Occidere's Blog

L’écrit sans titre, une introduction à la cosmogonie gnostique

L’écrit sans titre n’est pas le titre d’un article de ce blog mais celui d’un des traités de la bibliothèque copte de Nag Hammadi.

Pour ceux qui ne connaissent pas ce que sont ces traités, disons qu’ils donnent un aperçu du gnosticisme, doctrine religieuse des premiers siècles, et considérée par l’Église comme hérétiques.

J’ai choisi ce texte, d’une part parce qu’il est accessible, tant dans sa forme – il est quasiment entier – que dans sa compréhension ; d’autre part il représente une bonne introduction à ce qu’enseigne la gnose.

Comme il décrit la création du monde, et notamment celle de l’homme, chacun pourra se faire sa propre idée en le comparant au texte de la Genèse biblique, auquel il fait référence et s’en différencie. On y retrouve donc le récit du paradis, la création de l’Adam terrestre, le démiurge Yahvé, le serpent – l’Instructeur – la source de la sagesse, les deux Èves, l’arbre de la connaissance, l’arbre de vie, et bien plus encore … Mêmes protagonistes, même contexte, mais pas la même histoire !

Il ressort de la lecture de ce traité comme quelque chose de neuf, d’original, de révolutionnaire, avec le sentiment d’avoir été trompé, si ce n’est par les Dieux, du moins par les enseignements religieux chrétiens. Comme toujours, lorsqu’un récit est conté selon des versions différentes, la conscience s’élargit et fait le lit de la critique et de l’interrogation.

Voir aussi sur ce blog : Les manuscrits de Nag Hammadi.

L’écrit sans titre au format PDF (11 pages).

L’ÉCRIT SANS TITRE (NH II,  ; XIII, )

Traduction de Louis Painchaud


Alors que tout ce qu’il y a de divin et d’humain dans le monde affirme que rien n’existe avant le chaos, moi, au contraire, je démontrerai que tous ont [fait] erreur en méconnaissant la [nature] du chaos et sa racine.

[En voici la] démonstration : s’il est vrai qu’il y a ac[cord entre] tous les humains sur le fait que le cha[os] est ténèbre, il est donc issu d’une ombre, on l’a appelé « ténèbre ». Or l’ombre provient d’une œuvre existant depuis le commencement. Il est donc évident que cette dernière existait avant que le chaos ne fût et que c’est après la première œuvre qu’il est venu.

Mais pénétrons dans la vérité, de même que dans la première œuvre dont est issu le chaos, et ainsi apparaîtra la démonstration de la vérité.

Lorsque fut achevée dans l’illimité la nature des immortels, s’écoula de Foi une forme qu’on appelle Sagesse. Cette forme éprouva un désir et devint une œuvre ressemblant à la lumière qui est au commencement. Le désir de Sagesse se déploya aussitôt comme un ciel, d’une grandeur qu’on ne saurait concevoir, situé dans le milieu entre les immortels et ceux qui sont venus après, comme en haut, il y a un voile séparant les humains des réalités supérieures.

Toutefois, l’éon de la vérité ne produit pas d’ombre au dehors car la lumière incommensurable est partout en lui. Son dehors, en revanche, est ombre ; c’est pourquoi on l’a appelé « ténèbre ». Une puissance est apparue au-dessus de la ténèbre. Or cette ombre, les puissances qui sont venues après l’ont appelé (sic) « le chaos sans limite ». De ce dernier, toute rac[e] de dieux a germé [ . . . . . . . ] . avec le lieu entier, comme [l’ombr]e aussi [a] suivi la première œuvre [qui est] apparue. L’abîme est issu de Foi dont nous avons parlé.

Vint le moment où l’ombre s’aperçut qu’il y avait plus fort qu’elle. Elle fut jalouse et, ayant conçu par elle seule, elle engendra aussitôt la Jalousie. Ce jour-là apparut le commencement de la jalousie dans tous les éons et leurs mondes. Or cette jalousie-là se trouva être un avorton dépourvu d’esprit. Il naquit comme les ombres dans une grande quantité de substance aqueuse.

La ?bile? qui est issue de l’ombre fut alors expulsée à part du chaos. Ce jour-là apparut une substance d’eau, et ce qui avait pénétré en elle s’écoula, apparaissant dans le chaos. De même que celle qui accouche d’un petit, tous ses surplus tombent, ainsi en est-il de la matière qui est issue de l’ombre, elle fut expulsée à part. La matière n’est donc pas sortie du chaos mais elle était plutôt dans le chaos : c’est dans une de ses parties qu’elle se trouvait.

Après que cela fut arrivé, alors vint Foi. Elle découvrit sur la matière du chaos ?celle qui avait été expulsée? comme un avorton car il était dépourvu d’esprit,

parce qu’il est en effet tout entier ténèbre sans limite et eau sans fond. Or lorsque Foi vit ce qui était issu de sa déficience, elle se troubla. Et le Trouble apparut tel une « œuvre redoutable ». Et il courut [ . . . . ] . dans le chaos. Et elle se tourna vers lui, [souffla] sur son visage, dans l’abîm[e qui est] sous tous les cieux.

Or parce que Foi-Sagesse voulut que ce qui était dépourvu d’esprit fût modelé d’après une forme et exerçât le gouvernement sur la matière et sur toutes ses puissances, un Archonte apparut hors des eaux, ressemblant à un lion, androgyne, doté d’un grand pouvoir, mais ne sachant pas d’où il était issu.

Et quand Foi-Sagesse le vit bouger au fond des eaux, elle lui dit : « Jeune homme, traverse jusqu’ici ! », dont l’équivalent est « yaldabaôth ».

Ce jour-là, apparut le commencement de la parole qui atteint les dieux, les anges et les hommes. Et ce qui advint, c’est par la parole que l’accomplirent les dieux, les anges et les hommes. Mais l’Archonte Yaltabaôth (sic) était ignorant de la puissance de Foi. Il ne vit pas son visage mais il vit le reflet qui lui avait parlé dans l’eau.

Et d’après cette voix, il s’est appelé « Yalda<ba>ôth ». Les parfaits toutefois le nomment « Ariel » car il ressemble à un lion.

