Occidere's Blog

Lawrence Summers

Professeur d’économie à l’université de Harvard, économiste en chef à la Banque mondiale (1991-1993), sous-secrétaire au Trésor des Etats-Unis en 1993, Lawrence Summers (ou Larry Summers) a été le 71e Secrétaire au Trésor des États-Unis de 1999 à 2001 sous la présidence de Clinton.

Aujourd’hui consultant pour Goldman Sachs et directeur général de DE Shaw Group, un organisme de fonds spéculatifs, Larry Summers figurait encore début novembre 2008 parmi les favoris pour la succession d’Henry Paulson en tant que secrétaire au Trésor du gouvernement d’Obama.

Le 12 décembre 1991, une note de service de la Banque mondiale, signée Larry Summers (citée par The Economist,8 février 1992, Financial Times, 10 février 1992, Courrier international, 20 février 1992, Le Monde, 19 mai 1992), disait ceci :

« Industries ‹sales› : Juste entre vous et moi, la Banque mondiale ne devrait-elle pas encourager davantage la migration des industries sales vers les pays les moins déve­loppés ? Je pense à trois raisons :
1) La mesure du coût de la pollution altérant la santé dépend des gains prévus de l’augmentation de la morbidité et de la mortalité. […] De ce point de vue une quantité donnée de pollution affectant la santé doit être faite dans le pays ayant les coûts les plus faibles, qui sera le pays dont les salaires sont les plus bas. Je pense que la logique économique derrière le déchargement de déchets toxiques dans le pays aux salaires les plus bas est irréprochable et nous devons la regarder en face.
2) Le coût de la pollution est susceptible d’être non linéaire, car l’augmentation initiale de pollution a sans doute un coût très bas. J’ai toujours pensé que les pays sous-peuplés d’Afrique sont infiniment peu pollués, la qualité de leur air est sans doute considérablement peu rentable par rapport à Los Angeles ou Mexico. Ce qui empêche l’amélioration du bien-être mondial du commerce de la pollution de l’air et des déchets, c’est le seul fait déplorable que tant de pollution soit produite par des industries non négociables (transport, production d’électricité), et que le coût unitaire du transport des déchets solides soit si élevé.
3) La demande d’un environnement propre pour des raisons esthétiques et de santé est susceptible d’avoir une très grande élasticité de revenus. [La demande augmente avec le niveau de revenu]. L’inquiétude à propos d’un agent ayant une chance sur un million de provoquer le cancer de la prostate est de toute évidence beaucoup plus élevée dans un pays où les gens sur­vivent au cancer de la prostate que dans un pays où le taux de mortalité des moins de 5 ans est de 20% […]. »

A la date du 22 novembre 2008, le poste de Secrétaire du Trésor vient d’être attribué à Tim Geithner, 47 ans, responsable de la Réserve fédérale de l’Etat de New York. Cependant, Larry Summers va entrer à la Maison Blanche comme conseiller économique sénior. Avec comme mission de vendre au pays le plan de relance économique qui doit servir de tremplin politique au nouveau président …

Sources
- « Mondialisation et crise écologique : pour en finir avec la planète ? Débats sur l’écologie, la science et le progrès », Colloque à l’Université de Lausanne, 19-20 janvier 1999, Jean-Marie Harribey, pdf, 17 p.
- Qui sont les artisans de la débâcle économique ? Le gouvernement Obama inversera-t-il la tendance ?, Site Mondialisation.ca, 16nov08
- Les artisans de la débâcle économique continuent leur besogne au sein du gouvernement Obama, site VoltaireNet.org, 8déc08

7 février 2010 Posté par Occidere | miettes | , | Pas encore de commentaires

La chasse à l’âme – Roberte Hamayon

La chasse à l’âme – Esquisse d’une théorie du chamanisme sibérien – par Roberte Hamayon, Société d’ethnologie, 1990

Probablement la meilleure étude, et la plus complète à ce jour, sur le chamanisme. J’ai mis personnellement plus d’un an à lire ce livre de 880 pages. Mais le voyage en vaut la peine, car il s’agit d’une véritable excursion auquelle nous convie l’auteur. Voyage au confins de la sibérie, de l’imaginaire et de l’humanité. C’est tout un univers de pensées et de représentations, ceux des chasseurs et des éleveurs de la Taïga, qui s’offre au lecteur, avec ses rituels et ses modes de vie.  Un bond vers l’altérité qui transformera certainement le lecteur.

Roberte Hamayon est docteur en linguistique et docteur ès Lettres et Sciences Humaines. D’abord chercheur au CNRS rattachée au Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative de Paris-X, elle a été directeur d’études à l’EPHE – Ecole Pratique des Hautes Etudes (section des Sciences religieuses) de 1974 à 2007, membre du GSRL – Groupe Sociétés, Religions, Laïcités (EPHE, CNRS) depuis 2002.

« Quel phénomène déroutant que le chamanisme ! Religieux certes, mais sans dogme ni clergé ni liturgie, et variant avec chaque chamane. Archaïque, mais en perpétuelle résurgence et et adaptable autant que vulnérable aux influences. Une plongée dans la forêt sibérienne permet de mettre au jour son lien avec la chasse, en tant que mode vie dépendant directement des ressources de la nature : nul n’a accès à ces ressources sans entretenir de relations avec les esprits qui les animent, les êtres surnaturels. Ces relations sont marquées du sceau de l’alliance et de l’échange, chaque monde étant le gibier de l’autre. De cette alliance, de ces échanges, le chamane est l’artisan. Il se marie symboliquement dans la surnature pour pouvoir y prélever de la force vitale, y «chasser à l’âme» – d’où l’allure ensauvagée de son comportement rituel. Il doit aussi assurer le retour d’une contrepartie, par la maladie et la mort des humains. Il est donc autant redouté que jugé indispensable.

