot par lézard, d’autres par plante (menthe…) il semble que les deux interprétations se rapportent à des vertus aidant au voyage.

Les Anounaki : nom commun de l’ensemble des dieux, en particulier des dieux du monde d’En bas dont les Anounnaki sont les juges.

Shourouppak : Aujourd’hui Fara à 35 km au nord-ouest d’Ourouk, célèbre cité sumérienne où habitait le héros du déluge babylonien (Outa-Napishtim) citée dans la liste des rois sumériens parmi les cinq cités où régnaient les dynasties d’avant le déluge (Eridou, Bad-Tibira, Larak, Sippar et Shourouppak). Les dieux eux-mêmes gouvernaient à Shourouppak avant le déluge. Après le déluge les dieux montent au ciel puis la royauté revient sur la terre avec la première dynastie de Kish, premier règne après le déluge.

En babylonien il y a un jeu de mot entre : nourriture et malheur. Ea veut faire comprendre aux gens que c’est un signe d’abondance et de bien, mais pour Outa-Napishtim cela signifiera l’avertissement du déluge.

L’Ikou babylonien est une mesure de surface qui vaut environ 3600 m2.

La coudée un demi mètre (même mesure encore utilisée au Proche-Orient). La hauteur du bateau étant de 60 m (120 coudées), la forme du bateau d’Outa-Napishtim devait être un cube d’une contenance de 216 000 mètres environ.

Le Sar : est une mesure de contenance et de surface, sa valeur est de 180 hl.

Nergal dieu du monde d’En Bas (les enfers) où il y règne avec sa sœur Ereshkigal. Il vivait dans les régions célestes avec ses frères et sœurs avant de partager le pouvoir et la couche de sa sœur.

Les piliers : ce sont ceux qui enferment les eaux intérieures du monde d’En Bas.

Dans la Génèse, la montagne où l’arche de Noé accosta porte le nom de Ararat qui est l’ancien nom de l’Arménie « Ouartou » . Le mot Niçir signifie le Mont du salut. Les récits du roi assyrien Assourbanipal II (859-883 av. J.-C.) le situent entre le Tigre et le Zab inférieur. Mais selon la version de Berose scribe babylonien du temps d’Alexandre le Grand, le nom de la montagne où le bateau de Xisouthros (Zisoudra en sumérien) accosta, porte le nom de Mont des Cordyéens (Mont des Kurdes), tandis que les gestes syriaque et coranique lui donnent le nom de « Djoudi » .

Atra-Hasis : en babylonien comme en arabe « le très intuitif » , « le plus sage » . Autre nom du héros du déluge, Outa-Napishtim, dans un autre mythe babylonien appelé « le mythe d’Atra-Hasis » .

Le serpent a pu grâce à cette plante, renouveler sa jeunesse en enlevant sa vieille peau chaque année. A partir de ce mythe il fut considéré par la tradition comme le symbole de la régénérescence.

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25 janvier 2015 - Posted by | mythes, religion |

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