Et quand il fut en possession de l’autorité sur la matière, Foi-Sagesse se retira en haut dans sa lumière.

Quand l’Archonte vit sa propre grandeur, — et c’est lui seul qu’il vit —, il ne vit rien d’autre si ce n’est eau et ténèbre. Alors il pensa qu’[il] était seul à exister.

[Et] sa pen[sée se] réalisa par la parole. Elle se manifesta dans un esprit allant et venant au-dessus des eaux. Et quand cet esprit-là apparut, l’Archonte sépara la substance aqueuse d’une part et ce qui était sec fut séparé d’autre part. Et à partir de la matière, il se créa une demeure et l’appela « ciel ». Également à partir de la matière, l’Archonte créa un escabeau et l’appela « terre ».

Après cela l’Archonte eut une pensée conforme à sa nature et il créa par la parole un androgyne.

Celui-ci ouvrit la bouche et émit un vagissement vers lui. Une fois les yeux ouverts, il aperçut son père et lui dit : « i ». Et son père le nomma « Yaô ». Il créa encore un deuxième fils. Celui-ci émit un vagissement vers lui. Il ouvrit les yeux et dit à son père : « e ». Son père le nomma « Élôaï ». Il créa encore un troisième fils. Celui-ci émit un vagissement vers lui. Il ouvrit les yeux et dit à son père : « as ». Son père le nomma « Astaphaïos ». Ce sont les trois fils de leur père.

Sept androgynes apparurent dans le chaos. Ils ont leur nom masculin et leur nom féminin. Le nom féminin est Providence Sabbathas, qui est l’Hebdomade. Et son fils nommé Iaô a pour nom féminin Seigneurie, Sabaôth a pour nom féminin Divinité, Adonaïos a pour nom féminin Royauté, Élôaïos a pour nom féminin Jalousie, Ôraios a pour nom féminin [Riches]se, Astaphaïos enfin a pour nom [féminin] Sagesse. Ce [sont les] sept puissances des sept cieux du [cha]os. Et elles sont nées androgynes, comme la forme immortelle qui existe avant elles, selon la volonté de Foi, afin que la ressemblance de ce qui est depuis le commencement exerce le gouvernement jusqu’à la fin. Tu trouveras la vertu de ces noms et la puissance des mâles dans l’Archangélique de Moïse le Prophète, et les noms des femelles dans le Premier livre de Noréa.

Mais comme il détenait de grands pouvoirs, le Grand Géniteur Yaldabaôth créa des cieux pour chacun de ses fils au moyen de la parole, beaux, en guise de demeures, et dans chaque ciel, de grandes splendeurs sept fois précieuses, des trônes et des demeures, des temples et des chars, et des esprits virginaux, ?pour les rendre invisibles? avec leur gloire. Chacun possède en son ciel de puissantes armées de dieux et de seigneurs, d’anges et d’archanges, innombrables myriades à son service. Tu trouveras la relation détaillée de ces choses dans le Premier traité de Noréa.

Cela fut achevé depuis ce ciel-ci jusqu’au sixième ciel, celui de Sagesse. Le ciel et sa terre furent renversés par le Troublé qui est au-dessous de tous. Et les six cieux tremblèrent. Les puissances du chaos <ne> savaient <pas> en effet, qui était celui qui avait détruit le ciel sous elles. Or quand Foi apprit l’insolence du Trouble, elle envoya son souffle, elle [le lia] et le précipita au Tartare. [Ce jour]-là, le ciel fut affermi avec sa terre par la Sagesse de Yaldabaôth, celle qui est au-dessous de tous.

Quand donc les cieux furent établis avec leurs puissances et leur administration entière, le Grand Géniteur s’enorgueillit et il fut glorifié par toute <l’> armée des anges. Et tous les dieux et leurs anges le bénirent et lui rendirent gloire. Et lui, il se réjouit en son cœur et se vanta sans arrêt en leur disant : « Je n’ai besoin de rien. » Il dit : « Je suis dieu et il n’y en a pas d’autre en dehors de moi. » En disant cela cependant, il pécha contre tous les immortels qui annoncent et ils le surveillèrent.

Mais lorsque Foi vit l’impiété du grand Archonte, elle se mit en colère — ils ne la voyaient pas — et dit : « Tu te trompes, Samael — c’est-à-dire le dieu aveugle —, il existe avant toi un Homme immortel, un Homme de lumière qui se manifestera parmi vos modelages. Il te piétinera comme on foule l’argile du potier et tu dégringoleras avec les tiens jusqu’à ta mère l’abîme. En effet, lorsque vos œuvres arriveront à leur terme sera dissoute la déficience entière qui est apparue dans la vérité et elle disparaîtra, et elle deviendra comme ce qui n’a jamais existé. » Ayant dit cela, Foi dévoila dans les eaux son reflet, de sa grandeur. Et c’est ainsi qu’elle se retira en haut dans sa lumière.

Or quand Sabaôth, le fils de Yaldabaôth, entendit la voix de Foi, il la louangea [et il] condamna père [et mère]. Sur la parole de Foi, [il] lui rendit gloire de leur avoir fait connaître l’Homme immortel et sa lumière. Puis Foi-Sagesse tendit son doigt et répandit sur lui une lumière issue de sa lumière, pour la condamnation de son père. Et quand Sabaôth fut illuminé, il reçut un grand pouvoir en face de toutes les puissances du chaos. À partir de ce jour, on l’a appelé le Seigneur des Forces. Il prit en haine son père Ténèbre et sa mère Abîme. Il prit en dégoût sa sœur la pensée du Grand Géniteur, celle qui va et vient au-dessus des eaux.

À cause de sa lumière toutefois, toutes les autorités du chaos furent jalouses de lui. Et dans leur trouble, elles livrèrent un grand combat dans les sept cieux. Voyant ce combat, Foi-Sagesse, depuis sa lumière, envoya à Sabaôth sept archanges. Ils le ravirent au septième ciel et se tinrent debout devant lui comme serviteurs. Elle lui envoya encore trois autres archanges et l’établit comme roi au-dessus de tous afin qu’il fût supérieur aux douze dieux du chaos.