Au-delà de l’apparition du gibier, ce sont tous les phénomènes aléatoires que le chamane peut être appelé à gérer : la pluie, les affaires, l’amour, le succès. Maître dans l’art de séduire et de négocier, il ouvre la voie de la chance. C’est pourquoi le chamanisme perdure aux marges des grandes religions. Il est un recours latent, revivifié par toute situation de crise, car loin d’inviter à se soumettre à des instances transcendantes, il propose de négocier avec des partenaires surnaturels indéfiniment renouvelables ».

Un extrait, une idée. Il a bien fallu en choisir un. J’aurais pu en sélectionner des dizaines !

« S’il y a bien rupture entre le pas incertain de la domestication qui maintient le chasseur semblable à lui-même et le fait rester en forêt, et celui décisif de l’élevage qui le transforme en producteur et le fait sortir de la forêt, il n’est pas toujours aisé de ranger une société donnée dans l’un ou l’autre camp. La Sibérie offre l’image d’un continuum dans lequel toute classification a quelque chose d’arbitraire [...] Les données laissent entrevoir, entre chasse et élevage, un changement de conception éloquent en soi : l’animal passe de la condition d’être à celle de produit, et son nom diffère.. Aussi va-t-on revenir compléter le point de vue du chasseur sur ces animaux en qui il puise tant d’images de lui-meme, pour voir en quoi il les traite en êtres avec qui entretenir des relations ; il leur prête une «âme» semblable à la sienne. Ceci a incité bon nombre d’auteurs à parler d’animisme, et à y voir le fondement du chamanisme ».

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31 janvier 2010 Posté par Occidere | lecture | | Pas encore de commentaires

Laurence Coumes – Féminités vampiriques, un règne éternel

Extraits du chapitre – Féminités vampiriques, un règne éternel – de Laurence Coumes, dans le collectif «Vampire, portraits d’une ombre », éd. de l’Oxymore, 1999

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La femme a toujours exercé sur l’homme la plus grande fascination. Elle est à la fois si semblable et si différente de l’homme, qu’elle représente pour lui le plus terrifiant des mystères.
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Il existe entre le vampire et sa victime une « dialectique de l’échange ». [1] En prenant le sang de sa proie, la femme-vampire lui offre une jouissance indescriptible. La «petite-mort» devient «grande mort», pour finalement laisser place à la «non-mort».

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Lorsque j’ai produit la blessure, il a frémi, et lorsque j’ai commencé à sucer avec ma bouche, le frémissement est devenu convulsif. J’étais vigoureuse, davantage qu’il ne le supposait, je pouvais conserver cette position avec une facilité absolue, et il l’a bien fallu car, comme le pompage commençait, il a joui. Et il a continué de jouir … Un orgasme qui suit le rythme de sa veine dans ma bouche, un apogée qui continue sans cesse, longtemps après que les fluides ont été épuisés, tandis que dure un autre fluide, encore et encore jusqu’à ce que je cesse de boire, ou jusqu’à ce que lui s’évanouisse. C’est là tout le mystère. C’est là ce qui tue. [2]

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[1] Jean Marigny

[2] Tanith Lee, Sabella ou la pierre de sang, Opta, 1981

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30 janvier 2010 Posté par Occidere | miettes, mythes | , | Pas encore de commentaires

Ploutocratie

La ploutocratie, en anglais plutocracy, est un système politique dans lequel le pouvoir est exercé par les plus riches.
Ploutocratie dérive du grec ploutos, richesse, et kratos, pouvoir, autorité.

Dans la mythologie grecque, le héros Iason, « le semeur », et la déesse Démeter, la Terre-Mère, s’unirent dans un champ labouré trois fois. De cette union naquit Ploutos, divinité de la richesse et de l’abondance. Il est représenté par un enfant portant une corne d’abondance. Dans la comédie d’Aristophane, Ploutos est rendu aveugle par la jalousie de Zeus.

Il existe d’autres formes de kratos. Par exemple la démocratie. Ce terme vient du grec dêmokratia, « gouvernement du peuple ». La racine grecque dêmos désigne à l’origine la part de territoire appartenant à une communauté. Elle se rattache à la racine da, partager. Elle désigne ensuite le peuple lui-même, ce qui donne comme signification le pouvoir du peuple, c’est à dire le gouvernement de tous, les citoyens.
Inutile de présenter la démocratie. Rappelons simplement qu’il n’existe pas de démocratie directe car celle-çi s’exerce par les représentants du peuple, ce qui fait d’elle une démocratie représentative.

Parmi les autres formes de kratos, il y a : aristocratie (pouvoir des nobles), bureaucratie (pouvoir de l’administration, des fonctionnaires), autocratie (pouvoir d’un souverain), phallocratie (pouvoir des hommes sur les femmes) …

Là où n’existe pas de pouvoir au sein d’un peuple il y a une anarchie, terme qui peut être entendu comme un désordre social, mais aussi comme un idéal à atteindre (courant de philosophie politique des anarchistes : « l’anarchie c’est l’ordre sans le pouvoir »). A ce propos, un exemple de réussite de l’anarchisme est Wikipédia, l’enfant non désiré de Nupédia, « anarchisme, entendu comme un pari sur la capacité des individus à se gouverner collectivement ».

D’après Wikipédia, la ploutocratie est une conception théorique et polémique. Elle est plutôt utilisée comme un qualificatif dans le cadre d’un débat, politique par exemple.
Cependant, en tant que système politique ou ordre social dans lequel la puissance financière et économique est prépondérante, la ploutocratie est une réalité incontestée. Par définition, elle conduit à de fortes inégalités sociales, du point de vue de la richesse.

