Occidere's Blog

Étymologie du désir

Parler du désir est difficile. Il y a quelque chose dans son sens qui semble échapper à la connaissance. Qui nous amène toujours au-delà de ce qui semblait acquis pour l’entendement.

Dans le Dictionnaire étymologique du Français (Dictionnaire Le Robert, 1994, Jacqueline Picoche), desiderare signifie «cesser de voir», «constater l’absence de», d’où «chercher, désirer». Le premier sens du mot « désir » renvoie donc à une absence, un manque ou une perte. Desiderare était à ce propos employé par les latins pour regretter ou déplorer une perte.  Et le sens lexicographique commun n’est pas trop éloigné de cette conception : le désir est  une « aspiration instinctive de l’être à combler le sentiment d’un manque, d’une incomplétude ».

Il existe un rapport entre le désir et la jalousie, et une distinction avec le besoin.
La jalousie est une émotion. Elle est définie comme « une peine, une irritation  éprouvées par le désir de possession de biens (matériels ou immatériels) que d’autres détiennent ». La jalousie est en quelque sorte une réaction à un désir que l’on ne peut combler. Denis Vasse (« Inceste et jalousie ») nous a montré comment la jalousie reposait sur le sentiment d’exclusion et le refus de l’altérité.
Pour Dolto (« L’image inconsciente du corps »), le désir est à différencier du besoin, qui, lui, doit être satisfait dans le corps, avec plaisir ou non, afin que la vie du corps puisse continuer. Le besoin est donc beaucoup plus proche de l’instinct biologique. Pour reprendre une métaphore de W. Pasini, « le désir est comme l’appétit, le besoin comme la faim ».

Un deuxième sens du désir est évoqué par Marc-Alain_Ouaknin , (« C’est pour cela qu’on aime les libellules »).
Pour cet auteur, la sidération, au sens étymologique, repose sur la forme siderari, qui signifie «subir l’action funeste d’un astre». Celui qui est sidéré est donc soumis aux astres, au destin, il est mis en mouvement par les forces de l’au-delà.
La dé-sidération, le dé-sir, est donc le mouvement de s’arracher à l’emprise du destin, de l’astro-logique. Entrer dans le désir serait un «arrachement à l’astral», une retrouvaille «avec sa liberté et sa subjectivité».

On pourrait croire qu’il ne s’agit là que de jeux de mots. Pourtant, dans le premier sens, c’est l’absence qui devient le moteur d’une conduite, alors que dans le deuxième, c’est une présence, une situation vécue, qui devient l’agent d’une transformation, celle de s’en libérer. Cela suppose justement de «voir» et de «constater la présence de».
On passe ainsi d’un sentiment d’incomplétude à celui d’une affirmation de sa personnalité.

Essayons d’aller un peu plus loin, peut-être vers le Sublime.
Rappelons-nous la mise en garde de Psyché par Eros : tu ne dois pas chercher à connaître mon apparence. Psyché va évidemment transgresser cet interdit, mue par la jalousie de ses deux sœurs. Elle est encore dans le domaine des apparences, le profane. Commence alors pour elle une série d’épreuves qui va lui faire cesser tout désir d’emprunt, pour la mener vers la sacré. Celui qui ne se montre pas se révèle à elle par sa présence : le Désir.
Pour J.F. Froger (« La voie du désir ») le Désir participe de l’être comme sa cause, et même sa cause transcendantale. Il institue l’être dans la relation. Psyché est cette instance de l’âme capable de connaître l’invisible réel.

Peut-être pouvons-nous mieux comprendre alors ces paroles d’Eugraph Kovalevsky (« La quête de l’Esprit ») : « Un des caractères de l’âme est le désir. Quand l’homme vit dans le monde psychique, ce n’est pas le corps qui désire, car il sent. Ce qui désire n’est pas le corps. Mais l’âme sera toujours désireuse – inquiète ou non. Ce désir, par nature, va vers la chair ; mais il doit aller aussi vers l’esprit, sinon, à un moment donné, il y aura insatisfaction. » Pour cet auteur, l’esprit, le noûs, est ouvert à la connaissance divine .


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«Il n’y a que le désir pour trouver à se satisfaire, sans jamais s’assouvir, dans les expressions théoriquement sans limites que permettent la parole, les images et les fantasmes».
Dolto

« C’est une sorte de suicide spirituel que de vouloir tuer le désir … Dans le désir, la blessure reste ouverte pour recevoir la guérison de l’éternel ;si elle se cicatrise, si le désir se dissipe, l’éternité ne peut
accomplir son œuvre salutaire, et la temporalité aggrave le mal »
Kierkegaard

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27 juin 2010 - Posted by | mots | ,

4 commentaires »

  1. le désir fait parti de mon quotidien,c’est souvent orgasmique!

    Commentaire par mafalda | 10 juillet 2010 | Réponse

    • Bonjour Mafalda. Content de vous revoir à nouveau. Dans ce commentaire vous en dites trop ou pas assez.

      Commentaire par Occidere | 19 juillet 2010 | Réponse

  2. le désir est un manque d’une situation déja vécu,que l’on rêvent revivre.pour ne pas rester dans le sentiment du manque,l’imagination fait le reste et nous renvoit les images tant désirés,ces images me font ressentir l’assouvissement,ce qui souvent provoques l’orgasme.

    Commentaire par mafalda | 24 juillet 2010 | Réponse

    • je ne dois pas être constitué comme vous car les réminiscences ne me font jamais parvenir à l’orgasme. Pour moi le désir ne se réduit pas à la sexualité. Ce n’est pas une situation de manque qui provoque le désir : ne serait-ce pas plutôt un trop plein qui le provoque (le désir) ?

      Commentaire par Occidere | 25 juillet 2010 | Réponse


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