Or après que Sabaôth eût reçu le lieu du repos en retour de sa conversion, Foi lui donna sa fille Vie avec pleine autorité pour lui enseigner tout ce qui se trouve dans l’Ogdoade. Mais comme il en avait le pouvoir, il se fabriqua d’abord une demeure grande, magnifique, [sept] fois plus que tout ce qui existe [dans] les sept cieux. Et devant sa demeure, il fabriqua un grand trône placé sur un char à quatre faces appelé « chérubin ».

Le chérubin a huit formes à chacun des quatre coins : des formes de lion, des formes de taureau, des formes d’homme et des formes d’aigle, de sorte que toutes les formes sont au nombre de soixante-quatre formes. Et puisque devant lui se tiennent sept archanges, il est le huitième, détenant le pouvoir. Toutes les formes sont au nombre de soixante-douze, car d’après ce char ont été modelés les soixante-douze dieux. Ils ont été modelés pour présider aux soixante-douze langues des nations. Et au-dessus de ce trône, il créa d’autres anges à forme de dragon appelés séraphins, qui lui rendent gloire en tout temps.

Puis il créa une Assemblée angélique, des milliers et des myriades sans nombre, semblable à l’Assemblée qui est dans l’Ogdoade, et un premier-né appelé « Israël » , c’est-à-dire « l’homme qui voit dieu »,

et un autre, Jésus le Christ, semblable au Sauveur qui est au-dessus de l’Ogdoade, siégeant à sa droite sur un trône précieux. Et à sa gauche siège sur un trône la vierge de l’Esprit Saint lui rendant gloire. Et devant sa face se tiennent les sept vierges tenant trente cithares, des harpes [et] des trompettes, et lui rendant gloire. Et toutes les armées des anges lui rendent gloire et le bénissent.

Et c’est sur un trône recouvert d’une grande nuée lumineuse qu’il est assis. Et il n’y avait personne avec lui dans la nuée, si ce n’est Sagesse-Foi lui enseignant tout ce qui est dans l’Ogdoade afin qu’en soient créées des répliques de sorte que la royauté demeure à lui jusqu’à la fin des cieux du chaos et de leurs puissances.

Foi-Sagesse le sépara de la ténèbre et l’appela à sa droite. Quant au Grand Géniteur, elle le plaça à sa gauche. Depuis ce jour, on a appelé la droite Justice, et la gauche, on l’a appelée Injustice. C’est pourquoi tous prirent rang dans l’Assemblée de la Justice.

<La Justice> et l’Injustice dominent toutes leurs créatures.

Mais quand le Grand Géniteur du chaos vit son fils Sabaôth et la gloire dans laquelle il se trouvait parce qu’il avait été choisi de préférence à toutes les autorités du chaos, il fut jaloux de lui. Et quand il se fut mis en colère, il engendra la Mort à partir de sa mort. Elle fut établie sur le sixième ciel car Sabaôth avait été enlevé de ce lieu-là. Ainsi donc fut complété le nombre des six autorités du chaos.

Alors la Mort androgyne s’unit à sa nature. Elle engendra sept fils androgynes. Voici les noms des mâles : Jalousie, Courroux, Sanglots, Gémissement, Deuil, Hurlement, Pleurs à fendre l’âme ; et voici les noms des femelles : Colère, Tristesse, Luxure, Lamentation, Malédiction, Amertume, Querelle. Ils s’unirent les uns aux autres [et] chacun en engendra sept, de sorte qu’ils sont quarante-neuf démons androgynes. Tu trouveras leurs noms et leurs vertus dans le Livre de Salomon.

Et en face de ceux-ci, Vie, qui est avec Sabaôth, créa sept puissances bonnes, androgynes. Voici les noms des mâles : Celui-qui-n’est-pas-jaloux, Bienheureux, Joyeux, Véridique, Celui-qui-n’est-pas-envieux, Désirable, Fidèle. Quant aux femelles, voici leurs noms : Paix, Joie, Allégresse, Béatitu<de>, Vérité, Amour, Foi. Et de ceux-ci sont nés de nombreux esprits bons et innocents. Tu trouveras leurs influences et leurs vertus dans les Figures de la Fatalité du Ciel qui est sous la Dodécade.

Lorsque le Grand Géniteur aperçut le reflet de Foi dans les eaux, il éprouva une affliction extrême ; bien plus, après qu’il eût reconnu que sa voix ressemblait à la voix qui l’avait précédemment appelé hors des eaux et qu’il eût compris que c’était elle qui l’avait nommé, il gémit et il eut honte de sa transgression. Et ayant compris qu’il existait vraiment un homme immortel, un homme de lumière avant lui, son trouble fut grand, car il avait déclaré auparavant à tous les dieux et à leurs anges : « Je suis Dieu, il n’y en a pas d’autre en dehors de moi. » Il craignait en effet qu’ils ne comprennent qu’un autre existait avant lui et qu’ils ne lui donnent tort, mais dédaignant d’être mis dans son tort, le sot eut la témérité de dire : « Si quelqu’un existe avant moi, qu’il se manifeste afin que nous voyions sa lumière ! »

Et voici qu’aussitôt une lumière sortit de l’Ogdoade supérieure et traversa tous les cieux de la terre. Voyant que la lumière était belle et radieuse, le Grand Géniteur fut stupéfait et il éprouva une grande honte. Quand cette lumière apparut, une forme humaine se révéla en elle, toute merveilleuse, et personne ne la vit, si ce n’est le Grand Géniteur seul et la Providence qui est avec lui. Mais sa lumière apparut à toutes les puissances des cieux, c’est pourquoi elles en furent toutes troublées.

Dès que la Providence eut aperçu cet ange, elle s’éprit d’amour pour lui, alors que lui, il la détestait car elle était sur la ténèbre. Et elle voulait l’enlacer mais elle n’y parvint pas. Incapable de mettre un frein à sa passion amoureuse, elle répandit ?sa lumière? sur la terre.

Depuis ce jour, on a appelé cet ange Adam-Lumière, ce qui signifie « l’homme-de-sang-lumineux » et la terre s’étendit sur lui , « adamah sainte », ce qui signifie « terre-adamantine-sainte ».

Depuis ce jour, toutes les autorités ont craint le sang de la vierge. Or la terre devint pure à cause du <sang> de la vierge.