Une ploutocratie à visage humain est-elle possible ?

Aujourd’hui, l’état du monde est à peu près ceci : l’écart, dans les inégalités de richesse, n’a jamais été aussi considérable. A la pauvreté succède le paupérisme, l’indigence, la misère et le dénuement. «80 % des ressources de la planète sont controlées et consommées par 20 %. Cette croissance du monde occidental coûte au monde, par la malnutrition ou la faim, l’équivalent de morts de un Hiroshima tous les deux jours » [1].
Plus près de nous, en France, « 6% de la population dispose de 50% du patrimoine; 94% se partagent l’autre moitié » [1].
La démocratie n’est plus que l’ombre d’elle-même. Le capitalisme est entré dans sa phase terminale : mondialisation néolibérale, avec son cortège d’effets collatéraux : démantèlement du service public au profit d’entreprises privées, fragilisation des groupes sociaux (domaines sanitaire, éducatif et social), surévaluation et autonomie des marchés financiers et du pouvoir des banques, prélèvements massifs sur le travail, rapprochement, agglomérat et confusion entre les milieux politiques et industriels. En un mot : déconstruction de la démocratie. Et une seule tendance : accentuation des inégalités, au sein des pays riches eux-mêmes.

Alors ? La ploutocratie est-elle une évolution naturelle ou accidentelle du capitalisme à laquelle doit s’opposer une volonté et une élaboration du peuple pour la combattre, afin d’instaurer un nouveau système politique ? Ou au contraire est-elle une volonté d’une classe minoritaire cherchant à exploiter délibérément la population mondiale, réduite à une forme d’esclavagisme, par soumission forcée ou par auto-consentement ? Cette dernière vision n’est pas nouvelle. Elle s’appelle conspirationnisme, ou théorie du complot mondialiste. Son partisan le plus en vogue actuellement est Alex Jones, avec son fameux documentaire EndGame.

Quelques citations sur la ploutocratie :

« Ne vous laissez pas abuser par l’ordre qui règne en apparence au sein de notre société ploutocratique. Il en va de cette nouvelle forme de guerre comme des plus anciennes : elles ont cet air extérieur de paix sublime. Comme il est rassurant de suivre le pas cadencé du régiment ! Que les officiers ont l’air paisibles et distingués ! Comme le canon brille ! Les entrepôts du meurtre sont propres comme un sou neuf. Les registres du sergent-major et de l’adjudant-chef ont un air de parfaite innocence ; les ordres du pillage et de la destruction tombent avec un calme et une précision qui symbolisent la bonne conscience. Tel est le masque qui précède la moisson détruite et la ferme incendiée, les corps estropiés, la mort prématurée des braves, la détresse du foyer ». William Morris – 1834-1896 – L’Art en Ploutocratie – Conférence mai 1883

« J’appelle ploutocratie un état de société où la richesse est le nerf principal des choses, où l’on ne peut rien faire sans être riche, où l’objet principal de l’ambition est de devenir riche, où la capacité et la moralité s’évaluent généralement (et avec plus ou moins de justesse) par la fortune » …
Ernest Renan – 1823-1892 – L’Avenir de la science, Pensées de 1848 – 1890

« Le libre-échange intégral et la démocratie sont incompatibles, tout simplement parce que la majorité des gens ne veut pas du libre-échange. Donc, soit la démocratie gagne et on renonce au libre-échange, soit on supprime le suffrage universel parce qu’il ne donne pas les résultats souhaités par les libéraux. Le seul pays à avoir jamais inscrit dans sa Constitution le libre-échange a été les Etats américains sudistes, esclavagistes. Le Nord, industriel et démocratique, derrière Lincoln, était protectionniste. Normal, puisque le protectionnisme définit une communauté solidaire et relativement égalitaire, alors que le libre-échange suppose des ploutocrates et une plèbe ».
Emmanuel Todd – Interview à Télérama – 2007

« Les mencheviks estimaient qu’il était inadmissible de « repousser » la bourgeoisie libérale au nom d’une alliance douteuse et incertaine avec les paysans. C’est en cela que consistait la « méthode » menchevique. La mienne consistait à rejeter la bourgeoisie libérale et à conquérir la direction de la paysannerie révolutionnaire. Dans cette question fondamentale il n’y avait pas de désaccord entre Lénine et moi. Lorsque je disais aux mencheviks, au cours de la lutte qui m’opposait à eux : « De toute façon, vous seriez les derniers à attribuer à la paysannerie le rôle dirigeant » ce n’était pas, comme Radek l’insinue, l’expression de ma solidarité avec leur méthode, c’était une façon de poser une alternative claire : la dictature de la ploutocratie libérale ou la dictature du prolétariat ».
Léon Trotski – 1879-1940 – La révolution permanente – 1928

Notes & à télécharger :

[1] Roger Garaudy, L’avenir : mode d’emploi, 1998 (pdf – 1.3Mo – 217 p)

20 janvier 2010 Posté par Occidere | mots | , , | Pas encore de commentaires

La culture contre-insurrectionnelle britannique

« La guerre est la poursuite de la politique par d’autres moyens ».

- Carl von Clausewitz

L’article qui suit  date de Janvier 2009. Il pose les concepts fondamentaux de la contre-insurrection.

Il  dégage le contexte historique de l’armée britannique dans les situations contre-insurrectionnelles (Palestine 1945-1948, Malaisie 1948-1960, Kenya 1952-1960, Aden 1964-1967 et surtout Irlande du Nord 1969-2007).

