Occidere's Blog

Occidere Occident

maj 22/12/10 – publié le 01/07/09

De chez soi, chacun peut faire l’expérience du point où le soleil se couche. En France, à l’équinoxe du printemps, ce point se situe plein Ouest, puis remonte progressivement vers le Nord à mesure qu’on se rapproche du solstice d’été. La seconde moitié de l’année, de l’équinoxe d’automne au solstice d’hivers, sa course revient progressivement vers le Sud, et ce, chaque année.

Ce point, en suivant les latins, c’est l’occidens. La Francia Occidentalis, c’était le pays des Francs de l’Ouest, là où le soleil se couche (occidere). Mais on dit aussi qu’il tombe. Et c’est normal puisque occidere partage sa racine avec le verbe « choir », qui vient du latin cadere, casus, « tomber ».

Ex Oriente lux, la lumière vient de l’Orient, l’astre solaire se lève et s’élance hors de la nuit. Sa course guide les vivants jusqu’à se point particulier où on sent le frémissement du crépuscule. « Chaque couchant que je contemple m’emplit du désir de partir pour un Ouest aussi lointain et resplendissant que celui au sein duquel le soleil se couche. Tous les jours il semble émigrer vers l’occident et nous incite à le suivre » (H.D. Thoreau).

Si le soleil rythme nos jours, il rythme aussi le mouvement des peuples : à l’Orient l’Ancien Monde, à l’Occident le Nouveau, la marche s’effectuant de l’Est vers l’Ouest.
« C’est lui le Grand Pionnier de l’Ouest que les peuples suivent. Toute la nuit nous rêvons à ces crêtes de montagnes à l’horizon, fussent-elles de simples vapeurs, que ses rayons ont dorées suprêmement. L’Atlantide, les îles-jardins des Hespérides, sorte de paradis terrestres, semblent avoir été le Grand Ouest des Anciens, baigné de mystère et de poésie»  (H.D. Thoreau).

L’Ouest représente un peu la frontières des mondes. Les Tatares croyaient qu’il n’y avait rien à l’ouest du Tibet, que le monde finissait là, et qu’au-delà il n’y avait plus qu’un océan sans rivage.
Cette limite et ce mouvement, Arnold Henri Guyot, le géographe, nous la présente ainsi :
« l’homme de l’Ancien monde s’est mis en route. Quittant les hauts plateaux de l’Asie, il descend par degrés vers l’europe. Chacune de ses étapes est marqué par une civilisation neuve, supérieure à la précédente, par une force plus grande de développement. Arrivé à l’Atlantique, il s’arrête au bord de cet océan inconnu, dont il ne connaît pas les limites, et revient sur ses pas un moment ».
De même pour H.D. Thoreau, dans « De la marche » :
« nous allons vers l’ouest comme on entre dans l’avenir, avec un esprit de hardiesse et d’aventure. L’Atlantique est un Léthé et, en le traversant, nous avons eu l’occasion d’oublier l’Ancien Monde et ses institutions. Si nous ne réussissons pas cette fois, il reste peut-être encore une chance pour la race avant qu’elle atteigne les bords du Styx : cet autre Léthé, le Pacifique, trois fois plus large ».

« Oublier l’ancien monde » ! Cette tentation ne doit pas nous faire oublier qu’il fut un temps, tout progrès économique et culturel du monde européen et occidental était considéré comme une importation de la Méditerranée ou du Proche-Orient. « Parce que nous allons vers l’est pour comprendre l’histoire, étudier les oeuvres d’art et la  littérature, en retournant sur les pas de la race ».
L’héritage des civilisations c’est un peu la mémoire des peuples et de notre humanité.

Ex Occidente frux, le fruit vient de l’Occident : « l’Ouest se prépare à ajouter ses fables à celles de l’Orient. Les vallées du Gange, du Nil et du Rhin ont produit leurs moissons ». En 1851, H.D. Thoreau se posait ainsi cette question: « reste à voir ce que produiront les vallées de l’Amazone, du Plate, et de l’Orenoque, du Saint-Laurent et du Mississipi ».

Où est la limite aujourd’hui ? La frontière de l’Ouest ? Est-ce un hasard si le 180è méridien, cette ligne imaginaire qui nous fait changer de date, se situe en plein Pacifique, cet autre Léthé de  Thoreau ?

Le moment qui suit le coucher du soleil, c’est la pénombre du crépuscule.
« Une époque historique est en train de mourir : celle qui fut dominée, depuis cinq siècles, par l’Occident […] Une autre est en train de naître, du côté où le soleil se lève : l’Orient » (Roger Garaudy, 1998).

Le mot de la fin, c’est le mot qui tue, c’est occire, qui vient du latin populaire aucidere, altération du latin classique occidere dont l’étymologie est ainsi faite :
«couper, abattre en frappant; tuer, faire périr», «abattre en coupant; tailler en pièce (terme militaire); frapper avec un instrument tranchant; frapper à mort, tuer».

Et si c’était notre moisson à nous ?

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22 décembre 2010 Posted by | mots | , , | 2 commentaires