Et plus encore, l’eau devint pure grâce au reflet de Foi-Sagesse, qui est apparu au Grand Géniteur dans les eaux. On a donc raison de dire « par les eaux », l’eau qui est sainte puisqu’elle vivifie le Tout et le purifie.

À partir de ce premier sang, Éros apparut, androgyne. Sa masculinité est Himéros puisqu’il est feu issu de la lumière. Sa féminité qui l’accompagne, est une âme de sang issue de la substance de la Providence. Il est si charmant dans sa beauté, plus gracieux que toutes les créatures du chaos. Dès qu’ils aperçurent Éros, tous les dieux et leurs anges furent épris de lui. Et quand il apparut parmi eux tous, il les embrasa. Comme à partir d’une lampe on en allume plusieurs, et bien que cette lumière soit unique, la lampe ne faiblit pas, de cette façon aussi Éros se répandit parmi toutes les créatures du chaos et il ne faiblit pas.

De la même façon qu’à partir de l’espace intermédiaire situé entre la lumière et les ténèbres se manifesta Éros — par l’intermédiaire des anges et des hommes fut accomplie l’union d’Éros — de la même façon, en bas sur la terre germa la première volupté.

La femme suivit la terre
et le mariage suivit la femme,
l’engendrement suivit le mariage,
la dissolution suivit l’engendrement.

Après cet Éros-là, le cep de vigne germa du sang qui avait été répandu sur la terre. C’est pourquoi ceux qui en boivent conçoivent le désir de s’accoupler. Après le cep de vigne, un figuier et un grenadier germèrent sur la terre avec le reste des arbres selon leur espèce, portant en eux leur semence, issue de la semence des autorités et de leurs anges.

Alors la Justice créa le beau paradis au-delà de la sphère de la lune et de la sphère du soleil, sur la terre de délices qui est à l’orient, au milieu des pierres. Et le désir est au milieu des arbres beaux et appétissants. Et l’arbre de la vie immortelle, comme il a été manifesté dans la volonté de dieu, est situé au nord du paradis, afin de rendre immortelles les âmes des saints, qui sortiront à la fin des temps des modelages de la pauvreté. Or la couleur de l’arbre de vie est comparable au soleil et ses branches sont belles, ses feuilles sont comme celles du cyprès, son fruit a l’éclat d’une grappe de raisins, son faîte atteint le ciel.

Et près de lui se trouve l’arbre de la connaissance, doté de la puissance de dieu. Sa gloire est comparable à l’éclat de la pleine lune et ses branches sont belles, ses feuilles sont comme les feuilles du figuier, son fruit est semblable aux dattes bonnes et appétissantes. Et celui-ci, c’est au nord du paradis qu’il est placé, pour éveiller les âmes de l’oubli des démons, afin qu’accédant à l’arbre de vie, elles mangent de son fruit et condamnent les autorités et leurs anges.

L’influence de cet arbre est décrite dans le Livre Saint :

C’est toi l’arbre de la connaissance
Situé dans le paradis,
Celui dont a mangé le premier homme
Et qui a ouvert son intellect.

Il a aimé sa co-ressemblance,
Il a condamné les autres ressemblances étrangères,
Il les a prises en dégoût.

Et après cela l’olivier a germé en vue de la purification des rois et des grands-prêtres de la Justice qui apparaîtraient dans les derniers jours, puisque l’olivier est apparu dans la lumière du premier Adam en vue de l’onction qu’ils <allaient> recevoir.

Or la première âme s’éprit d’Éros qui était avec elle. Elle répandit son sang sur lui et sur la terre. Et à partir de ce sang, la rose se mit à fleurir sur la terre, sur l’épineux, pour la joie de la lumière, qui allait se manifester dans le buisson.

Et puis encore, les belles fleurs odorantes s’épanouirent sur la terre selon leur espèce, nées de chaque vierge parmi les filles de la Providence. Celles-ci, s’étant éprises d’Éros, avaient répandu leur sang sur lui et sur la terre.

Ensuite toutes les plantes germèrent sur la terre selon leur espèce, portant la semence des autorités et de leurs anges. Puis, à partir des eaux, les autorités créèrent toutes les bêtes, selon leur espèce, et les reptiles et les oiseaux selon leur espèce, possédant la semence des autorités et de leurs anges.

Or avant tout cela, mais après qu’il fût apparu au premier jour, il demeura sur la terre environ deux jours. Il plaça la Providence inférieure dans le ciel et il monta vers sa lumière. Et aussitôt les ténèbres couvrirent le monde entier. Mais quand la Sagesse qui est dans le ciel inférieur le voulut, elle reçut de Foi le pouvoir de créer de grands luminaires et toutes les étoiles. Elle les plaça dans le ciel pour éclairer la terre. Et ils marquent repères temporels et moments, années et mois, jours et nuits, instants et tout le reste. C’est donc ainsi que fut ornée toute la surface du ciel.

Mais quand Adam-Lumière voulut réintégrer sa lumière, c’est-à-dire l’Ogdoade, il en fut incapable à cause de la pauvreté qui était mélangée à sa lumière. Alors il se créa un grand éon, et dans cet éon, il créa six éons, et leurs mondes au nombre de six, sept fois supérieurs aux cieux du chaos et à leurs mondes. Et tous ces éons et leurs mondes se trouvent dans l’infini situé entre l’Ogdoade et le chaos qui est sous elle.

C’est avec le monde qui appartient à la pauvreté qu’ils sont comptés. Si tu désires connaître leur disposition, tu la trouveras décrite dans le Septième monde de Hiéralias le Prophète.

Mais avant qu’Adam-Lumière ne se fût retiré du chaos, les autorités le virent. Elles se moquèrent du Grand Géniteur parce qu’il avait menti en disant : « Je suis Dieu, il n’y a personne avant moi. » S’étant approchées de lui, elles dirent : « Ne serait-ce pas là le dieu qui a détruit notre ouvrage ? » Il répondit disant : « Oui, si vous voulez qu’il ne puisse plus détruire notre ouvrage, allons, faisons un homme à partir du sol, d’après l’image de notre corps et à la ressemblance de celui-là, et qu’il s’attache à notre service, de telle sorte que celui-là, voyant cette ressemblance, en soit épris, et qu’il ne détruise plus notre ouvrage. Et de ceux qui seront engendrés de la lumière, nous ferons nos serviteurs pour toute la durée de cet âge. »

Or c’est conformément à la providence de Foi que tout ceci arriva afin que l’homme se manifestât dans sa ressemblance et qu’il les condamnât depuis leur modelage, et que leur modelage devînt un rempart pour la lumière.