Il classe les six différentes caractéristiques de la pratique contre-insurrectionnelle : objectif réaliste (modestie politique), grande patience dans le développement opérationnel, quête du soutien populaire, primauté du civil, force minimale, priorité du renseignement (et recours aux opérations spéciales).

Il met en évidence la problématique de l’analogie entre les conflits Irlandais et Irakien, dans le cadre de la culture contre-insurrectionnelle développée par les Britanniques.

Enfin il définit l’outil méthodologique du transfert d’expérience : internalisation (enseignement, instruction, entraînement), externalisation et combinaison (retours d’expérience et réflexions doctrinales). Il analyse le transfert dans les faits, c’est-à-dire la continuité de pratiques contre-insurrectionnelles.

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Rappelons que l’insurrection fait partie des guerres asymétriques, comme la guérilla. Du fait de cette assymétrie, l’affrontement avec l’armée se fait par voie détournée, jamais de façon directe. Les insurgés cherchent à obtenir l’appui et le soutient de la population et développent une organisation politico-administrative (OPA) visant à concurrencer et remplacer le gouvernement en place.

La contre-insurrection, quand à elle, vise à couper l’insurrection de sa base populaire par divers moyens. « C’est la conquête du coeur et des esprits. »
La métaphore suivante illustre le principe de la contre-insurrection : « il faut sortir de l’eau tous les petits poissons et les empêcher d’y retourner ; alors ils mourront. »
Le moyen le plus brutal d’y parvenir est de contre-terroriser les populations. C’était la technique de l’Allemagne nazie dans les pays occupés.
Les moyens mis en oeuvre par l’armée Britannique sont moins brutales : déplacement et/ou contrôle des populations, actions psychologiques, renseignement, opérations militaires de contre-insurrection, opérations spéciales, etc.

L’importance de l’action psychologique (PSYOPS – Psychological Operations) est soulignée. Elle regroupe les techniques de propagande telles que la propagande blanche (le gouvernement promeut sa cause par des tracts, émissions de radio, articles de journeaux) et la propagande noire (désinformation et intoxication, faux tracts, dirty tricks -« sale coups »-, infiltrations).
Le terme de propagande a été banni du vocabulaire des armées occidentales. On parle désormais d’opérations d’information (Info Ops).

Les opérations spéciales ne sont autres que des opérations false-flag (ou opérations sous fausse bannière).

Conclusion de l’article :

La culture contre-insurrectionnelle britannique n’est pas un mythe. Elle a été forgée par des décennies, voire des siècles de pratiques. Le transfert d’expérience d’un théatre d’opération (Irlande du Nord) à l’autre (Irak) est également réel.

Source :

De l’Ira à l’Irak : Transferts d’expérience contre-insurrectionnelle dans l’armée britannique, Elie Tenenbaum, janv. 2009, pdf, 54 pages, 386 Ko

disponible sur le site C2SD (Sciences Sociales de la Défense) – Ministère de la défense.

Voir aussi :

10 janvier 2010 Posté par Occidere | lecture | , | Pas encore de commentaires

Ludique

Une activité ludique est une activité qui se dépense dans le jeu.

Ludique dérive de ludus qui signifie jeu. La racine est la même que celle du verbe éluder.
Rappelons au passage qu’éluder veut dire éviter quelque chose, s’y dérober avec adresse ; mais aussi passer outre, négliger.
Le jeu étant une activité divertissante, peut-être est-il dans la nature de l’esquive d’être considérée comme un jeu. Cela reste à voir.

Etienne de La Boétie (1530-1563) a rédigé un ouvrage en 1549, Discours de la servitude volontaire, dans lequel il attribue aux Latins le terme Ludi, désignant un passe-temps. Ludi est, d’après cet auteur, une corruption de Lydi. Ou Lydie, ancien pays d’Asie mineure (dans l’actuelle Turquie).

Rapport avec le terme ludique ?

L’empire Lydien culminait avec le règne de Crésus (-561 à -547). Sa capitale était Sardes. La Lydie fut conquise par Cyrus le Grand en -546 et devint alors une annexe de l’Empire Perse.
Pour ne pas avoir à saccager la belle Sardes (la fameuse Hydé d’Homère), Cyrus fit établir des bordels, des tavernes et des jeux publics, obligeant les citoyens à s’y rendre, si bien qu’ils s’amusèrent à inventer toutes sortes de jeux. Cette ruse de tyrans ayant permis d’abêtir ses sujets, Cyrus n’eut plus à tirer ainsi l’épée contre les Lydiens !

Pour le reste je laisse la parole à La Boétie :

« Le théâtre, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableaux et autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâts de la servitude, le prix de leur liberté ravie, les outils de la tyrannie. Ce moyen, cette pratique, ces allèchements étaient ceux qu’employaient les anciens tyrans pour endormir leurs sujets sous le joug. Ainsi les peuples abrutis, trouvant beaux tous ces passe-temps, amusés d’un vain plaisir qui les éblouissait, s’habituaient à servir aussi niaisement mais plus mal que les petits enfants n’apprennent à lire avec des images brillantes.
Les tyrans romains renchérirent encore sur ces moyens en faisant souvent festoyer les décuries
[1], en gorgeant comme il le fallait cette canaille qui se laisse aller plus qu’à toute autre chose au plaisir de la bouche. Ainsi, le plus éveillé d’entre eux n’aurait pas quitté son écuelle de soupe pour recouvrer la liberté de la République de Platon. Les tyrans faisaient largesse du quart de blé, du septier de vin [2], du sesterce, et c’était pitié alors d’entendre crier : « Vive le roi ! » Ces lourdeaux ne s’avisaient pas qu’ils ne faisaient que recouvrer une part de leur bien, et que cette part même qu’ils en recouvraient, le tyran n’aurait pu la leur donner si, auparavant, il ne la leur avait enlevée. »

La Boétie n’est pas le seul à penser de la sorte. Plus près de nous il y a Emmanuel Todd, politicien et historien français, qui, en comparant le système américain impérialiste à celui de Rome (Après l’empire, Gallimard, Paris, 2002), je cite :

« Rome s’étendit rapidement en Orient et se rendit maître de l’ensemble du bassin méditerranéen. Elle disposait désormais de ressources illimitées en terres, en argent, en esclaves. Elle prélevait dans l’ensemble de sa sphère des ressources monétaires et put importer en masse des produits alimentaires et manufacturés. Les paysans et artisans d’Italie perdirent leur utilité dans cette économie méditerranéenne globalisée par la domination politique de Rome. La société se polarisa en un couple opposant une plèbe économiquement inutile et une ploutocratie prédatrice. Une minorité gavée de richesses surplombait une population prolétarisée. Les classes moyennes implosèrent, processus qui entraîna la disparition de la république et l’établissement de l’empire conformément à l’analyse d’Aristote sur l’importance que présentent les catégories sociales intermédiaires pour la stabilité des systèmes politiques.
Comme on ne pouvait éliminer la plèbe, indocile mais géographiquement centrale, on finit par la nourrir et la distraire, aux frais de l’empire, avec du pain et des jeux. »

Si la mise en place de distractions est une technique de guerre … pour éviter la guerre, si elle est une technique de conquête qui passe par l’asservissement du  peuple, alors peut-on mieux comprendre le sens de progrès.
Le progrès est défini ainsi dans le domaine militaire : marche en avant; avantage remporté à la guerre.  Et son étymologie montre qu’il est emprunté au latin progressus «marche en avant; développement des choses; accroissement».
Ainsi la distraction par le jeu pourrait se voir comme un progrès. L’accroissement de quelques-uns se fait au dépend de la servitude de quelques autres. Mais chacun y retrouve son compte. C’est pas beau le progrès ?

A télécharger :

Discours de la servitude volontaire (pdf, 19 pages, 110 Kio) d’Étienne de La Boétie

Notes :

[1] décurie : unité minimale militaire constituée de dix hommes, sous l’armée romaine. La décurie remplace le contubernium qui est constitué d’un octet (huit) légionnaires.

[2] septier de vin : Ancienne unité de capacité qui contenait 8 pintes de 48 pouces cubes chacune, soit 7 litres 61. Le demi-setier est une ancienne mesure de capacité, soit un quart de pinte. Et le demi-setier à Paris est un quart de litre.

9 janvier 2010 Posté par Occidere | lecture, mots | | 3 commentaires

Les armées secrètes de l’Otan

maj 08/01/10 – 29/11/09 – 15/11/09 – 03/11/09

Les armées secrètes de l’OTAN – Réseaux Stay Behind, Opération Gladio et terrorisme en Europe de l’Ouest

Daniele Ganser, sept. 2007, 416 pages, Éditeur : Editions Demi Lune

« Ganser montre que de la fin de la Seconde Guerre mondiale à 1990 existaient dans les pays membres de l’OTAN, à côté des troupes ordinaires de l’Alliance, des armées secrètes de l’OTAN (nommées aussi Stay-Behind ou Gladio) qui avaient été mises en place par la CIA et le MI6 britannique. Ces armées secrètes de l’OTAN étaient commandées et coordonnées par un bureau de la sécurité secret au sein du quartier général de l’OTAN à Bruxelles. Selon l’ex-président américain Richard Nixon, L’OTAN elle-même était soumise au Pentagone ».

« Ce livre raconte comment, après la seconde guerre mondiale, la CIA et le MI-6 mirent en place des armées secrètes anti-communistes dans tous les pays d’Europe de l’Ouest, avec des conséquences souvent dramatiques. À l’heure de la menace constante de « l’hyperterrorisme », ce livre de référence revient sur les attentats de la gare de Bologne, de la Piazza Fontana, les attaques des tueurs fous du Brabant, l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro (…) et pose la question: s’agissait-il d’actes de terrorisme sous fausse bannière, fabriqués pour accroître la stratégie de la tension ? ».

Source : ReOpen911.info

Disponible sur le web – à télécharger :

Voir aussi :

8 janvier 2010 Posté par Occidere | lecture | , , , , , | Pas encore de commentaires

Albert Camus – Discours – 22 janvier 1958

Puisque tout le monde célèbre les cinquante ans de la mort d’Albert Camus, je me mets aussi de la partie en citant ce discours, communiqué je ne sais où, retranscrit à partir d’une émission podcastée il y a quelque temps. Je ne connais ni le personnage, ni ses ouvrages, seulement ces mots, que chacun pourrait s’approprier.

Si je devais lui donner un nom, je l’appellerais « Sombritude« . Et j’ajouterais que 52 ans plus tard, le peuple a rejoint la médiocrité de ses élites, qui ne semble plus être provisoire, mais installée de façon durable..

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«J’essaie , en tout cas , solitaire ou non , de faire mon Métier .


Et si je le trouve parfois dur, c’est qu’il s’exerce principalement dans l’assez affreuse société intellectuelle où nous vivons,
où l’on se fait un point d’honneur de la (dé?)loyauté
où le réflexe a remplacé la réflexion
où l’on pense à coup de slogan
et où la méchanceté essaie de se faire passer trop souvent pour l’intelligence.


Que faire d’autre alors, sinon se fier à son étoile
et continuer avec entêtement la marche aveugle, hésitante, qui est celle de tout artiste
et qui la justifie quand même, à la seule condition qu’il se fasse une idée juste,
à la fois de la grandeur de son métier, et de son infirmité personnelle.