Alors les autorités reçurent la connaissance pour créer l’homme. Sagesse-Vie les précéda, celle qui est auprès de Sabaôth, et elle se moqua de leur dessein parce qu’elles sont aveugles. C’est sans le savoir qu’elles l’ont créé contre elles-mêmes, ignorant ce qu’elles allaient faire. Voilà pourquoi elle les précéda et elle créa d’abord son homme afin qu’il instruisît leur modelage de la manière de les mépriser et qu’ainsi il en soit délivrée.

Or c’est ainsi que se produisit la naissance de l’Instructeur. Sagesse ayant laissé tomber une goutte de lumière, elle s’écoula sur l’eau. Aussitôt apparut l’homme, androgyne. Cette goutte, elle commença par lui donner la forme d’un corps femelle, puis, dans le corps, elle lui donna forme à la ressemblance de la mère qui était apparue. Elle l’acheva en douze mois. Un être androgyne fut engendré, que les Grecs appellent « Hermaphrodite », et sa mère, les Hébreux l’appellent « Ève-Vie », c’est-à-dire l’instructrice de la vie. Et son fils est la génération seigneuriale.

Puis les autorités l’appelèrent la « Bête » pour qu’il induise en erreur leurs modelages. Le véritable sens de « la Bête », c’est « l’Instructeur » car il fut trouvé plus sage que tous.

Ève est donc la première vierge, elle qui, sans mâle, a engendré pour la première fois ; c’est elle qui s’est soignée elle-même. C’est pourquoi on rapporte à son sujet qu’elle a dit :

C’est moi la partie de ma mère
Et c’est moi la mère
C’est moi la femme
C’est moi la jeune fille
C’est moi la femme enceinte
C’est moi la sage-femme
C’est moi la consolatrice des douleurs de l’enfantement
C’est mon époux qui m’a engendrée
Et c’est moi sa mère
Et c’est lui mon père et mon seigneur
C’est lui ma force
Ce qu’il veut, il le dit clairement
Je nais
Mais j’ai enfanté un homme seigneurial.

Cela fut révélé dans l’intervalle aux âmes de Sabaôth et de son Christ, qui sont venues dans les modelages des autorités.

Et c’est à leur intention que la voix sainte a dit : « Multipliez-vous et soyez beaux, dominez toutes les créatures », de sorte qu’elles ont été faites prisonnières, chacune suivant le sort fixé, par le Grand Géniteur. Ainsi donc elles ont été emprisonnées dans les modelages <.> à la fin des temps.

Le moment venu, le Grand Géniteur donna à ceux qui étaient avec lui un ordre au sujet de l’homme, et chacun d’eux éjacula sa semence au milieu du nombril de la terre. Ce jour-là, les sept archontes ont façonné l’homme, son corps d’après leur corps, et son aspect d’après l’homme qui leur était apparu — ils le façonnèrent membre par membre : leur aîné créa le cerveau et la mœlle —, si bien qu’il apparut comme <.> avant lui. Cet homme naquit doté d’une âme et il fut appelé « Adam », c’est-à-dire « père », d’après le nom de celui qui lui est antérieur.

Or quand Adam fut achevé, son créateur l’abandonna comme un vase inerte car il avait pris forme tel un avorton, dépourvu d’esprit.

À ce propos, quand le grand Archonte se souvint de la parole de Foi, il craignit que l’Homme véritable n’entrât dans la créature qu’il avait façonnée et ne la dominât. C’est pourquoi il laissa sa créature quarante jours sans âme ; il se retira et l’abandonna.

Le quarantième jour cependant, Sagesse-Vie envoya son souffle sur Adam, qui était sans âme. Il se mit à se mouvoir sur la terre mais ne put se lever. Or quand les sept archontes vinrent

et l’aperçurent, ils furent très troublés. Ils s’approchèrent de lui et le saisirent. Et il dit au souffle qui était en lui : « Qui es-tu ? » et « D’où <es-tu venu> jusqu’ici ? » Il répondit : « C’est de la puissance de l’homme que je suis venu pour la destruction de votre ouvrage ». À ces mots, ils le glorifièrent parce qu’il leur avait donné le repos de la crainte et du souci dans lesquels ils se trouvaient. Alors ils appelèrent ce jour-là « repos » car ils se sont reposés d’un labeur. Mais quand ils virent qu’Adam ne pouvait pas se lever, ils se réjouirent. Ils le prirent, le placèrent dans le paradis et se retirèrent dans leurs cieux.

Après le jour du repos, Sagesse envoya Vie, sa fille appelée Ève, comme instructrice pour qu’elle fît se lever Adam — celui qui est sans âme — afin que ceux qu’il engendrerait devinssent des réceptacles pour la lumi[ère].

[Quand] Ève vit sa co-ressemblance gisante, elle en eut pitié et dit : « Adam, sois vivant, dresse-toi sur le sol. » Sa parole se réalisa sur-le-champ et Adam, s’étant levé, ouvrit aussitôt les yeux. L’ayant aperçue, il dit : « Toi, on t’appellera “mère des vivants” car c’est toi qui m’as donné la vie. »

On apprit alors aux autorités que la créature qu’elles avaient façonnée était vivante et s’était dressée. Elles furent très troublées et envoyèrent sept archanges pour voir ce qui s’était passé.

Ils s’approchèrent d’Adam. Quand ils aperçurent Ève parlant avec lui, ils se dirent entre eux : « Qui est cette femme de lumière ? C’est bien à cette forme qui nous est apparue dans la lumière qu’elle ressemble. Allons donc, emparons-nous d’elle et éjaculons en elle notre semence, de sorte qu’étant souillée, elle ne puisse plus remonter dans sa lumière ; en outre ceux qu’elle engendrera nous seront soumis.