Cela revient souvent à mécontenter tout le monde.
Je ne suis pas de ces amants de la liberté
qui veulent la parrer de chaînes redoublées
ni de ces serviteurs de la justice qui pensent qu’on ne sert bien la justice qu’en vouant plusieurs générations à l’injustice.


Je vis comme je peux, dans un monde malheureux
riche de son peuple et de sa jeunesse,
provisoirement pauvre dans ses élites,
lancé à la recherche d’un ordre et d’une renaissance à laquelle je crois.


Sans liberté vrai, et sans un certain honneur, je ne puis vivre.


Voilà l’idée que je me fais de mon métier.


Et je sais aussi que j’ai essayé plus particulièrement de respecter les mots que j’écrivais,
puisqu’à travers eux, je voulais respecter ceux qui voulaient les lire
et que je ne voulais pas tromper. »

Albert Camus 22 janvier 1958

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6 janvier 2010 Posté par Occidere | miettes | | 3 commentaires

Les phénomènes autoscopiques

Dès qu’il a appris à rêver le double, le moi parvient à ce carrefour mystérieux et, à un moment donné, on réalise que c’est le double qui rêve le moi.

Aucun sorcier ne sait où se trouve son double [... ] Un sorcier ne se doute pas qu’il est en deux endroits en même temps. En être conscient serait l’équivalent de se présenter devant son double, et le sorcier qui se trouve face avec lui-même est un sorcier mort. Telle est la règle [...] Personne ne sait pourquoi.

Castaneda, Histoires de pouvoir.


Màj le 31/12/09 – Publié le 29/12/09

Cet article fait partie d’une série dont le thème est  «Je est un autre».

Dans l’encyclopédie Wikipédia , lautoscopie est différencié du voyage astral. Le voyage astral y est défini comme une dissociation entre l’esprit et le corps physique du sujet, l’esprit pouvant ainsi explorer librement l’espace environnant. La personne a la sensation de voir son corps physique depuis l’extérieur de celui-ci. L’autoscopie étant, à l’inverse, la visualisation de son double à partir de son propre corps. Cette distinction n’est pas tout à fait exact comme nous le verrons plus tard.

D’après l’encyclopédie les synonymes pour voyage astral sont : « « décorporation », « dédoublement astral », « excursion psychique », « expérience hors du corps » (EHC), Out-of-Body Experience en anglais (OBE), « projection astrale », « projection du corps astral », « sortie hors du corps » (SHC), « transe ecsomatique », « voyage hors du corps »« .
Ma préférence va pour l’expression Out-of-Body experience (OBE).
« L’expérience se produirait en diverses occasions : à l’approche de la mort, au cours d’une méditation, lors du sommeil profond, sous l’emprise de drogues hallucinogènes« .

Le terme « autoscopie » est apparue pour la première fois en 1903 : P. Sollier, Les Phénomènes d’autoscopie, p. 6. Dans le dictionnaire CNRTL il est définit ainsi : « Phénomène hallucinatoire par lequel un malade se voit lui-même, extérieurement ou intérieurement ».

Un phénomène, trois paradigmes

Dans un article [1], Donald J. DeGracia a suggéré qu’à partir d’une même expérience, celle du dédoublement pendant le sommeil (OBE), existait trois paradigmes en concurrence : le paradigme occulte, le paradigme parapsychologique et le paradigme scientifique. Les noms pour conceptualiser le phénomène du dédoublement (OBE) sont, respectivement : la projection astrale, les expériences de sortie hors du corps et les rêves lucides.
Dans le paradigme occulte, les associations historiques sont les traditions occultes orientales et occidentales (Yoga, Tantra, Théosophie, Hermétisme …). Dans le paradigme parapsychologique ce sont la recherche psychique et la parapsychologie. Et dans le paradigme scientifique : la psychologie, la biologie et la recherche sur le sommeil. Nous pourrions rajouter aussi les sciences neurocognitives.

Pour cet auteur, bien qu’il y ait une confusion entre rêves lucides et projections astrales, « les techniques pour induire les uns ou les autres sont identiques (Rogo, 1986 – LaBerge et Rheingold, 1990) » ainsi que le contenu des expériences.

Concernant le paradigme parapsychologique, aucune expérience n’a permis de démontrer clairement que les sujets faisant une expérience hors du corps pouvaient acquérir une information qui ne leur était pas accessible par leurs sens physiques. Autrement dit rien ne permet de croire que le phénomène de dédoublement s’effectue dans le monde réel.

Par contre, la preuve de l’existence du rêve lucide a été faite autour des années 1980 (LaBerge et al. 1981 – Hearne 1980). La communauté scientifique a mis du temps à admettre son existence. Même Michel Jouvet, le spécialiste français de la neurophysiologie du rêve ne croyait pas non plus à son existence … jusqu’à ce qu’il ait changé d’avis [2].

OBE et Rêve lucide

Cherchant des critères de différenciation entre le rêve lucide et la sortie hors du corps, C. Bouchet [3] en est arrivé à la conclusion que « l’expérience de sortie hors du corps est probablement d’un point de vue conscientiel un préliminaire ou une dégradation de celle du rêve pleinement lucide« . N’en déplaise aux personnes ayant vécu les deux phénomènes et affirmant que la sortie hors du corps n’était pas un rêve.
Les deux arguments pour plaider cette hypothèse sont :
- l’absence d’esprit critique concernant des anomalies rencontrées pendant l’expérience (LaBerge, 1991)
- la présence d’une lucidité partielle d’un type particulier, qui n’irait pas jusqu’à la prise de conscience pleine et entière.

Frederik van Eeden a d’ailleurs appelé à juste titre le corps dédoublé corps de rêve. R. Frétigny & A. Virel l’ont dénommé Moi corporel imaginaire. C. Bouchet le désigne l’être du rêve.  J’adore ces termes car ils réflètent assez bien l’expérience du rêve lucide et celui de la sortie hors du corps. Mon opinion personnelle est, qu’entre ces deux expériences et celle de la veille, la différence est si tenue qu’il est facile de les confondre. Mais aussi que, pendant le sommeil, la puissance des phénomènes oniriques est telle qu’elle est capable d’induire un réalisme à s’y méprendre, notamment dans la reconstitution de son environnement personnel : la conscience « croit » en sa réalité, et confond la conscience de l’être de rêve avec celle de la vie diurne.

Un terme, 3 phénomènes distincts

En 2005, Olaf Blanke et Christine Mohr [4] ont publié un article étudiant les phénomènes autoscopiques au travers d’une analyse détaillée de la littérature médicale dans les pathologies neurologiques. Entendons-nous bien : il s’agissait non pas de montrer la nature pathologique des phénomènes autoscopiques, mais plutôt d’essayer de dresser une cartographie cérébrale permettant de localiser les aires cérébrales impliquées dans l’autoscopie, à partir de lésions corticales documentées. D’ailleurs les auteurs précisent que des personnes saines sont susceptibles d’avoir des expériences autoscopiques de façon naturelle.
Il n’est pas dans mon propos de détailler les résultats de cette enquête, mais plutôt d’en présenter les conclusions : il existe des arguments solides, grâce à l’analyse de variables associées aux phénomènes autoscopiques, et grâce à des considérations neuro-anatomiques, permettant de dresser une sorte de nosographie des phénomènes autoscopiques. Dit autrement, la phénoménologie et l’anatomie suggèrent une classification des phénomènes autoscopiques (PA) en 3 catégories distinctes. Elle a été proposé par Devinsky et al. puis complétée par différents auteurs. En voici la liste :

  • les OBE (Out-of-body experience)
  • les hallucinations autoscopiques (HA) (dénommées aussi autoscopie externe, deutéroscopie ou hallucination spéculaire)
  • l’heautoscopie (HAS)

On voit que l’OBE (ou voyage astral) est décrit comme un phénomène autoscopique, au même titre que l’HA et l’HAS.

Dans les OBE, le sujet a l’impression que le centre de sa conscience est situé en dehors de son corps, en général au-dessus de ce dernier, et que c’est de cette position surélevée qu’il voit son corps.

Dans les HA le sujet voit un double de lui-même, dans l’espace extra-corporel, et le centre de sa conscience coïncide avec son propre corps.

Dans l’HAS, il est difficile pour le sujet de dire s’il est décorporé ou non, où est situé le centre de sa conscience. Parfois il a l’impression d’avoir un point de vue simultanément ou successivement à deux ou plusieurs endroits, situation très anxiogène, voire terrifiante. Notons au passage que cette impression définit le terme bilocation, alors qu’elle n’est jamais retrouvé dans l’OBE ou l’HA. Enfin, l’HAS est souvent associée avec l’expérience de partage de pensées, de mots, d’actions (71%), contrairement aux OBE (11 %) et HA (21 %).
Sont exclus de l’étude :

  • l’héautoscopie interne : le sujet rapporte la vision d’un ou plusieurs organes internes
  • l’héautoscopie négative : le sujet ne voit pas son reflet sur une surface réfléchissante
  • « l’hallucination du compagnon » (en fr. dans le texte) : le sujet a le sentiment d’avoir une présence à coté de soi.

Les PA sont décrits comme des expériences visuelles, mais bien réelles, et non pas comme des pseudo-hallucinations, surtout dans le cas des OBE et des HA. L’impression de réalité et de reconnaissance de soi sont préservées, même si certains détails diffèrent de l’apparence actuelle (âge, vêtement, cheveux, taille, couleur de peau).
D’autres mécanismes que visuel entrent également en jeu : les processus kinesthésiques et proprioceptifs ainsi que les processus vestibulaires de l’équilibration.

Le substratum anatomique des PA seraient les suivantes :
- OBE : jonction temporo-pariétale droite
- HA : région temporo-occipitale droite et jonction pariéto-occipitale droite
- HAS : jonction temporo-pariétale gauche

Conclusion

Grâce à des explorations neuro-anatomiques, il est maintenant possible de comprendre l’autoscopie comme une regroupement de 3 catégories distinctes de phénomènes : l’OBE, les hallucinations autoscopiques et l’héautoscopie.

Les phénomènes de bilocation sont quasi-spécifiques de l’héautoscopie.

L’OBE n’est qu’un cas particulier de l’autoscopie. Lorsqu’il survient pendant le sommeil, il semblerait qu’il soit une forme dérivée du rêve lucide. Dans ce cadre, voir son corps depuis un point de vue externe à celui-çi est, de mon point de vue, une reconstitution de son environnement par le corps de rêve. De plus, voir son propre corps (endormi) n’est pas un critère permettant de définir un phénomène d’OBE. Un des caractères de ce dernier est la sensation de réalité qui l’accompagne, d’où les dénominations « voyage astral » et « excursion psychique« .

Antoine Le Grand  	 	Dédoublement

Antoine Le Grand Dédoublement

Question : et le vol magique (chamanique) dans tout ça ?