Toutefois, ne disons pas à Adam qu’elle n’est pas issue de nous, mais faisons tomber sur lui un sommeil et instruisons-le dans son sommeil, de sorte qu’il croie que c’est de son côté qu’elle est issue, afin que la femme soit soumise et qu’il la domine. »

Ève, qui est puissante, se moqua de leur dessein. Elle obscurcit leurs yeux, plaça subrepticement son sosie auprès d’Adam, entra dans l’arbre de la connaissance et y demeura. Ils la suivirent. Elle leur parut être entrée dans l’arbre, s’être faite arbre. Pris d’une grande crainte, ils s’enfuirent, aveugles. Puis, recouvrant leurs sens, ils s’approchèrent d’Adam et voyant ce sosie d’Ève près de lui, ils se hâtèrent, croyant que c’était la véritable Ève. Et ils osèrent s’approcher d’elle. Ils la saisirent et éjaculèrent leur semence en elle. Ils firent cela avec fourberie, la souillant non seulement selon la nature, mais abominablement, puisqu’ils souillaient l’empreinte de sa voix qui leur avait dit auparavant : « <Il y a> quelqu’un avant vous »,

pour que soient souillés ceux qui disent à la fin des temps que par la parole, c’est par l’Homme véritable qu’ils sont engendrés. Ils s’égarèrent donc, ne sachant pas que c’était leur corps qu’ils souillaient. C’est le sosie que souillèrent les autorités de toutes les façons avec leurs anges. Elle conçut d’abord Abel du premier Archonte ; et le reste de ses enfants, c’est par les sept autorités et leurs anges qu’elle les engendra.

Or tout ceci advint conformément à la Providence du Grand Géniteur, afin que la première mère engendrât en elle toute semence mélangée et assujettie à la Fatalité du monde avec ses figures

et à la Justice. Une disposition fut prise au sujet d’Ève afin que les modelages des autorités devinssent des remparts pour la lumière ; alors celle-ci les condamnera à travers leurs modelages.

Ainsi donc,

Le premier Adam de la lumière est spirituel.
Il apparut le premier jour.

Le deuxième Adam est psychique.
Il apparut le [six]ième jour,
auquel on donne le nom d’Aphrodite.

Le troisième Adam est terrestre,
c’est l’homme-de-la-loi
qui est apparu le huitième jour,
[après le re]pos de la pauvreté,
celui qu’on appelle « jour du soleil ».

Or la postérité de l’Adam terrestre se multiplia et parvint à maturité. Elle conçut en elle toutes les histoires au sujet de l’Adam psychique ; néanmoins tous étaient dans l’ignorance.

Je dirai encore ceci : Voyant que lui et sa compagne erraient dans l’ignorance comme des bêtes, les archontes se réjouirent beaucoup. Quand ils comprirent que l’Homme immortel leur échapperait encore et qu’ils auraient aussi à craindre celle qui s’était faite arbre, ils furent troublés.

Ils dirent : « Ne serait-ce pas l’Homme véritable qui nous a obscurci la vue et qui nous a fait croire que celle que nous avons souillée lui ressemblait, afin que nous soyons dominés ? »

Ils réunirent alors le conseil des sept, s’approchèrent d’Adam et d’Ève de manière à les effrayer et dirent à Adam : « Tous les arbres qui sont dans le paradis, c’est pour vous qu’ils ont été créés, afin que vous mangiez de leur fruit. De l’arbre de la connaissance toutefois, gardez- vous et n’en mangez point car si vous en mangez, vous mourrez. » Leur ayant causé une grande frayeur, ils se retirèrent auprès de leurs autorités.

Alors survint le sage entre tous, celui qui a été appelé la « Bête » et lorsqu’il vit le sosie de leur mère Ève, il lui dit : « Que vous a dit Dieu ? de ne pas manger de l’arbre de la connaissance ? » Elle répondit : « Il a dit “Non seulement n’en mange pas, mais n’y touche pas afin de ne point mourir.” » Il leur dit : « Ne craignez point, de mort vous ne m[ourrez pas. Il sait] en effet que si vous en mangez, votre intellect se dégrisera et vous deviendrez comme des dieux, puisque vous connaîtrez la différence qui existe entre les hommes mauvais et les bons. En effet, c’est parce qu’il est jaloux qu’il vous a dit cela, afin que vous n’en mangiez pas. »

Or Ève eut confiance dans les paroles de l’Instructeur. Elle regarda vers l’arbre, vit qu’il était beau et appétissant, et le désira. Elle prit de son fruit, en mangea, en donna également à son époux. Il en mangea. Alors leur intellect s’ouvrit. Quand ils eurent mangé, en effet la lumière de la connaissance les illumina. Ils comprirent alors que c’est lorsqu’ils se couvraient de honte qu’ils étaient nus de la connaissance. Quand ils furent dégrisés, ils virent qu’ils étaient nus et s’aimèrent d’un amour mutuel. Et voyant que leurs créateurs avaient forme animale, ils les prirent en dégoût et comprirent beaucoup de choses.

Lorsque les archontes surent qu’ils avaient transgressé leur commandement, ils entrèrent dans le paradis avec un fracas de tremblement de terre et grande menace, jusqu’à Adam et Ève, pour voir l’influence de l’Aide. Adam et Ève, grandement bouleversés, se cachèrent sous les arbres qui sont dans le paradis, et les archontes ne surent pas où ils se trouvaient. Ils dirent à Adam : « Où es-tu ? » Il répondit : « Je suis ici, mais par crainte de vous je me suis caché, honteux. » Et ils lui dirent, dans leur ignorance : « Quel est celui qui t’a parlé de la honte dont tu t’es couvert, si ce n’est que tu as man[gé] de cet arbre ? » Il dit : « La femme que tu m’as donnée, c’est elle qui m’en a offert, et j’ai mangé. » Alors [ils dirent à celle-]ci : « Qu’as-tu fait ? » Elle répondit en disant : « C’est l’Instructeur qui m’a tentée et j’ai mangé. » Alors les archontes s’approchèrent de l’Instructeur mais leurs yeux furent obscurcis par lui et ils ne purent rien faire. Ils le maudirent, impuissants. Puis ils s’approchèrent de la femme et la maudirent avec sa descendance. Après la femme, ils maudirent Adam et la terre à cause de lui, avec ses fruits. Et tout ce qu’ils avaient créé, ils le maudirent. Il n’y a nulle bénédiction chez eux. Il est impossible de produire le bien à partir du mal. Ce jour-là, les autorités comprirent qu’il y avait vraiment plus puissant avant elles. Elles ne savaient rien, sinon qu’ils n’avaient pas gardé leur commandement. Une grande jalousie fut introduite dans le monde, uniquement à cause de l’Homme immortel.

Or quand les archontes virent <que> leur Adam avait accédé à une connaissance différente, ils voulurent le mettre à l’épreuve. Ils rassemblèrent tous les animaux et les bêtes de la terre et les oiseaux du ciel et les amenèrent à Adam pour voir comment il les appellerait. Quand il vit leurs créatures, il leur donna un nom. Ils furent bouleversés car Adam était libéré de toute angoisse. Ils se réunirent en conseil et dirent : « Voici qu’Adam est devenu comme l’un d’entre nous, de sorte qu’il connaît la différence entre la lumière et les ténèbres. Maintenant, de crainte qu’il ne soit trompé comme pour l’arbre de la connaissance et qu’il ne s’approche aussi de l’arbre de la vie, qu’il n’en mange et ne devienne immortel, qu’il ne (nous) do[mine] et nous méprise, qu’il ne nous dé[daigne] avec notre gloire entière et qu’ensuite il ne nous condamne [avec notre mon]de, allons, expulsons-le du paradis, en bas sur la terre, le lieu d’où il a été tiré, afin qu’il ne puisse désormais rien connaître au-delà de nous. » Ainsi donc jetèrent-ils Adam hors du paradis avec sa femme. Et ce qu’ils avaient fait ne leur suffit point mais ils furent pris de crainte. Ils s’approchèrent de l’arbre de la vie, l’entourèrent de grands épouvantails, des êtres de feu appelés « chérubins », et ils placèrent en leur milieu un glaive ardent tournoyant sans arrêt de façon à inspirer la terreur, afin que nul parmi les hommes terrestres ne pénétrât jamais en ce lieu-là.

Par la suite, les archontes, jaloux d’Adam, voulurent réduire la durée de leur vie. Ils ne le purent pas à cause de la Fatalité établie depuis le début. En effet, la durée de leur vie à chacun avait été fixée à mille ans d’après la course des luminaires. Les archontes, donc, ne purent réaliser cela mais chacun de ceux qui font le mal enleva dix années, de sorte que cette durée passa à neuf cent trente années au total, et cela dans la tristesse et la faiblesse, et dans de vils soucis. Ainsi donc, depuis ce jour-là, la durée de la vie a décliné jusqu’à la fin des temps.

Alors voyant que les archontes des ténèbres avaient maudit ses co-ressemblances, Sagesse-Vie s’emporta, et sortant du premier ciel avec toute puissance, elle chassa ces archontes hors de leurs cieux et les précipita dans le [monde] pécheur afin qu’ils y demeurassent sous la forme des démons mauvais sur la terre.

[ . . . . . . . . . ] que les mille ans qui étaient dans le paradis devinssent dans leur monde un être vivant appelé « phénix » qui se mît à mort lui-même et se redonnât la vie pour attester à leur jugement qu’ils ont fait injustice à Adam et à sa descendance jusqu’à la fin des temps.

Il y a trois hommes, « et à ses descendants jusqu’à la fin du monde », le spirituel de ce monde, le psychique et le terrestre, comme il y a trois palmiers <du> paradis : le premier [est] immortel, le deuxième dure mille ans ; quant au troisième, il est écrit dans le livre saint qu’on en mange.

Ainsi y a-t-il également trois baptêmes : le premier est spirituel, le deuxième est feu, le troisième est eau. Tout comme le phénix rend un témoignage concernant les anges, tel est aussi le cas des vases d’eau qui sont en Égypte : ils rendent un témoignage concernant ceux qui descendent dans le baptême de leur Homme véritable.

Les deux taureaux qui sont en Égypte ont un sens caché : le soleil et la lune. C’est un témoignage à propos de Sabaôth qu’ils rendent, à savoir que la Sagesse du monde a pris le dessus sur eux depuis le jour où elle a créé le soleil et la lune et où elle a scellé son ciel pour l’éternité.

Le ver engendré du phénix n’est pas un homme. Il est écrit à son sujet : « Le juste croîtra comme un palmier. » Et le phénix apparaît d’abord vivant, et il meurt, puis à nouveau il se dresse, signe de celui qui s’est manifesté à la fin des temps.

Ces grands signes, c’est en Égypte seulement qu’ils ont [été manifes]tés, et en nul autre pays, car il est signalé qu’elle ressemble au paradis de dieu.

Revenons aux archontes dont nous avons parlé afin d’en fournir la démonstration : c’est qu’ayant été expulsés hors de leurs cieux en bas sur la terre, les sept archontes se créèrent des anges qui sont nombreux démons, pour qu’ils les assistent. Et ceux-ci apprirent aux hommes force erreurs, magies et sortilèges, cultes d’idoles et effusions de sang, autels et temples, sacrifices et libations pour tous les démons de la terre, ayant comme collaboratrice la Fatalité qui advint conformément à l’accord intervenu entre les dieux de l’Injustice et de la Justice. Et dès lors que le monde fut ainsi distrait, il erra pendant toute la durée du temps. Tous les hommes de la terre en effet, ont servi les démons depuis le commencement jusqu’à la fin,

les anges la Justice, et les hommes, l’Injustice. Ainsi le monde fut-il dans la distraction, dans l’ignorance et l’oubli, et tous ont erré jusqu’à l’avènement de l’Homme véritable.

Que cela vous suffise concernant ces questions. Nous viendrons plus tard à notre monde afin de compléter son organisation et son administration avec exactitude ; alors apparaîtra comment on a trouvé la preuve de ce qui est caché <dans> ce qui est visible depuis le commencement jusqu’à la fin des temps.

J’en arrive donc aux points capitaux qui conc[ernent] l’Homme immortel. Je dirai à propos de tous les siens dans quel but ils se trouvent ici-bas.