Voir aussi dans ce blog :

Notes

[1] Donald J. DeGracia, Les paradigmes de la conscience dans le sommeil, Revue Rever, Rêve et dédoublement, Ed. Ea-Anahita

[2] « Je dois confesser que pendant longtemps je n’ai pas cru à l’existence de ces rêves lucides. Cependant, depuis trois ans, à quatre reprises, j’ai pu constater l’extraordinaire expérience subjective que représente le déroulement de l’imagerie onirique que l’on ne peut influencer, et à laquelle on assiste en étant parfaitement conscient qu’il s’agit d’un rêve [...] L’interprétation en termes neurobiologiques de ces phénomènes nous échappe ».

Michel Jouvet, “Le sommeil et le rêve” (Odile Jacob, 1992).

[3] C. Bouchet, Quelle est la validité des critères de différenciation du rêve lucide et de la sortie hors du corps ?, Revue Rever, Rêve et dédoublement, Ed. Ea-Anahita

[4] A télécharger : Out-of-body experience, heautoscopie, and autoscopic hallucinationof neurological origin. Implication for neurocognitive mechanisms of corporeal awareness and self consciousness – Olaf Blanke, Christine Mohr – 2005 (lien PDF, 16 pages)

31 décembre 2009 Posté par Occidere | lecture | , , | Un commentaire

Tourner les fayes

«La Lumière luit dans les Ténèbres, les Ténèbres ne peuvent l’atteindre»
Evangile de St-Jean

Tourner les fayes, ou failles, est une fête célébrée chaque année, le jour de Noël, dans certains villages du Jura. Dans le Doubs, on la célébrait autrefois à l’Epiphanie [1]. Cette tradition serait héritée des Séquanes pour célébrer le solstice d’hiver [2]. Les fayes sont des branches de tilleuls fendus.

Une faye est un long morceau de bois qui va en grossissant et qui se termine en une énorme massue fendue de toutes parts ; dans les fentes sont introduites des lames de bois sec. La préparation des fayes débute un an à l’avance puisqu’elles sont sculptées. Elles doivent s’enflammer vite et facilement, et se consummer lentement. Lors de la fête des fayes, qui est la fête du solstice d’hiver en terre vigneronne, les villageois se retrouvent autour d’un grand brasier où les fayes sont allumées, puis, chacun à son rythme, trace des cercles dans la nuit, c’est ce qu’on appelle tourner les fayes. La fête est célébrée le soir de Noël à Château-Chalon (Jura) et la veille de l’Epiphanie à Mouthier-Haute-Pierre (Doubs). Du latin facula [3].

Facula signifie «petite torche», mais aussi «petite tâche très brillante à la surface du soleil». Peut-on rapprocher cette étymologie de Fay qui désigne aussi la hêtraie (du latin fagea, le bois de hêtre [4] ? « Faia, fagia, au moyen âge, c’était une forêt de hêtres (sylva fagis consita) ; – de là le fagot resté dans notre langue ; – la faye cette torche étincelante au milieu des réjouissances nocturnes à l’entrée du carême ; – la faine fruit du fayard ou du hêtre » [5].

Facula a aussi donné le mot fallas. Les Fallas de Valencia (Valence -Espagne) ont lieu dans la 2ème quinzaine du mois de mars et prennent fin dans la nuit de la Saint Joseph, le 19 mars. C’est le moment le plus populaire de l’année Valencienne. Les fallas sont faits de papier mâché, de bois et de cire, de grandes poupées, et sont brûlés la nuit de la Saint Joseph. La signification de cette fête serait par contre différente : « à travers leur crémation, on blâmait et on brûlait les vices et les comportements que la collectivité considérait comme intolérables. Ces feux satiriques étaient de véritables rituels d’exécution publique au travers desquels la population pratiquait l’exercice de la justice populaire » [6].

Pour revenir à notre sujet, les fayes sont célébrées au moment où le jour est le plus court de l’année, le soleil étant dans la constellation du Capricorne, sur le grand cercle de l’écliptique. C’est le moment de la Saint-Jean d’hiver, la porte des Dieux, où la buche de Noël, coupée dans le tronc d’un arbre au cours de l’été précédent,  est brûlée jusqu’à extinction complète. Les fêtes du solstice d’hiver ont une longue tradition païenne (Saturnales romaines, Mithragan dans le culte mithraïque, Sol Invictus pendant le règne d’Aurélien, fête de Yule ches les Celtes …). Ce n’est qu’en 354 que le pape Libère ( Liberus) décida que Noël, jour de la naissance de Jésus, devait être fêté le 25 décembre.

En été, il y a les feux de la Saint Jean (Baptiste), la porte des hommes.  Ainsi, solstices d’hiver et d’été sont les principaux moments du culte solaire.

Cette année, à Château-Chalon, les fayes ont tourné, autour d’un grand feu. Il était possible de voir au loin ceux des villages de Ménétru-le-Vignoble et de Voiteur, comme des lucioles dans la montagne, petites tâches nocturnes rondoyantes.

une faye

fayes

tourner les fayes

tourner les fayes

tourner les fayes - 2009

tourner les fayes - 2009

J’essayerai de faire de meilleures photos l’année prochaine.

Notes :

[1] Bourgs et villages du Doubs, Éric Coulon,Marc Paygnard, Editions Cabedita, 2005

[2] Bourgs et villages du Jura, Éric Coulon,Marc Paygnard, Editions Cabedita, 2005

[3] www.cancoillotte.net

[4] «Les noms de Lieux du Brionnais-Charolais», Mario Rossi

[5] «Notices historiques sur les villes et les villages du Jura Bernois», Abbé Vautrey, Porrentruy, 1863, p.388,

[6] Les fallas de Valencia et leur signification

Voir aussi :

« Petite » tache très brillante à la surface du soleil.

26 décembre 2009 Posté par Occidere | images, tradition | | Pas encore de commentaires