Lorsqu’[une] multitude d’hommes fut issue [ . . . . . . . . . ] qu’ils ont façonné et de la matière, dès que le monde fut empli, les archontes le dominèrent, c’est-à-dire qu’ils le retinrent dans l’ignorance. Quelle en est la raison ? Voici, c’est que le Père immortel sait qu’il y a une déficience issue de la vérité dans les éons et leur monde. C’est pourquoi quand il voulut réduire à néant les archontes de la corruption par le truchement de leurs modelages, il envoya vos ressemblances dans le monde de la corruption.

Ce sont les esprits innocents, les petits bienheureux. Ils ne sont pas étrangers à la connaissance. La connaissance entière en effet est dans leurs anges qui apparaissent devant eux — la chose n’est pas impossible au Père —, pour précisément leur donner la connaissance. {   }

Aussitôt qu’ils apparaissent dans le monde de la corruption, ils doivent rendre visible le type de l’incorruptibilité pour la condamnation des archontes et de leurs puissances.

Donc les bienheureux étant apparus dans les modelages des autorités, celles-ci en furent jalouses. Et les autorités, par jalousie, mélangèrent leurs semences avec eux pour les souiller, mais sans y parvenir. Les bienheureux donc lorsqu’ils apparurent au grand jour, manifestèrent leur différence, et chacun, depuis sa terre, dévoila sa connaissance à l’église qui a surgi parmi les modelages de la corruption et dont on a trouvé qu’elle contenait toute semence à cause des semences des autorités qui ont été mélangées [avec elle]. Alors le Sauveur créa u[ne . . . . ] . . à partir d’eux tous, et les esprits de ceux-ci [ . . . . . . . . . é]lus, étant les bienheureux et différents du fait de leurs élections.

Et d’autres, nombreux, qui sont sans roi et supérieurs à tous ceux qui les précèdent, de sorte qu’il y a quatre races. Il y en a trois qui sont attribuées aux rois de l’Ogdoade, mais la quatrième race est sans roi et parfaite car elle est au-dessus de toutes.

Ceux-ci en effet, c’est dans le lieu saint de leur père qu’ils entreront et ils se reposeront dans un repos et une gloire éternels et indicibles et dans une joie sans fin. Et ils sont rois parmi la race mortelle en tant qu’immortels ; ils doivent condamner les dieux du chaos et leurs puissances.

Mais le Verbe qui est au-dessus de tous a été envoyé pour cela seulement, proclamer ce qui est inconnu. Il a dit : « Il n’y a rien de caché qui ne soit manifesté et ce qui n’a pas été connu sera connu. » Et ceux-ci furent envoyés pour rendre manifeste <ce> qui était caché, et les sept autorités du chaos et leur impiété, aussi celles-ci les ont-elles condamnés à mort.

Quand donc tous les parfaits firent leur apparition dans les modelages des archontes et quand ils révélèrent la vérité qui n’a pas d’équivalent, toute la sagesse des dieux fut discréditée, leur Fatalité fut mise en procès et leur puissance s’éteignit, leur domination fut renversée et l’[inanité de leur] Providence et de leur gloire éclata.

Avant la fin [des temps], le lieu entier sera ébranlé par un grand coup de tonnerre. Alors les archontes seront dans le deuil, [pleurant leur] mort. Les anges se lamenteront sur leurs hommes et les démons pleureront leurs temps et leurs hommes se lamenteront et crieront sur leur mort.

Alors débutera l’âge à venir et ils seront jetés dans le trouble. Ses rois seront ivres de l’épée ardente et ils se feront la guerre entre eux de sorte que la terre sera enivrée du sang versé et que les mers seront ébranlées par ces combats. Alors le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat, les étoiles du ciel dévieront de leur course.

Et il y aura un grand coup de tonnerre venant d’une grande puissance qui est au-dessus de toutes les puissances du chaos, là où se trouve le firmament de la femme. Ayant créé la première œuvre, elle déposera le feu sage de l’intelligence et revêtira la colère insensée. Puis elle poursuivra les dieux du chaos qu’elle a créés, ainsi que le Grand Géniteur. Elle les précipitera dans l’abîme. Ils seront supprimés à cause de leur injustice ; ils seront en effet comme ces montagnes embrasées et ils s’entre-dévoreront jusqu’à ce qu’ils soient détruits par leur Grand Géniteur. Lorsqu’il les aura détruits, il se retournera contre lui-même et se détruira jusqu’à ce qu’il périsse. Et leurs cieux s’effondreront les uns sur les autres et leurs puissances brûleront. Leurs éons aussi seront bouleversés. Et son ciel s’effondrera et se fendra en deux. Son . . . . . . [ . . . ] tombera sur la terre [ . . . . . . . . . . ] . pouvoir les soutenir. Elles tomberont dans l’abîme et l’abîme sera renversé. La lumière . . [ . . . . . la té]nèbre et la fera disparaître. Elle sera comme ce qui n’a jamais existé, et l’œuvre que la ténèbre a suivie se dissoudra. Puis la déficience sera extirpée à la racine, en bas dans la ténèbre et la lumière se retirera en haut dans sa racine. Et la gloire de l’Inengendré apparaîtra et emplira tous les éons. dès lors que la prophétie et l’histoire de ceux qui sont rois seront dévoilées et qu’elles seront accomplies par ceux qui sont appelés « parfaits ». Quant à ceux qui ne sont pas devenus parfaits dans le Père inengendré, ils recevront leurs gloires dans leurs éons et dans les royaumes immortels, mais ils n’entreront jamais dans la non-royauté. Il convient en effet que chacun retourne au lieu d’où il est sorti car chacun, par son agir et sa connaissance, dévoilera sa nature.

Publicités

17 mars 2015 - Posted by | mythes, religion, tradition | ,

Un commentaire »

  1. Merci beaucoup d’avoir publié ce texte très intéressant que je ne connaissais pas, ça donne beaucoup à réfléchir. Bien des recoupements avec les mythologies mésopotamiennes et grecques. Bonne continuation, j’aime votre blog.

    Commentaire par Triskèle | 6 novembre 2016 | Réponse


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :